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16.09.2024 - N° 1.754

La Surprise de Septembre


Par Michel Gurfinkiel



Michel Gurfinkiel (spécialisation : géopolitique) est le président de l'Institut Jean-Jacques Rousseau, un institut européen d'études et de recherches spécialisé dans les questions stratégiques et géopoliques. Rédacteur en chef de Perspectives (Paris) puis de Valeurs Actuelles (Paris), éditorialiste à RCJ (Paris), il fait partie des comités éditoriaux des revues Outre-Terre (Paris) et Commentaire (Paris).



Michel Barnier est-il le bon choix pour la France
dans le contexte chaotique actuel ?


Michel Barnier, 73 ans, nommé Premier ministre français par le président Emmanuel Macron, arbore souvent deux pins sur son revers de veste, ainsi que sa rosette rouge d'officier de la Légion d'honneur, un ruban jaune en solidarité avec les civils israéliens pris en otage par le Hamas, et deux drapeaux croisés - le drapeau tricolore français et le drapeau israélien bleu et blanc.

Quoi qu'on puisse dire de M. Barnier, cela ne passe pas pour un signe de lâcheté ou de confusion morale à notre époque. Ce n'est pas une surprise si l'on considère qu'il est originaire de Savoie, cette province alpine vierge qui s'étend des rives du lac Léman jusqu'aux trois lacs plus petits mais non moins beaux d'Annecy, du Bourget et d'Aiguebelette.

Autrefois État francophone indépendant et berceau de la Maison de Savoie qui prit le contrôle du Royaume de Piémont-Sardaigne puis du Royaume d'Italie, il fut uni à la France en 1860. Les Savoyards — ou Savoisiens, comme certains d'entre eux insistent pour être appelés — sont régulièrement décrits comme des religieux, des patriotes et des travailleurs.

En 1978, à 27 ans, Michel Barnier est élu député gaulliste de la Savoie. Par conviction chrétienne, il soutient l'abolition de la peine de mort en 1981, contrairement à la plupart des conservateurs, mais s'oppose à une nouvelle libéralisation de la législation sur l'avortement et à la dépénalisation des relations homosexuelles avec des mineurs de plus de 15 ans.

Il a également été président du conseil général de Savoie, sénateur, ministre de l'Environnement puis de l'Agriculture. Peu d'hommes politiques français peuvent aujourd'hui se targuer d'une expérience aussi vaste en matière de politique intérieure.

Mais c'est en Europe que M. Barnier a véritablement fait ses armes. Il a été successivement ministre des Affaires européennes, ministre des Affaires étrangères, puis deux fois commissaire européen. Après le Brexit, il a été chargé de négocier avec le Royaume-Uni un nouveau régime euro-britannique. Il s'est révélé un négociateur acharné, au grand désespoir de ses homologues.

En outre, en tant que membre du Parlement européen et commissaire européen, M. Barnier a été le maître d'œuvre d'une nouvelle coalition conservatrice européenne réunissant la droite chrétienne-démocrate, à l'origine de l'épine dorsale du fédéralisme européen, et la droite gaulliste ou nationaliste, qui insiste sur le maintien de la souveraineté des nations européennes dans le cadre de l'UE. Seul un Savoyard pouvait y parvenir.

Le président Macron avait sans doute en tête les différentes facettes de M. Barnier lorsqu'il a décidé de le nommer Premier ministre, avec une tâche quasi impossible : sortir la France du labyrinthe politique créé par les scrutins européens et nationaux du début de l'année, et plus important encore, mettre en place une coalition politique modérée susceptible de durer.

Il a fallu deux mois à Macron, du 7 juillet au 5 septembre, pour nommer un nouveau Premier ministre. Un délai aussi long est sans précédent dans l’histoire républicaine de la France. Sous la Troisième et la Quatrième République, les Premiers ministres se succédaient rapidement, au gré des majorités parlementaires en constante évolution.

Sous la Ve République actuelle, instaurée en 1958, régime beaucoup plus présidentiel, voire semi-monarchique, il appartient au chef de l'Etat de nommer le Premier ministre de son choix. Là encore, les choses sont censées se dérouler sans délai.

Si le président détient la majorité absolue ou relative à l'Assemblée nationale, il exerce pleinement ses prérogatives et nomme la personne qu'il juge la plus apte, qu'elle soit ou non députée. Si l'Assemblée est dominée par ses adversaires (situation dite de « cohabitation » dans le jargon politique français), il choisit l'un d'entre eux, généralement leur chef reconnu.

Mais qu'en est-il d'une troisième situation : l'absence totale de majorité à l'Assemblée nationale ? Le scrutin législatif du 7 juillet a donné lieu à cette mascarade. Le Nouveau Front populaire, coalition de gauche, a remporté 182 sièges sur 577 ; Ensemble, coalition macroniste, est arrivé deuxième avec 168 sièges ; le Rassemblement national de droite est troisième avec 143 sièges ; et enfin, les conservateurs classiques, rebaptisés Droite démocratique, ont récolté 46 sièges.

Le Nouveau Front populaire a prétendu avec véhémence imposer Lucie Castets, une obscure fonctionnaire socialiste de la Mairie de Paris, au poste de Premier ministre : pour mettre en œuvre un programme quasi vénézuélien. Ce n'était pas une option.

La seule alternative était de constituer une majorité centriste qui inclurait, aux côtés des macronistes, les conservateurs modérés et au moins la moitié de la gauche. Une liste restreinte de Premiers ministres était prévue à cet effet. À droite, Xavier Bertrand, président de la région Nord, était souvent cité. À gauche, Bernard Cazeneuve, ancien Premier ministre socialiste.

Le Rassemblement national a cependant menacé de déposer une motion de censure contre les deux candidats. Peut-être avec le soutien de la gauche radicale. De toute évidence, la seule personne capable de réunir la coalition envisagée sans contrarier le Rassemblement national était M. Barnier.

Il est particulièrement bien placé pour transformer une majorité d’urgence, à moitié improvisée, en une majorité gouvernementale durable.

Il suit un modèle simple et réalisable : la « Grande Coalition » des chrétiens-démocrates, des conservateurs et des sociaux-démocrates qui dominent le Parlement européen récemment élu ainsi que la Commission européenne.


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