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19.02.2025 - N° 1.909 7 minutes de lecture PLF 2025 : tout ce DRAMA pour aboutir à ZÉRO réforme ! Par Nathalie MP Meyer
Nathalie MP Meyer est née en 1962. Elle est diplômée de l’ESSEC et a travaillé dans le secteur de la banque et l’assurance. Depuis 2015, elle tient "Le Blog de Nathalie MP" avec l’objectif de faire connaître le libéralisme et d’expliquer en quoi il constituerait une réponse adaptée aux problèmes actuels de la France aussi bien sur le plan des libertés individuelles que sur celui de la prospérité économique générale.. ![]() Ouf, François Bayrou peut respirer ! Il reste Premier ministre pour un petit moment encore.
Quoique adopté sans vote grâce à l’article 49.3
de la Constitution, le Projet de loi de finances (PLF 2025) révisé par
ses soins après les déboires du PLF Barnier n’a pas abouti à la censure
de son gouvernement. Il faut dire que depuis sa nomination à Matignon
en décembre, M. Bayrou n’a pas ménagé sa peine pour faire plaisir au
Parti socialiste (PS) quoi qu’il en coûte. Ce dernier, satisfait du bout des lèvres des “concessions” budgétaires obtenues, a en effet honoré sa promesse de ne pas faire tomber le gouvernement sur le budget. Mais il pourrait fort bien le faire tomber sur d’autres sujets. Le PS va d’ailleurs déposer une motion de censure “spontanée” dès la semaine prochaine pour manifester hautement son opposition aux récentes remarques de François Bayrou sur le “sentiment de submersion” migratoire. En tant que grand parti de Jaurès, Blum et Mitterrand, il serait fâcheux pour son image de gauche de passer trop ouvertement pour l’allié d’un gouvernement « de droite », même s’il est bon parfois de s’affranchir de l’emprise d’un maniaque autocrate comme Jean-Luc Mélenchon. Même attitude du côté du Rassemblement national (RN). Pas de censure du budget dans l’immédiat, quitte à utiliser ultérieurement d’autres sujets pour faire tomber le gouvernement, qui se trouve donc provisoirement à l’abri du tumulte de l’Assemblée. Mais tout comme au PS, quoiqu’en position miroir, il ne faudrait pas que les électeurs s’imaginent que le RN soutient un gouvernement à teneur si manifestement macroniste. C’est ainsi que son président, Jordan Bardella, s’évertue à bien nous faire comprendre que ce budget est “extrêmement mauvais”, qu’il est très défavorable au pouvoir d’achat et qu’il “acte un déficit à 5,4 % du PIB”. Il faudra m’expliquer comment on censure un budget, le budget Barnier, qui actait un déficit public de 5 % pour ne pas censurer un budget qui acte un déficit de 5,4 %. Mais le RN semble s’être rallié à la grande cause citoyenne de la STA-BI-LI-TÉ exigée selon lui à cor et à cri par les Français. Et puis, il a obtenu des concessions considérables ! Il n’y aura pas de déremboursement de médicaments et les pensions de retraite seront bien toutes indexées sur l’inflation. Sans compter que la réforme des retraites de 2023 à laquelle le RN était opposé va être réexaminée. Pour l’orthodoxie budgétaire qu’il fait mine d’appeler de ses vœux, le RN peut repasser. Une chose est certaine, cependant : le budget Bayrou est effectivement mauvais. Si celui de Michel Barnier ne me semblait pas avoir pris la mesure des réformes structurelles à faire en France pour mettre fin à l’engrenage infernal “dépenses, impôts, dette” qui pousse le pays dans le cercle vicieux de l’atonie économique et des crises, que dire de cette nouvelle mouture ? Les comptes publics (recettes, dépenses, déficit et dette) sont constitués des comptes de trois entités : l’État central et ses (toujours aussi multiples) agences, les collectivités territoriales et les administrations de sécurité sociale. Principales données de nos finances publiques et PLF 2025 (Bayrou) Sources : Pour 2022 et 2023 : Croissance – Inflation – Dépenses publiques – Prélèvements obligatoires – Déficits publics – Dette publique Pour 2024 et le PLF Bayrou : Gouv – HCFP – AN. Mise à jour : 4 février 2025. Unités : Habitants en millions – PIB en milliards d’euros courants – Dépenses publiques, prélèvements obligatoires, déficit public et dette publique en milliards d’euros courants et en % par rapport au PIB. Note : 2024 est une estimation et 2025 la prévision du PLF Bayrou (avec rappel du PLF Barnier en gris). Les données soulignées sont issues des documents du PLF, les autres sont calculées à partir des premières. À noter également qu’à l’époque du PLF Barnier, les estimations pour l’année 2024 étaient légèrement différentes. ![]() Le gouvernement Bayrou a retenu un taux de croissance de 0,9 % pour 2025, en baisse par rapport au taux de 1,1 % réalisé en 2024. Mais selon l’avis du Haut Conseil des Finances Publiques (HCFP), organisme indépendant placé auprès de la Cour des comptes, chargé d’apprécier le réalisme des prévisions de recettes et de dépenses du gouvernement relativement à l’ensemble des comptes publics, cette révision à la baisse serait encore trop optimiste, le consensus des économistes semblant plutôt pointer vers un taux de 0,7 %. L’inflation aussi a été revue à la baisse. Après les 2 % de 2024 et la poursuite de la tendance baissière, elle ne serait plus que de 1,4 % en 2025 (contre 1,8 % prévu dans le PLF Barnier). Niveau plausible, peut-être même un petit peu trop élevé, estime le Haut Conseil. Si ce dernier devait avoir raison sur ces deux points, rien ne dit que la prévision de déficit public estimée à 5,4 % du PIB (et non plus 5 % comme à l’époque Barnier) pourrait être tenue. Mais même sans cela, le HCFP considère que le PLF révisé par François Bayrou présente “peu de marges de sécurité”. Autrement dit, tout pourrait déraper à tout moment. Les dépenses publiques augmenteraient de 2,5 % entre 2024 et 2025, soit plus que dans le PLF Barnier et nettement plus vite que l’inflation prévue à 1,4 %. Elles atteindraient 1 694 milliards d’euros, soit 42 milliards de plus qu’en 2024. On retrouve ici les “concessions” accordées aux uns et aux autres pour faire adopter ce budget, notamment l’indexation de toutes les retraites (3,5 milliards), l’abandon de la hausse du ticket modérateur (1,1 milliard) et l’allègement des efforts de fonctionnement demandés aux collectivités territoriales (3 milliards). Sans oublier que les effectifs de la fonction publique, qui devaient baisser de 2 201 postes dans le PLF Barnier, augmenteront finalement de 2 264 postes ! Les 4 000 postes d’enseignants qui devaient être supprimés dans l’Éducation nationale en cohérence avec la baisse des effectifs d’élèves sont en effet maintenus. L’épaisseur du trait, bien sûr, par rapport à nos 5,7 millions d’agents publics, mais décidément pas la bonne tendance. Encore un petit renoncement typiquement français, maquillé en vista politique en faveur de la… STA-BI-LI-TÉ ! Petite compensation bienvenue, si l’on peut dire, les assouplissements prévisibles de la politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE) ainsi que l’impact moins important de l’inflation sur certains emprunts indexés permettent de “limiter” la charge de la dette à 67,1 milliards d’euros en 2025, contre 69,3 retenus dans le PLF Barnier. ![]() Évolution de la charge de la dette publique et prévision 2025 (graphe : HCFP)
Au final, les dépenses publiques rapportées au PIB passeraient de 56,6 % en 2024 à 56,8 % en 2025, ce qui peut difficilement être considéré comme une vigoureuse maîtrise de leur évolution. De leur côté, les prélèvements obligatoires, c’est-à-dire les impôts et les cotisations sociales, augmenteraient de 51 milliards d’euros par rapport à 2024. Selon le HCFP, cette somme se décompose en un accroissement spontané de 2 % lié à la croissance du PIB, soit 25 milliards d’euros, et un accroissement spécifique lié aux mesures fiscales adoptées afin de réduire le déficit (et plaire au PS), soit 26,2 milliards d’euros. Parmi ces dernières, notons pour les particuliers la contribution différentielle sur les plus hauts revenus (pour un an, théoriquement), le renforcement de l’éco-taxe sur les véhicules polluants, la taxe de solidarité sur les billets d’avion et l’alourdissement de la fiscalité des locations de logements meublés. Pour leur part, les entreprises réalisant un chiffre d’affaires supérieur à 1 milliard d’euros devront s’acquitter d’une coquette contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises (pour un an, théoriquement) et, le cas échéant, d’une taxe sur les rachats d’actions suivis d’une annulation, tandis que la taxe sur les transactions financières passera de 0,3 % à 0,4 %. En outre, la suppression complète de la CVAE est reportée. Une fois toutes ces opérations réalisées, les prélèvements obligatoires grimperaient donc de 42,8 % du PIB en 2024 à 43,5 % en 2025. Malgré ce matraquage fiscal, le déficit public, quoique inférieur aux 6,1 % de 2024, resterait élevé pour s’établir à 5,4 % du PIB en 2025, dont 0,7 % en déficit conjoncturel et 4,7 % en déficit structurel. Par rapport à 2024, ce dernier, c’est-à-dire la part du déficit qui ne dépend que de nos propres structures économiques et sociales, que de notre propre modèle social, baisserait de 0,7 point de PIB. Le HCFP relève que cette amélioration, qui traduit un effort structurel de 0,9 point compte tenu d’éléments non discrétionnaires de -0,2 point, se ferait essentiellement par “effort” sur les prélèvements obligatoires et très très peu par “effort” sur les dépenses, comme indiqué dans le tableau ci-dessous. Quelle incroyable surprise ! ![]() Effort structurel dans le PLF 2025 (tableau : HCFP)
Incroyable surprise supplémentaire, le gouvernement prétend de son côté avoir réduit le déficit par beaucoup plus de baisses de dépenses que de hausses de prélèvements obligatoires. Et revoilà la vieille arnaque de la baisse des dépenses “en tendance” ! Si on n’avait rien fait, clame en substance le gouvernement, les dépenses auraient augmenté de tant. Mais comme on a agi, elles n’ont augmenté que de tant, donc elles ont baissé ! Eh bien non, c’est factuellement faux. Qui dit déficit public dit automatiquement dette publique. Celle-ci continuerait à augmenter pour atteindre 115,5 % du PIB en 2025, alors que la plupart des pays de l’Union européenne poursuivent une trajectoire de désendettement depuis le point haut de la période Covid. Quant à savoir si la France sera capable de revenir à un déficit public de 3 % en 2029 comme ses gouvernements successifs le proclament haut et fort, mystère. Le plus tôt serait pourtant le mieux si elle compte renouer un jour avec la croissance, l’emploi et le pouvoir d’achat. Mais
chaque nouveau PLF semble nous en éloigner, tant les critères qui
président à sa conception relèvent avant tout de petits calculs
politiques
et de recherche de longévité dans les postes importants de la République. En ligne de mire, l’élection présidentielle de 2027… ______________
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