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27.06.2024 - N° 1.673

Un mouvement de fond contre
la technocratie européenne a pris forme

Par Guy Millière
 
Guy Millière, (spécialisation : économie, géopolitique). Titulaire de trois doctorats,
il est professeur à l’Université Paris VIII Histoire des cultures, Philosophie du droit, Economie de la communication
et Maître de conférences à Sciences Po, ainsi que professeur invité aux Etats-Unis.
Il collabore à de nombreux think tanks aux Etats-Unis et en France.



Les Français en ce moment ne pensent qu’aux élections législatives qui vont bientôt avoir lieu, et c’est très compréhensible, car c’est l’avenir du pays qui se joue, et pour l’heure, rien n’est dessiné clairement.

La victoire du centre mou socialiste que constitue le macronisme semble très improbable. La victoire de la gauche n’est pas impossible : le recours intensif à la peur peut la permettre, cela d’autant plus que des gens qui semblaient appartenir à une gauche modérée ont accepté de rejoindre un conglomérat guidé par une gauche très radicale, et une victoire de la gauche conduirait le pays vers des turbulences majeures. Ce sont ces turbulences que pourrait souhaiter Macron. Pour en tirer avantage, et dire : moi (et les miens, incarnant la raison et la modération) ou le chaos.

La victoire du Rassemblement National reste l’issue la plus probable. Elle conduira vraisemblablement, si elle a lieu, la France étant ce qu’elle est, à des soulèvements d’extrême gauche et à des tentatives de blocages de toutes les décisions susceptibles d’être prises, par l’action délétère de l’Etat profond français. L’été sera agité, et ceux qui ont accepté que les Jeux Olympiques soient donnés à la France cette année pourraient bien regretter leur décision : ils auraient sans doute dû réfléchir davantage et regarder de plus près l’instabilité qui marque la France depuis des années, et qui la fait aller de soulèvements en grèves, et de grèves en émeutes.

Si la victoire du Rassemblement National reste l’issue la plus probable, c’est parce qu’elle fait partie d’un mouvement de fond qui existe dans quasiment toute l’Europe.

Et de fait, ce qui se passe en France est le résultat des années Macron, mais c’est aussi le signe d’un refus de ce à quoi Macron adhère : la politique suivie par l’Union Européenne, et le fonctionnement de l’Union Européenne elle-même. Et ce qui se passe en France se passe aussi, à des degrés divers, et sous des formes diverses, au sein de nombre des pays qui composent l’Union Européenne.



La politique suivie par l’Union Européenne est technocratique, autoritaire, fondamentalement défiante vis-à-vis de la démocratie, hostile aux identités culturelles, imprégnée des idées d’une gauche technocratique qui utilise l’écologisme pour avancer. Le fonctionnement de l’Union Européenne permet à cette politique de se trouver mise en œuvre, contre la volonté d’un nombre croissant des membres des peuples européens. Et des politiciens européens semblables à Macron adhèrent à la politique suivie par l’Union Européenne et au fonctionnement de l’Union Européenne, et subissent un rejet croissant de leurs populations.  C’est en raison de ce rejet croissant que dans quasiment tous les pays d’Europe, les élections européennes ont conduit à une forte poussée de mouvements politiques que ceux qui méprisent les peuples appellent avec condescendance “populistes”, et qu’il serait plus adéquat de nommer nationalistes et conservateurs.

Cette poussée en 2024 n’a pas été assez forte pour balayer la politique suivie par l’Union Européenne et changer le fonctionnement de l’Union Européenne elle-même, mais elle semble destinée à se renforcer, et elle se renforcera, car le sentiment commun à quasiment tous les peuples européens est qu’ils peuvent mourir, et qu’ils mourront si la politique suivie par l’Union Européenne se poursuit, et si le fonctionnement de l’Union Européenne reste ce qu’il est.

Cette poussée a conduit et conduira à des bouleversements politiques dans plusieurs pays d’Europe : Giorgia Meloni est au pouvoir en Italie depuis octobre 2022, Geert Wilders n’a pas accédé au poste de premier ministre aux Pays Bas, mais son parti domine la coalition au pouvoir, Jordan Bardella et Marine Le Pen sont aux portes du pouvoir en France, l’AfD est devenu le deuxième parti politique en Allemagne.

Certains appellent la politique suivie par l’Union Européenne et par les politiciens européens du type de Macron “mondialiste”, et ce terme peut être adéquat, à condition d’être défini précisément : cette politique est issue d’un projet idéocratique conçu à Davos, et qui se retrouve au sein des Nations Unies. Le but du projet est une reformulation des sociétés occidentales effaçant les repères identitaires au sein d’un relativisme multiculturaliste, soumettant les populations par la surveillance et le contrôle au nom de la nécessité de “sauver la planète” et visant à transformer l’humanité en un ensemble indistinct de producteurs – consommateurs guidés par une nomenklatura régissant d’en haut, de manière absolue, et censée avoir les idées justes.  La Commission européenne est cette nomenklatura à l’échelle de l’Europe. 

