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05.09.2024 - N° 1.743
Taxer les riches : l’éternelle rengaine socialiste Par Élodie Messéant Élodie Messéant est Coordinatrice de Students for Liberty France et collabore avec Young Voices. Elle s'intéresse principalement aux libertés individuelles, aux relations internationales, à la philosophie politique ainsi qu'à l'histoire. ![]()
La
France serait l’un des pays qui persistent à rechigner à taxer les plus
grandes fortunes. C’est la thèse d’un article publié par Mediapart
il y a deux semaines. Un nombre non négligeable de pays occidentaux
seraient prêts à mettre en œuvre une telle politique : Giorgia Meloni,
présidente du Conseil italien ; Rachel Reeves, ministre des Finances
britannique ; Kamala Harris, candidate démocrate aux élections
présidentielles américaines. Au Brésil, le président Lula a poussé un
projet de taxe sur les milliardaires dans l’agenda du G20, mais il n’a
pas été acté par les ministres des Finances réunis. En Suisse, il est
question d’une initiative des Jeunes socialistes dans une longue série
de tentatives
maintes fois balayées dans les urnes par la population. Faut-il espérer voir cette idée prospérer en France ? On est tous le riche de quelqu’un d’autre Tout d’abord, le concept de riche est intrinsèquement subjectif et pose plusieurs problèmes lorsqu’il est utilisé pour formuler des politiques publiques ou des jugements moraux. Celui qui est considéré comme un riche dans un pays peut être perçu différemment dans un autre. Prenons l’exemple le plus évident : une personne considérée comme riche dans un pays en voie de développement pourrait être classée comme appartenant à la classe moyenne dans un pays développé. Cela rend difficile l’établissement de critères objectifs pour déterminer qui est riche, super-riche ou ultra-riche » – on est tous le riche de quelqu’un d’autre d’une certaine manière – et donne un indice assez fort de l’arnaque conceptuelle. Par ailleurs, ce concept ne tient pas compte des différences individuelles : une personne avec un revenu élevé peut aussi avoir des dettes importantes, des obligations financières lourdes, ou la responsabilité de plusieurs entreprises qui impliquent beaucoup de sacrifices. Nous pouvons prendre le cas des entrepreneurs ou des investisseurs dont les revenus sont élevés, mais volatils, ou qui réinvestissent la majeure partie de leurs gains dans leurs entreprises. L’appréciation de la richesse dépend aussi du niveau général des prix : c’est pourquoi le seuil international de pauvreté est actualisé de manière périodique par la Banque mondiale. Si le concept de riche fonctionne aussi bien dans les discours les plus à gauche, c’est parce qu’il est suffisamment flou pour susciter de la révolte et créer un sentiment d’injustice, sans refléter toute la complexité de la réalité économique. Non, les richesses ne s’accumulent pas entre quelques mains L’auteur de l’article prétend que la taxation des plus riches devient pressante devant « le creusement historique des inégalités » et affirme que les richesses s’accumulent entre quelques mains en citant les conclusions d’Oxfam, Transparency International. C’est pourtant l’exact inverse qui se produit : l’extrême pauvreté a reculé de manière spectaculaire entre 1990 et 2019 dans le monde, ce qui traduit un enrichissement général de la population mondiale. Le ralentissement de cette tendance depuis 2020 s’explique par les deux chocs cumulés de la pandémie du covid et de la guerre en Ukraine. Ensuite, la méthodologie et les résultats d’Oxfam sont très contestables : lorsqu’elle évoque les grandes fortunes mondiales, l’ONG fait une équivalence entre le patrimoine qui vient de la bourse et le patrimoine non boursier (composé du solde d’un compte en banque, d’argent liquide ou de biens immobiliers par exemple), alors que leur nature est complètement différente (une action à 100 euros n’équivaut pas à un billet de 100 euros). Or, les grandes fortunes se composent majoritairement d’actions d’entreprises, et non pas d’argent dans un compte en banque. On peut lire, un peu plus loin, que les riches seraient chaque année « de plus en plus riches, de plus en plus puissants ». Cette richesse n’est pourtant pas figée dans le marbre et dépend là aussi du cours des actions de leurs entreprises, qui peut être plus ou moins volatile. Preuve en est, l’identité des milliardaires varie fortement sur plusieurs années. Bernard Arnault, Elon Musk et Jeff Bezos n’ont pas toujours été en haut du classement ; leur fortune ne s’est pas créée du jour au lendemain. Dénoncer une prétendue oligarchie n’a donc pas beaucoup de sens. Traquer les riches, ou comment encourager l’exil fiscal Ce que l’auteur omet de préciser, c’est qu’à la différence des moins aisés, les plus fortunés ont les moyens de déplacer leurs actifs à l’étranger pour échapper à des taux d’imposition confiscatoires, et que nous disposons déjà d’un certain nombre d’exemples, notamment dans la littérature scientifique. En France, la suppression de l’impôt sur la fortune (ISF) en 2018 et la mise en place d’un prélèvement forfaitaire unique de 30 % (flat tax) sur les revenus du capital ont justement permis d’inverser la tendance de l’exil fiscal. Le nombre de retours de foyers redevables de l’impôt sur la fortune immobilière (IFI) dépasse chaque année le nombre de départs depuis cette même date, selon les chiffres du Comité d’évaluation des réformes de la fiscalité du capital. On observait le phénomène inverse de 2011 à 2016. Des résultats similaires ont été constatés dans d’autres pays. En Espagne, le gouvernement fédéral a supprimé l’impôt sur la fortune dans toutes les régions entre 2008 et 2010, avant de le réintroduire début 2011 – sauf à Madrid. Cinq années après la réforme, le nombre de personnes fortunées à Madrid a augmenté de 10 % par rapport aux autres régions, tandis que les différences d’imposition, plus faibles, entre les autres régions n’ont pas eu d’incidence sur la mobilité. La migration et l’exil fiscal ont été les principales réactions à la réintroduction de l’impôt sur la fortune. Une autre étude a permis de conclure qu’une augmentation de 0,1 point de pourcentage du taux moyen de cet impôt a entraîné une réduction de 3,24 % de la richesse imposable sur quatre ans. Politiques démagogiques Au-delà des observations sur l’exil fiscal, un gouvernement qui traque ses citoyens les plus fortunés en dit plus sur sa proportion à défendre des politiques démagogiques plutôt qu’à sa capacité à augmenter le niveau de richesse général au sein de sa population. Le réflexe marxiste d’opposer les milliardaires aux salariés, comme si les premiers s’enrichissaient au détriment des seconds, a peu d’ancrage dans la réalité quand on sait que la France fait partie des États les plus redistributifs de l’UE, avec un poids des prélèvements obligatoires à hauteur de 48 % du PIB, sans pour autant être capable d’améliorer le niveau de vie de ses citoyens. À l’inverse, des pays comme le Luxembourg, l’Allemagne et les Pays-Bas sont moins redistributifs, mais présentent un niveau de vie annuel moyen plus élevé, et ce n’est certainement pas grâce à des impôts sur les grandes fortunes qu’ils sont parvenus à ce résultat. La France ne manque pas d’interventionnisme ou de traque aux riches,
mais de libertés et d’un ascenseur social qui fonctionne.
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