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29.10.2024 - N° 1.797 Factures d'énergie : non au retour de la « poubelle à taxes » ! Par Julien Teddé
![]() Je travaille dans le secteur de l'énergie depuis près de 20 ans, principalement sur le marché aval français (gaz et électricité). En 2014, j'ai co-fondé Opéra Energie, aujourd'hui leader du courtage en énergie en France. Je m'intéresse à de nombreux aspects du marché de l'énergie : de la production à la commercialisation, en passant par le trading et la régulation. ![]() Depuis
2023, les prix de gros de l'énergie ont chuté mais la consommation
reste en berne ! Au lieu de profiter de cette baisse des prix pour
stimuler la demande, les pouvoirs publics ont ressorti la « poubelle à taxes », déplore Julien Teddé, PDG d'Opéra Energie. Voici une réalité dont on parle peu, et pourtant elle révèle une tendance inquiétante : depuis la crise énergétique de 2022, la consommation d'énergie en France s'est effondrée, pour les ménages comme les entreprises. En 2024, notre consommation de gaz devrait revenir aux niveaux de… 1995, soit environ 20 % de moins que ce qu'on consommait avant la crise énergétique ! Côté électricité , la chute est moins brutale, mais la tendance est la même : - 7 % de consommation par rapport à l'avant-crise. Certes, nous pouvons nous réjouir de ce résultat, fruit de nos efforts de sobriété et des investissements dans l'efficacité énergétique. Mais cette baisse est aussi le reflet d'une réduction de notre activité économique, en particulier industrielle. Le recul de la demande énergétique dans l'industrie est bien plus prononcé que dans d'autres secteurs. Une manne fiscale Pourquoi une telle baisse ? C'est ce que les économistes appellent le « signal prix » : quand l'énergie devient trop chère, tout tourne au ralenti . Sauf que, depuis 2023, les prix de gros de l'énergie ont chuté… Et, pour le moment, la consommation d'énergie reste en berne ! Pire : au lieu de profiter de cette baisse des prix pour stimuler la demande, les pouvoirs publics ont vu une autre occasion : ressortir la « poubelle à taxes » ! Ainsi, le gouvernement a inscrit au PLF 2025 une augmentation de la taxe « accise » sur l'électricité pour les ménages et les entreprises . Cela illustre une tendance globale : les factures d'énergie sont une manne fiscale, finançant même des politiques publiques hors du budget de l'Etat, comme l'efficacité énergétique ou le biogaz. Du côté du gaz, il se cache une autre bombe : alors que le gaz naturel s'échange autour de 30 euros par MWh sur les marchés de gros actuellement, l'élargissement du mécanisme de quota CO2 aux bâtiments dès 2027 pourrait ajouter jusqu'à 10, voire 15 euros au prix du MWh gaz payé par entreprises et ménages. Une hausse massive, passée presque sous silence, qui pèsera lourd sur les factures. Facteur essentiel de croissance Or, au même titre que l'innovation technologique, le travail et le capital, l'accès à une énergie bon marché est un facteur essentiel de la croissance économique. Luca de Meo, patron de Renault, déclarait récemment que le prix de l'électricité pour fabriquer une voiture représentait presque le double du coût du travail ! En France, l'électricité nucléaire a été un pilier de notre compétitivité, tandis que le gaz, notamment en provenance de Russie, a joué un rôle clé pour l'Allemagne et le reste de l'Europe. Comment retrouver une énergie à un prix compétitif ? Pour le gaz, il s'agit avant tout de limiter l'inflation fiscale, censée encourager la décarbonation. Celle-ci est cruciale, mais elle prendra du temps et nécessitera un accompagnement. Malheureusement, l'économie européenne ne pourra pas se passer de gaz si facilement. Croire que les industriels vont massivement électrifier leurs usines simplement parce qu'on les taxe plus relève de la pensée magique. L'enjeu de l'électricité Le véritable enjeu réside dans l'électricité. L'électrification de nos usages est une priorité absolue , et elle ne pourra se faire qu'avec des prix attractifs. Or, le fameux mécanisme ARENH (Accès réglementé à l'électricité nucléaire historique) prendra fin au 31 décembre 2025. Ce dispositif, souvent mal compris ou caricaturé, a pourtant largement contribué à la compétitivité des prix de l'électricité en France. Le PFL 2025 esquisse les contours d'un successeur à l'ARENH : espérons qu'il soit aussi favorable au consommateur… "L'accès
à une énergie bon marché est un facteur essentiel de la croissance
économique. Le patron de Renault déclarait récemment que le prix de
l'électricité pour fabriquer une voiture représentait presque le double
du coût du travail !"
Le rôle de nos anciens réacteurs nucléaires est d'autant plus crucial que la compétitivité du nouveau nucléaire semble déjà douteuse : quand la Chine annonce un budget de 28 milliards d'euros pour 11 nouveaux réacteurs, la France table sur plus de 67 milliards pour 6 réacteurs . Dans
ces conditions, la transition vers l'électrique semble bien mal
engagée. Arrêtons de surtaxer l'énergie, et faisons de la compétitivité
de notre filière nucléaire un enjeu national !
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