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22.11.2024 - N° 1.821 Aux Etats-Unis, les milliardaires occupent des postes de premier plan. En France, on les injurie et on leur crache dessus ! Par Jean-Philippe Feldman
Agrégé des facultés de droit, ancien professeur des universités, maître de conférences à SciencesPo, avocat à la Cour de Paris. ![]() Le
rapport à l’argent a toujours distingué les sociétés américaine et
française. Malgré des évolutions, surtout outre-Atlantique, il demeure
prégnant.
Certes, le temps où Werner Sombart se demandait, navré, Pourquoi le socialisme n’existe-t-il pas aux Etats-Unis ?, est bien révolu. Il n’en demeure pas moins que l’Amérique profonde reste rétive au marxisme et plus largement aux différents courants du socialisme. Le programme, jugé gauchisant, de Kamala Harris ne pouvait lui permettre d’accéder à la magistrature suprême et il en avait été de même pour Hillary Clinton en 2016. C’est bien un milliardaire qui a été élu il y a huit ans, puis élu pour un second mandat cette année. Dès le 12 novembre, Donald Trump a annoncé que l’homme le plus riche du monde, Elon Musk, dirigerait conjointement avec un autre milliardaire, certes beaucoup moins riche que lui, Vivek Ramaswamy, un nouveau département consacré à l’« Efficacité gouvernementale ». Les nouvelles n’ont pas eu l’heur de plaire à notre presse largement de gauche, tant sur le plan national que local. En première page du quotidien Ouest France (13 novembre 2024), plusieurs jours après les résultats de l’élection présidentielle, on pouvait encore lire que Donald Trump était « voyou, misogyne, xénophobe », et Elon Musk doté d’une « énergie créative et cynique », tandis que les « nantis » étaient « des riches focalisés sur leurs bénéfices »… Les milliardaires anathématisés en France La France est un vieux pays égalitariste et envieux (titre du chapitre 9 de notre ouvrage Exception française. Histoire d’une société bloquée de l’Ancien Régime à Emmanuel Macron, Odile Jacob, 2020, pp. 327 ss, auquel nous nous permettons de renvoyer). On se souvient de la célèbre manchette de Libération : « Casse-toi riche con ! » (10 septembre 2012), fustigeant l’« égoïsme des plus fortunés », et plus précisément Bernard Arnault, le président du groupe LVMH, suspecté de vouloir organiser son exil fiscal en Belgique. Notre plus riche milliardaire, dont nous devrions en être particulièrement fiers, et pourtant il est la cible des attaques renouvelées de la gauche et de l’extrême gauche. En tête de liste, l’incontournable Jean-Luc Mélenchon, déchaîné le 28 janvier 2023 : « Nous avons dans notre pays la pire des offenses : le premier milliardaire du monde est français », déclarait-il. Pourquoi donc mettre sur la sellette le grand chef d’entreprise ? C’est que, selon l’idéologie marxiste de la lutte des classes qui innerve le discours du meneur des Insoumis, « Les riches sont responsables du malheur des pauvres. Accumuler de l’argent est immoral, poursuivait notre moraliste, puisque ce qui est accumulé, c’est ce qui a été pris aux autres ». Or, « Bernard Arnault n’a pas inventé quelque chose d’utile aux autres êtres humains (on ne sache pourtant pas que les inventeurs aient plus le droit d’être milliardaires aux yeux des mêmes Insoumis…). Il vend du luxe, c’est-à-dire quelque chose qui ne sert strictement à rien ». On pensait pourtant que le luxe et l’art de vivre à la française étaient estimables… et enviés dans le monde entier, y compris par les dictateurs communistes. L’inénarrable Philippe Poutou du Nouveau Parti anticapitaliste disait dans la même veine, mais beaucoup plus sobrement, « Un patron, ça sert à rien ! ». Quant à Marine Tondelier, la secrétaire nationale d’Europe-Ecologie-Les Verts, elle comparait le 21 janvier 2023, en zoologiste distinguée, les milliardaires à des « vampires » et elle appelait à une France « sans milliardaires ». Comme nos chers lecteurs le savent, la popularité des milliardaires ne s’est pas améliorée sous Michel Barnier. Le 25 octobre, un amendement a été adopté à l’Assemblée nationale contre l’avis du gouvernement pour créer un impôt de 2 % sur la fraction supérieure du patrimoine d’un foyer dépassant un milliard d’euros. En effet, s’était étranglé le député LFI Aurélien Le Coq, le budget gouvernemental ne demandait aucun effort au « patrimoine des plus riches ». Le ministre du Budget a, lui, fustigé un impôt confiscatoire et unique au monde qui ne représenterait pas moins de 13 milliards d’euros de recettes (la première année…) et qui ferait fuir les investisseurs. Cet impôt ne passera pas les fourches caudines de la commission mixte paritaire et il ne survivra pas à l’utilisation de l’article 49-3 de la Constitution, mais son vote reste fort révélateur. Deux mentalités Dans Les Carnets du major W. Marmaduke Thompson, ouvrage paru en 1954, l’écrivain et humoriste Pierre Daninos contait cette petite histoire pour mettre en lumière les différences entre les mentalités française et américaine : «
Le piéton américain qui voit passer un milliardaire dans une Cadillac
rêve secrètement du jour où il pourra monter dans la sienne. Le piéton
français qui voit passer un milliardaire dans une Cadillac rêve
secrètement du jour où il pourra le faire descendre de voiture pour
qu’il marche comme les autres ».
Soixante-dix ans plus tard, ces lignes n’ont malheureusement pas vieilli.
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