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21.12.2024 - N° 1.8469

Le Tartuffe François Bayrou
en faveur du cumul des mandats

Par Jean-Philippe Feldman

Agrégé des facultés de droit, ancien professeur des universités,
maître de conférences à SciencesPo, avocat à la Cour de Paris.



Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, dit-on.
C’est la raison pour laquelle nous comptons les meilleurs hommes politiques,
à commencer par notre nouveau Premier ministre.

En effet, la journée du 16 décembre aura été lunaire. Au lieu de rester à Paris compte tenu de son agenda (composition du gouvernement et graves évènements à Mayotte), François Bayrou n’a rien trouvé de mieux que d’assister en tant que Maire, après un vol en jet privé, au conseil municipal de sa ville de Pau et de plaider en faveur du cumul des mandats. Peut-être un manque d’expérience pour cet homme politique professionnel depuis plus de quatre décennies…

Sans remonter trop loin dans le temps (ne soyons pas trop cruel), voici ce que disait notre extrémiste du centre au sujet du cumul des mandats :
  • le 30 novembre 2012, il se prononçait en faveur d’une « interdiction drastique » du cumul des mandats (Le Figaro, 30 novembre 2012) ;
  • le 1er juin 2017, en sa qualité de ministre de la Justice (très éphémère), il présentait un projet de loi de « moralisation de la vie politique » qui prévoyait l’interdiction pour un ministre d’exercer en même temps une « grande fonction exécutive locale » (Le Figaro, 1er juin 2017).
Il semble avoir changé d’avis.

Ce qui est amusant, c’est qu’il n’a pas respecté dans son cursus honorum les interdictions qu’il voulait imposer à autrui. Ainsi a-t-il été ministre et président d’un Conseil général durant plus de quatre années sans connaître un quelconque problème métaphysique… A noter d’ailleurs qu’il entendait en 2017 interdire la possibilité d’effectuer un même mandat plus de trois fois consécutivement… ce qui ne l’a pas empêché d’avoir été six fois de suite député entre 1986 et 2012 (Marianne, 14 juin 2017) !

Mais revenons au fond du sujet. Faut-il ou non interdire le cumul des mandats ? En dernier lieu, la loi organique du 14 février 2014 limite assez largement cette possibilité. François Bayrou a cependant fait valoir le 16 décembre dernier qu’il fallait « ré-enraciner les responsables politiques », car il y avait « rupture entre la base de la société française et les milieux de pouvoir ».

Le ministre démissionnaire chargé des Transports (qui parle en orfèvre s’agissant des mandats locaux…) a abondé dans son sens : « Dans un pays unitaire comme le nôtre, on a besoin de responsables nationaux ayant des attaches locales » (Le Monde, 17 décembre 2024). Effectivement, le problème concerne également l’hypercentralisation de notre pays et l’absence de respect du principe de subsidiarité.

Au-delà du fait qu’un parlementaire peut aujourd’hui encore être membre d’un conseil municipal, départemental ou régional, ce que François Bayrou s’est bien gardé de rappeler, nous lui conseillerons, entre deux vols, de s’intéresser à deux points afin que les élus ne soient pas éloignés des électeurs :
  • Comment faire en sorte que les ministres et les parlementaires ne soient pas des hommes politiques professionnels (comme François Bayrou), souvent dès leur plus jeune âge (comme François Bayrou), et qu’ils ne soient pas ignorants des réalités du secteur privé (comme François Bayrou) ?
  • Comment faire en sorte que le mode de scrutin n’éloigne pas les élus des électeurs… comme la représentation proportionnelle que François Bayrou prône pourtant de manière inconséquente pour les élections législatives ?
François Bayrou doit avoir peu de confiance envers le caractère pérenne de ses fonctions de Premier ministre pour ne pas avoir abandonné son mandat de Maire de Pau, acquis, il est vrai, aux forceps en 2014 après plusieurs échecs…
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Voici un florilège de ses déclarations depuis 25 ans, particulièrement sur le capitalisme, étant précisé que la pensée de François Bayrou est, contrairement à celle de nombre de ses homologues, globalement très stable, ce qui permet de se référer à des discours ou à des entretiens qui remontent loin en arrière :

Le capitalisme
« Le capitalisme absolu est triomphant à la surface de la planète. Les décisions les plus marquantes sont prises non pas en fonction d’un intérêt général défini par la démocratie, mais en fonction d’intérêts privés, l’intérêt des actionnaires, des grands groupes d’actionnaires » (France Inter, 8 septembre 1999).

« L’adhésion au capitalisme comme modèle de société est à peu près le contraire de ce que nous pensons, de ce que nous voulons, de ce que nous espérons » (1e conférence nationale du Modem, 26 octobre 2008).

« Le capitalisme ne peut être un projet de société ». « Le capitalisme est amoral par nature, son but mécanique est de faire de l’argent » (Le Monde, 4 avril 2009).

L’argent
« Nous, ce que nous mettons en premier, ce n’est pas l’argent, c’est l’être humain » (26 octobre 2008).

La liberté
« La liberté est indispensable à condition qu’elle soit équitable » (8 septembre 1999).

L’État
Son livre La France solidaire précise qu’on a besoin d’un « État stratège » (Le Monde, 4 avril 2009).

L’individualisme
Ce même ouvrage tourne le dos au « triomphe de l’individualisme » (4 avril 2009).

La fiscalité
« La fiscalité sert à financer l’action publique, mais aussi à effacer les inégalités excessives » (La Tribune, 18 mai 2009).

L’Europe
Le modèle européen s’oppose, d’une part, au modèle américain, « ultralibéral individualiste, où la seule chose qui compte, le seul principe, c’est que chacun joue sa chance et au plus fort la guirlande », d’autre part, au modèle chinois, « ultra-ultra-ultralibéral communiste, totalitaire » (France Inter, 19 mai 2005).

L’éducation
« L’éducation appartient au non-marchand » (26 octobre 2008).

Nous ne saurions clore nos propos sans nous inquiéter de la volonté de François Bayrou de mettre à bas le scrutin majoritaire. Nous avons déjà dit tout le mal que nous en pensions, encore très récemment dans Le Point.

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