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22.08.2024 - N° 1.729 Énergies intermittentes : pile elles gagnent, face on perd Par Michel Negynas Michel Negynas est depuis 20 ans un observateur attentif des évolutions sociétales. Il est l’auteur de « Chronique d’un monde éco fantasmé » (en e-book) et de « Ocimum Basilicum », une histoire satirique sur une société visant à éliminer tout risque. ![]()
Une situation grandguignolesque
La libéralisation du marché de l’électricité en Europe est pour le moins bizarre, puisqu’elle a entraîné pléthore de règles anticoncurrentielles et, au contraire, de marchés fortement réglementés. Pourtant, cette observation de bon sens ne semble choquer personne. On trouve, entre autres : – Un marché de quotas d’émissions de CO2, qui, en plus des taxes multiples sur les énergies fossiles, distord la concurrence entre les filières de production. – Une obligation d’intégrer le prix du gaz dans les prix de référence de l’électricité, même pour ceux qui ne consomment pas de gaz. – Pour les énergies intermittentes (solaire et éolien), des prix garantis par les États, quels que soient leurs coûts, sous forme d’ajustements à la hausse ou à la baisse par rapport au prix de marché. Associée à l’obligation d’appeler en premier les productions à coût marginal le plus faible, (le vent et le soleil sont considérés comme gratuits) cette disposition revient à donner la priorité de production à ces énergies, quels que soient le besoin ou l’intérêt général. Autrement dit, un producteur d’électricité éolienne ou solaire sait exactement combien cela va lui rapporter sur la durée de son contrat : on a inventé la finance et le commerce à la fois prodigieusement rentables et sans risque. – Le plus bizarre de tous, un marché complètement verrouillé à prix fixe, obligeant EDF à vendre une partie de sa production à ses concurrents, et probablement à perte : l’Accès régulé à l’Électricité Nucléaire Historique. – Comme l’ensemble du dispositif pousse les producteurs à installer des filières intermittentes, qui produisent en lieu et place des filières pilotables (nucléaire, fossile…), ou même à faire du trading sans aucune volonté de s’alourdir de moyens de production, il mène tout droit vers un black out à la pointe d’hiver par insuffisance de moyens pilotables. On a donc créé un marché de plus pour y pallier : le marché des garanties de capacité. Les possesseurs d’installations pilotables peuvent « vendre » de la capacité aux producteurs intermittents. Cela revient à subventionner les énergies pilotables après avoir subventionné les non pilotables. Mais ce dispositif se révèle complètement illusoire : les certificats sont devenus de simples actifs spéculatifs, sans inciter les acteurs clandestins du marché (les traders) à investir vraiment. L’ensemble des ces systèmes shadockiens conduit, entre autres, à une volatilité des prix à court terme et même à moyen terme. L’État français a essayé de réduire la facture des consommateurs en période de prix artificiellement élevés (2022, 2023) en réduisant les taxes, transférant juste ces surcoûts vers les contribuables. Il espérait se refaire en ponctionnant les marges énormes et injustifiées des opérateurs. Et il leur a promis, a contrario, de les renflouer en cas de marché baissiers. Qu’en est-il ? Pile elles gagnent, face on perd La Cour des comptes a essayé de s’y retrouver dans ce bazar, et a publié un rapport. En 2022 et 2023, les prix du marché de l’électricité on atteint des sommets, parfois jusqu’à l’absurde, du fait en particulier de la faiblesse du nucléaire français et du prix du gaz. Les mesures de bouclier tarifaire pour limiter la hausse aux consommateurs ont coûté plus de 70 milliards à l’État, dont 36 milliards en net après récupérations fiscales. L’État avait prévu un dispositif de « récupération » de marges excessives. Mais c’était sans compter sur la complexité du système et la supériorité de l’habileté des spéculateurs privés sur celle des fonctionnaires… L’État n’a pas réussi à capter les montants prévus, la faute de seuils mal calculés. Ainsi, la facture sur 2022 et 2023 a excédé de 37 milliards les coûts de production. Mais d’après la Cour des comptes, l’État n’en a récupéré que 6 milliards. On se doute où est passée la différence, dans la mesure où le contrôle que les opérateurs ont bien répercuté sur les consommateurs leurs marges indues n’a pas été vraiment effectif. Les boulangers en faillite apprécieront. Mais la situation de 2024 est bien différente. Le nucléaire a repris des couleurs et le prix du gaz a beaucoup baissé. En outre, l’économie européenne ne va pas bien. Les prix de marché de l’électricité sont au plus bas, en moyenne ils tournent autour de 60 euros/MWh, venant de plus de 170 euros/ MWh ! D’autant que l’augmentation des capacités en renouvelables commence à produire ses effets néfastes : certains jours de grand vent ou de grand soleil, les prix spots sont ridicules, voire négatifs. En France, on en vient même à « éteindre » certaines fermes solaires, par excès de puissance. Les contrats passés avec les opérateurs de renouvelables jouent donc maintenant dans l’autre sens : il faut les subventionner. Certains contrats solaires encore en vigueur sont rémunérés 600 euros/MWh ! La CRE estime à 6 milliards le coût pour l’État en 2024. Et si les coûts du marché n’augmentent pas, cela devrait continuer, voire croître puisqu’on va encore installer des éoliennes (surtout en offshore, donc avec une subvention plus importante) et des panneaux photovoltaïques. Mais ce n’est pas tout Toute cette gabegie d’argent public et de pouvoir d’achat des consommateurs n’est que la face émergente de l’iceberg. En effet, des coûts considérables liés aux énergies renouvelables s’ajoutent à tout cela, surtout si on continue de les développer. Et ils sont à la charge du réseau général, donc des consommateurs, pas aux opérateurs de renouvelables. – Les coûts de développement des réseaux électriques, dus au caractère diffus des productions et à leur mauvais rendement. – Les dispositifs nécessaires pour stabiliser le réseau, ce que l’électronique des éoliennes et des panneaux solaires ne peuvent faire. – Le surcoût des coûts complets des installations nucléaires, qui produisent moins lorsque le vent souffle ou que le soleil brille : arithmétiquement, l’essentiel de leur coût, qui est l’investissement, est moins réparti s’il y a moins de kWh. Le système sauvé par son opacité et sa complexité Le consommateur ne comprend rien à ce qui lui arrive. Sans cela, il y a longtemps que le pays serait en état d’émeute permanente. Ceci dit, il y a pourtant une réflexion simple qui résume tout. Il faut la répéter, encore et encore : Avant
les années 2000, on n’avait presque ni éoliennes ni panneaux solaires,
et pas beaucoup plus de fossiles que maintenant. La consommation était
de 540 TWh, supérieure de 10 % à celle de 2023.
On émettait très peu de CO2. On faisait comment ?
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