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13.08.2024 - N° 1.720 Une greffe de rein de porc innovatrice… et c’était mieux avant (non) Par André Heitz André Heitz est ingénieur agronome et fonctionnaire international du système des Nations Unies à la retraite. Il a servi l’Union internationale pour la protection des obtentions végétales (UPOV) et l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI). Dans son dernier poste, il a été le directeur du Bureau de coordination de l’OMPI à Bruxelles. ![]()
Une greffe du rein d’un porc génétiquement modifié,
mais pour un seul caractère, m’a donné envie de musarder et de faire remonter des expériences du passé. Une assistance cardiaque mécanique, puis une greffe de rein et de thymus de porc Mme Lisa Pisano était dans une situation que les anglophones appellent un catch 22. Elle souffrait d’insuffisance cardiaque, et ne pouvait pas bénéficier d’une transplantation parce qu’elle était sous dialyse. Et elle ne pouvait pas bénéficier d’une transplantation rénale à cause de son insuffisance cardiaque. Les chirurgiens du NYU Langone Health lui ont donc proposé une procédure révolutionnaire. Le 4 avril 2024, ils lui ont implanté un « dispositif [mécanique] d’assistance ventriculaire gauche ». Huit jours plus tard, elle a reçu un rein provenant d’un porc génétiquement modifié, ainsi que son thymus, car les médecins pensaient que cela aiderait son système immunitaire à accepter l’organe porcin. « Elle se rétablit extrêmement bien », a déclaré le professeur Robert Montgomery lors d’une conférence de presse le 24 avril. « Sa fonction rénale, 12 jours après la transplantation, est parfaite et elle ne présente aucun signe de rejet. »
La première greffe de rein de porc avait été réalisée le 16 mars 2024, mais c’était un rein de porc ayant subi 69 modifications génétiques. Dans le cas de Mme Lisa Pisano, on a simplement désactivé le gène de l’alpha gal. C’est un sucre responsable de rejets hyper-aigus. On le trouve dans la viande rouge et il est aussi à l’origine d’allergies plus ou moins sévères, lesquelles peuvent être induites par la morsure d’une tique nord-américaine (susceptible de se retrouver un jour en Europe). La Food and Drug Administration (FDA) a approuvé les porcs GalSafe le 15 décembre 2020 pour l’alimentation et la médecine, essentiellement les xénotransplantations. Ces porcs peuvent être élevés quasi normalement, et il n’est pas nécessaire de procéder à des clonages. Si les médecins ont vu juste avec leur théorie, vérifiée auparavant par une transplantation sur une personne en mort cérébrale, ils auront ouvert une nouvelle voie de progrès extraordinaire. Il y a quelque 60 ans… La lecture de cet article a fait ressurgir un souvenir resté vivace : il y a maintenant quelque 60 ans, j’ai vu débarquer au collège (ou déjà lycée) Jean-Jacques Henner d’Altkirch, en milieu d’année scolaire, un jeune homme qui devait avoir trois ou quatre ans de plus que moi et qui avait les lèvres bleues. Le bruit se répandit rapidement : il avait été opéré à cœur ouvert à Strasbourg. Il avait notamment une cicatrice suggérant qu’on avait largement ouvert sa cage thoracique. C’est-à-dire aussi qu’il était en quelque sorte un phénomène, le bénéficiaire d’une prouesse chirurgicale. Avance rapide : Genève Il y a moins longtemps, mais longtemps quand même, je discutais avec un collègue uruguayen – excellent traducteur – du nom de Haller. Il m’apprit que ses ancêtres étaient d’origine alsacienne, de la vallée de Saint-Amarin (vallée de la Thur). Ils avaient sans doute émigré dans la deuxième moitié du XIXe siècle, à une époque où, comme d’autres pays européens, la France nourrissait bien sa population… huit ou dix mois sur douze (avec mes excuses à l’auteur de cette formule dont j’ai oublié le nom) ; peut-être moins que d’autres pays européens, elle exportait aussi des bouches à nourrir. Notez que l’Alsace-Lorraine était devenue le Reichsland Elsass-Lothringen en 1871. Ce fut à mon tour de lui dire que j’étais originaire de pas très loin, d’un village à côté d’Altkirch, ce à quoi il répondit que son médecin en Uruguay, le Dr. M., était… d’Altkirch. Le monde est petit… Et un jour, j’ai téléphoné à cet ami de collège ou de lycée pour lui faire part de cette découverte, qui en fait n’en était pas une pour lui. Et c’est au cours de cette conversation qu’il m’apprit qu’à l’époque, on ne lui avait dit qu’après l’opération : il avait une « chance » – quel mot malvenu – sur deux d’y rester. Il faut le dire, souvent : ce n’était pas mieux avant ! Pour en rester au domaine médical, l’opération subie par Alexandre est devenue banale. Et il faut maintenant être au moins sexagénaire pour se souvenir de la première transplantation cardiaque pratiquée par le professeur Christiaan Barnard en 1967. Ce que j’en retiens ? Les grands titres dans les journaux, l’enthousiasme pour le progrès, l’optimisme insufflé dans nos esprits quant à l’avenir – notre avenir –, même après la mort du patient, Louis Washkansky (qui, du reste, était aussi diabétique), 18 jours après l’opération. Aujourd’hui, l’exploit du Professeur Robert Montgomery – lui-même bénéficiaire d’une transplantation cardiaque – est passé inaperçu. Comme d’autres exploits, grands et petits. Notre société bruisse de nouvelles alarmistes : l’« urgence climatique », l’« effondrement de la biodiversité », la « disparition des abeilles », la « sixième extinction de masse », l’« anthropocène » par définition dévastateur, l’« épuisement des ressources naturelles », le « dépassement des limites planétaires »… La parole est aux Philippulus, ce personnage de Tintin illuminé et hagard qui proclame « Repentez-vous », aux prêcheurs d’apocalypse qui refusent toute notion de progrès – hormis sans aucun doute dans les moyens de communication qui leur permettent de diffuser encore mieux leur prêchi-prêcha. Aux maquignons de la politique et de l’opinion publique qui voient le progrès dans un retour en arrière. Grand bien leur fasse ! Mais le drame est qu’ils mettent notre jeunesse sur la voie de la lassitude avant même qu’elle ne se soit levée, de la capitulation devant les défis qui les attendent. « Indignez-vous », disent-ils au mieux, sans apporter de solution ou en fantasmant et faisant fantasmer sur des lendemains merveilleux à coups de « transitions » dont on n’a pas cartographié avec précision et justesse les points de départ et d’arrivée. Il appartient dès lors aux papys et aux mamies rationnels – et aussi à la génération qui les suit – d’insuffler un esprit qui n’est pas nouveau : celui des bâtisseurs de l’avenir. Non, ce n’était pas mieux avant. Disons à la jeunesse d’où nous venons, ce que les bâtisseurs des Trente Glorieuses et leurs successeurs ont fait. Et
surtout ce qu’ils peuvent faire en s’inspirant de leur exemple, mais
forts des bonnes et moins bonnes expériences que nous avons acquises.
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