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09.10.2024 - N° 1.777 Le gouvernement et le stage kebab Par Jean-Philippe André
Président du directoire de Haribo France, Jean-Philippe André a également été président des Confiseurs de France entre 2016 et 2020 et président de l’Alliance 7 depuis 2020. A 62 ans, Jean-Philippe André a consacré l’intégralité de sa carrière professionnelle au secteur alimentaire. D’abord au sein du Groupe Danone pendant plus de 20 ans, en France et en Italie, en tant que directeur des ressources humaines (bières France et eaux minérales Italie), directeur commercial (Brasseries Kronenbourg) et directeur général des Eaux minérales Italie et Middle East. ![]() Ceux
qui gèrent la France, et qui l'ont amenée à une dette de 3.000
milliards d'euros, pourraient-ils gérer un simple kebab ? Jean-Philippe
André, ancien Président de l'ANIA, se pose la question. Pour lui,
il faut apprendre à dépenser moins avant d'augmenter les impôts. Un acteur économique opérant en France depuis des décennies ne peut être étonné par le débat budgétaire qui secoue le pays tout entier. La dette abyssale (3.000 milliards d'euros !) se présente devant nous tel un mur , et, faute de prendre les mesures adéquates, nous pourrions collectivement, nous y fracasser. À moins… de céder, une nouvelle fois, à une solution « à la française » d'évitement et de refus d'obstacle… L'Allemagne est la première puissance économique du continent. Si nos voisins n'ont pas toujours été irréprochables dans la conduite économique du pays, du moins faut-il leur reconnaître une grande cohérence qui date de l'après-guerre (et du choc de la grande dépression des années 1930) en termes d'orthodoxie budgétaire. Comparaisons de dettes La dette publique française représente aujourd'hui plus de 110 % du PIB . Elle était de 20 % au début des années 1980, c'est dire que des dizaines de gouvernement, plusieurs Présidents de la République ont contribué à alimenter ce déficit. L'Allemagne, quant à elle, a une dette de 60 %. La
France est-elle deux fois mieux gérée, deux fois plus protectrice que
son voisin ? L'Allemagne est-elle un pays sous-équipé, dont les
services publics seraient à l'abandon ? Evidemment, la réponse est non
pour les deux questions.
Assis à une terrasse, je discutais il y a quelques semaines avec un ami, jeune entrepreneur marseillais d'origine tunisienne. Nous faisions ce constat d'évidence que la France avait depuis trop longtemps pris l'habitude de dépenser plus qu'elle ne gagnait. Notre péché capital national ? Celui pour l'Etat, de ne pas mettre la création de valeur en tête de ses priorités économiques et d'omettre la règle consistant à ne pas dépenser l'argent qui n'est pas encore créé. Le test du kebab « Si nous gérions nos entreprises, ou nos budgets familiaux comme le fait l'Etat, nous serions, pour les uns, en liquidation judiciaire, pour les autres dans la rue » commenta mon ami. Et de poursuivre : « L'une des activités les plus populaires, ici à Marseille, est la gestion d'un kebab. Il y en a partout, à tous les coins de rue. L'activité est donc devenue hautement concurrentielle, il faut se battre pour survivre et s'imposer. Y réussir est un test de compétences et d'efficacité, très intéressant. Savoir choisir un emplacement, se lever tôt le matin pour les approvisionnements, choisir ses matières premières, établir une gamme de produits, une carte de prix compétitive, gérer les stocks, payer les taxes, les impôts, le tout avec le sourire pour attirer la clientèle. Et ce n'est que le soir, à la fermeture, que son propriétaire sait si la recette a excédé les coûts de fonctionnement, s'il a dégagé un bénéfice ». « Vois-tu, la plupart des femmes et des hommes politiques n'ont jamais eu dans leur vie, cette expérience, cette obligation vitale de création de valeur. Leur job, c'est de gérer de l'argent qui leur est donné grâce aux impôts, et de le dépenser. Pas de le créer ! Ils ne connaissent pas en général les contraintes et les angoisses d'un commerçant, d'un restaurateur ou d'un chef d'entreprise. Leur confierait-on la gestion d'un kebab à Marseille ? Sauraient-ils démarrer l'activité, la faire prospérer et gagner de l'argent ? Une réponse positive au bout de quelques mois serait en tout cas un test rassurant pour ceux qui auront à gérer ensuite un ministère et le pays tout entier. » Des efforts indispensables La dévaluation comme solution pour rétablir la compétitivité n'existant plus, l'euro nous impose, pour bénéficier de son encadrement protecteur, d'augmenter notre productivité, de faire des choix dans nos dépenses, de stopper la dérive de la dette et de la réduire. L'équité nous impose de faire reposer ces indispensables efforts sur chacun, à la mesure de ses possibilités. Mais avant de demander une nouvelle fois aux Français de serrer leur ceinture , avant de recourir à la solution simpliste de nouvelles ponctions fiscales, nous devons apprendre à dépenser moins, beaucoup moins. Nos
gouvernants devraient voir grand pour la France, mais aussi gérer au
quotidien le pays avec le savoir-faire d'un propriétaire de kebab.
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