Des adeptes de ce projet idéocratique existent aux Etats-Unis, et ils tiennent aujourd’hui le Parti Démocrate, qui est tout à la fois un parti de gauche extrême, et un parti imprégné du projet idéocratique susdit. Ses membres dirigeants se conçoivent comme une nomenklatura américaine. La volonté d’effacement des repères identitaires est là. La volonté d’installer un relativisme multiculturaliste est là aussi, tout comme la volonté de soumettre les populations par la surveillance et le contrôle au nom de la nécessité de “sauver la planète” et de faire des Américains en un ensemble indistinct de producteurs – consommateurs guidés par une nomenklatura régissant de manière absolue, car censée avoir les idées justes. L’élan qui porte Donald Trump est fondamentalement identique à celui qui porte les mouvements appelés “populistes” en Europe, et suscite la même haine que celle qui est dirigée en Europe par les adeptes du projet idéocratique contre ces mouvements.

Les dirigeants des principales puissances totalitaires du 21ème siècle regardent ce qui se passe en Europe et aux Etats-Unis avec ironie, car ils voient que le projet idéocratique qui avance peut détruire la civilisation occidentale et sert leurs intérêts. Ils contribuent à l’avancée du projet idéocratique : par le recours à des agents d’influence et à des placements financiers.

Nous sommes dans une guerre planétaire. Le monde occidental a des ennemis extérieurs : les principales puissances totalitaires du 21ème siècle. Il a des ennemis intérieurs : la nomenklatura européenne en Europe, le parti démocrate tel qu’il est aujourd’hui aux Etats-Unis.

Les mouvements appelés “populistes” européens sont, sans toujours le discerner, les défenseurs de la survie du monde occidental.

La poussée de ces mouvements est portée par des gens qui se donnent des objectifs plus limités : la défense d’une souveraineté nationale, le refus du grand remplacement et de l’autoritarisme technocratique, mais ces mouvements contribuent à un combat plus vaste.

Ceux qui soutiennent Donald Trump aux Etats-Unis veulent sauver l’Amérique, ses institutions, ses valeurs, son statut de première puissance du monde libre. Ils contribuent eux aussi à un combat plus vaste et, vu le statut des Etats-Unis, ils y contribuent de manière plus cruciale encore.

Une Europe des nations souveraines menant contractuellement des projets en commun sur la base d’accords entre gouvernements est concevable. Elle ne serait pas l’Union Européenne telle qu’elle s’est construite. Son cadre avait été défini par Margaret Thatcher dans un discours prononcé à Bruges en 1988. Le discours de Bruges reste d’actualité.

Les Etats-Unis peuvent renouer avec l’esprit de la Constitution et du Bill of Rights. Ils le feront si Donald Trump est réélu le 5 novembre.

Le seul danger que je perçoive au sein des mouvements appelés “populistes” en Europe est l’attraction de certains d’entre eux pour la Russie et, chez plusieurs d’entre eux, des penchants anti-américains.

La Russie de Poutine est une dictature autoritaire anti-occidentale alliée de tous les ennemis du monde occidental (Xi Jinping, Khamenei, Kim Jong Un). Les Etats-Unis sont, fondamentalement, la principale puissance du monde occidental. Se situer du côté de la Russie poutinienne et céder aux penchants anti-américains est trahir l’héritage de la civilisation occidentale, et se conduire en ennemi de la civilisation occidentale.

Un autre danger est sous-jacent à ce danger : la confusion de ce qu’on peut appeler mondialisme avec la mondialisation. Le mondialisme est un projet idéocratique de type totalitaire. La mondialisation est un fait : elle existe depuis qu’il y a des relations commerciales. Depuis l’époque de Marco Polo, elle s’est beaucoup accélérée. Le capital essentiel aujourd’hui est le capital intellectuel, et celui-ci est immatériel. L’essentiel de la création de richesse aujourd’hui est immatériel. Il n’y aura pas de retour en arrière : nous sommes à l’ère d’internet, et des flux financiers dématérialisés. Il faut laisser à la gauche l’incompréhension débile et destructrice du monde dans lequel nous vivons.

Si le libre échange aveugle doit être rejeté (il a été conçu avant la naissance des totalitarismes prédateurs, et il ne faut pas vendre à ceux-ci la corde qui servira à nous pendre), le protectionnisme est porteur de risques de déclin accéléré.


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