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28.07.2024 - N° 1.704 Macron est-il de droite ? (la parenthèse gaulliste) Par Mathieu Cazal ![]() Mathieu Cazal est chercheur et professeur d'histoire, spécialisé en histoire contemporaine.. ![]()
Il est, dans l’histoire politique post-1969 un phénomène qui dépasse les clivages classiques gauche/droite : le gaullisme.
Je souhaite écarter une à une les options qui conduiraient au caractère péremptoire d’une analyse et d’une conclusion simplistes sur la question. Le gaullisme est à ce titre incontournable pour appréhender le sujet. Car au-delà des trois droites classifiées par l’historien René Rémond – sur lesquelles je reviendrai dans un autre article – le gaullisme qui anime la droite française de la Vème République depuis les années 1970 est déterminant dans la compréhension de l’échiquier politique français. Au fond, faut-il toujours se prononcer sur un positionnement politique ? Voilà un raisonnement fréquent qui s’invite dans les débats et qui voudrait que nous ne soyons ni de droite ni de gauche mais attaché à l’intérêt général, à la supériorité de la nation et des citoyens. Ni de droite ni de gauche, mieux, les deux « en même temps » pour Macron qui ne se réfère pas à De Gaulle – il s’agit d’une volonté personnelle de s’arroger les qualités de chaque parti tout en rassurant l’électorat de ces derniers. Pour les autres il s’agit d’un réel postulat gaulliste. Il existe en effet des gaullistes de droite et des gaullistes de gauche, des gaullistes sociaux et d’autres plus libéraux. La posture est commode quand on sait que le général De Gaulle incarnait cette politique et se considérait au-dessus des partis, mais dans une Constitution taillée sur mesure à sa personne. Être gaulliste à notre époque est intellectuellement très confortable mais en revanche le costume est trop grand pour ceux qui s’en revendiquent. Et ses prétendus successeurs ne vivent pas toujours selon l’esprit de leur maître à penser. La Résistance est définitivement au passé, le rapport de force avec les communistes est terminé et la crise coloniale algérienne est bien loin. Malheureusement, les grandes ambitions françaises gaulliennes du nucléaire civil sont détricotées, la capacité importante de production de matériel militaire français pour maintenir nos armées dans des capacités adaptées à leurs temps, les efforts considérables pour l’aménagement du territoire et l’autonomie réelle des régions proposée au référendum de 1969 sont restés lettre morte, particulièrement avec la création absurde des nouvelles eurorégions de 2014 et la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim en 2020. Et il se trouve qu’au contraire, la dichotomie droite/gauche, un temps rabotée, n’a jamais été aussi prégnante dans le mental des Français de façon parfois inconsciente, là où d’autres voient à l’inverse, la disparition des partis au profit d’un modèle économique supranational dans lequel les partis de droite et de gauche ont les mains liées pour gouverner. Or, il n’en est rien, la droite tout comme la gauche existent bien dans leur essence, et la disparition progressive du gaullisme à l’avantage de remettre les choses à leur place, et de tracer de nouvelles lignes politiques restées cristallisées dans la seule idéologie gaulliste. Les lignes ont bougé lors des élections présidentielles de 2017 et 2022 contrairement aux apparences et au ressenti des Français. En 2017, avec son « en même temps » Emmanuel Macron fait éclater la frontière droite/gauche en liquidant au passage le camp socialiste d’où il venait. À y réfléchir le « en même temps » ne marquait pas la fin de l’ancien monde mais en faisait la synthèse. Il restait à tuer le Parti républicain, mais cela la droite nationale s’en chargerait. Effectivement, en 2022, Éric Zemmour fixe radicalement le thème de campagne : l’immigration. De manière systématique il martèle avec aplomb le terme qui finit par être repris par le Parti républicain et Renaissance qui risquaient de laisser une niche dans l’offre politique au moment où la France connaissait une explosion de l’immigration et de l’insécurité, et que les Français avaient parfaitement identifié. Et ce, depuis déjà de nombreuses années. Zemmour libère la parole politique. Ainsi, l’expression « grand remplacement » de Renaud Camus – suggérant le remplacement progressif de la population française indigène par une population immigrée à la démographie plus élevée – est employée de manière décomplexée par les militants de Reconquête. Expression que s’empressera d’utiliser le Rassemblement national pour ne pas être dépassé sur sa droite malgré ses efforts forcenés de dédiabolisation pour rendre le parti « fréquentable ». Autrement dit, en 2017, droite et gauche se « synthétisent » à travers la macronie, mais en 2022, Macron ne faisant pas campagne, une forme de retour de la droite, ou plutôt une arrivée de la droite conservatrice marque ce tournant. Zemmour veut réconcilier selon ses propres termes, la droite bourgeoise et la droite populaire pour en faire leur union. Ainsi, il souhaite réaliser le lien entre les Républicains et le Rassemblement national. Projet malheureusement compromis pour lui en 2022, et surtout aux élections législatives anticipées de 2024 – les élections législatives européennes de cette année ayant en revanche envoyé 5 députés Reconquête au Parlement européen. Certes, à l’heure actuelle, la gauche radicale en pleine expansion tout autant que la droite nationale, pourraient laisser entendre que les deux extrêmes de l’Assemblée nationale sont en mesure d’influer sur le débat parlementaire. Il n’en est rien avec l’attente interminable d’un nouveau gouvernement qui peine à voir le jour, et ne viendra qu’après les Jeux olympiques mais qui en toute légitimité devrait être composé de différents élus du Nouveau Front populaire et du centre gauche, tout en prenant soin de rejeter le Rassemblement national considéré hors de « l’arc républicain ». Mais dans la zone centrale de l’échiquier, Macron élargit son influence dans le centre-gauche tel qu’il l’avait fait en 2017. Mieux il se tourne vers la droite des Républicains de manière plus manifeste. Décidément l’ancien monde ne veut pas mourir et commence à constituer des alliances de circonstances : Place publique et les socialistes, Ensemble (la majorité présidentielle) faisant cohabiter Renaissance, Horizon, le Modem, l’UDI et divers droite, et enfin les Républicains derniers dinosaures de l’épopée gaulliste dont les actes ne sont plus en conformité avec les paroles depuis bien longtemps. En provoquant des élections législatives anticipées, Macron solde ce qu’il reste de la droite gaulliste qui désormais se dénomme la Droite républicaine. Il met en échec la droite nationale du Rassemblement national ainsi que la droite conservatrice de Reconquête.
Alors Macron est-il de droite ?
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