![]() Toutes les news c'est ici Contact
Abonner un(e) ami(e) Vous abonner Qui sommes nous ? |
20.06.2024 - N° 1.666 De Chirac à Ciotti, quand la droite explose Par Ulysse Legavre-Jérôme Ulysse Legavre-Jérôme est un journaliste français qui travaille actuellement pour Les Echos. Il a écrit un article sur la transformation de TSG, qui a été salué par ses pairs. ![]() Le
séisme occasionné par le ralliement d'Eric Ciotti au RN n'est qu'un
épisode de plus dans la longue liste des déchirements que la droite a
connu par le passé. Retour en sept épisodes. Comme tout parti, Les Républicains (LR) ont connu leur lot de crises internes. Si la déflagration qu'a engendrée son président, Eric Ciotti, en annonçant le 11 juin sa volonté de nouer une alliance avec le Rassemblement national (RN) aux législatives marquera profondément l'histoire du mouvement de droite, plusieurs autres guerres intestines ont, elles aussi, laissé des stigmates à travers les années. Retour sur sept épisodes qui ont marqué l'histoire de la droite en France. · 1974 : « L'appel des 43 » en faveur de Giscard ![]() Valéry Giscard d'Estaing et Jacques Chirac en 1974.
A la mort du président Georges Pompidou, le 2 avril 1974, la droite gaulliste lui cherche un successeur. Jacques Chaban-Delmas est le premier à se jeter dans la bataille de la présidentielle. Depuis des mois, l'ancien Premier ministre fait figure de futur champion des gaullistes. Mais c'est sans compter sur Jacques Chirac. Avec ses manières de bulldozer, le jeune ministre sortant de l'Intérieur se démène pour barrer la route à Jacques Chaban-Delmas. Il lance « l'appel des 43 », un texte signé par 43 parlementaires et ministres UDR qui annoncent rallier Valéry Giscard d'Estaing, candidat des Républicains indépendants. Jacques Chaban-Delmas n'atteint pas le second tour et qualifie Jacques Chirac de « forban ». En récompense, Valéry Giscard d'Estaing fera de Jacques Chirac son Premier ministre. · 1981 : Chirac contre Giscard ![]() Les affiches de Jacques Chirac t Valéry Giscard d'Estaing pour la campagne présidentielle de 1981.
Valéry Giscard d'Estaing voulait voir en Jacques Chirac un « bon garçon ». Il ne tardera pas à déchanter. Le 25 août 1976, après un séjour au Fort de Brégançon, le Premier ministre claque la porte de Matignon, estimant ne pas disposer des moyens nécessaires « pour assurer efficacement ses fonctions ». En 1981, Jacques Chirac - à la tête du RPR (qui a remplacé l'UDR) et de la Mairie de Paris - se présente contre le président sortant. N'atteignant pas le second tour, il ne donne pas de consigne de vote à ses électeurs : « Chacun votera selon sa conscience. » Valéry Giscard d'Estaing est persuadé que son rival a appelé en coulisse à voter pour François Mitterrand, le candidat de la gauche. · 1995 : Balladur lâche Chirac ![]() Lors d'un meeting de soutien à Edouard Balladur
(de gauche à droite Nicolas Sarkozy, Edouard Balladur et Charles Pasqua) Après son échec en 1988 face à François Mitterrand, Jacques Chirac prépare sa troisième conquête de l'Elysée en 1995, avec l'aide de son ancien ministre Edouard Balladur - son « ami de 30 ans » -, nommé par ses soins Premier ministre de cohabitation en 1993. Mais grisé par des sondages flatteurs, le chef du gouvernement se prend à rêver d'un destin présidentiel et se lance lui aussi dans la course à l'Elysée. Les deux hommes mèneront campagne sans se revoir. Mais Jacques Chirac, abandonné de presque tous, finira par remporter la bataille et devancer Edouard Balladur de plus de 2 points au premier tour. Cette guerre ouverte affectera la droite pendant des années. · 2005 : Sarkozy et Villepin se déchirent ![]() Dominique de Villepin, alors ministre de l'Intérieur,
et Nicolas Sarkozy, ministre de l'Economie, le 21 juillet 2004. À 72 ans, Jacques Chirac perd le référendum de la Constitution européenne en 2005. Jean-Pierre Raffarin, le Premier ministre de l'époque, jouera les fusibles. Dominique de Villepin est nommé à Matignon. Ce dernier est le rival de Nicolas Sarkozy depuis toujours : lui a soutenu Jacques Chirac face à Edouard Balladur en 1995. Le ton se durcit avec l'affaire Clearstream, qui met en cause au printemps 2004 plusieurs personnalités, dont Nicolas Sarkozy, qui aurait touché des commissions dans le dossier des frégates de Taïwan sur des comptes secret de la société luxembourgeoise Clearstream. Dominique de Villepin, qui rêve de barrer la route de l'Elysée à celui qu'il surnomme « le nain », voit dans cette affaire une occasion rêvée. Mais Nicolas Sarkozy se bat. Alors que l'enquête révèle que la liste des personnalités a été falsifiée, il dénonce une tentative visant à l'« abattre ». En juillet, il assure, sans citer personne, que s'il retrouve « le salopard qui a monté cette affaire, il finira sur un crochet de boucher », avec, sans le dire, Dominique de Villepin en ligne de mire. Nicolas Sarkozy finira par triompher de cette guerre politique : il sera le candidat de la droite à la présidentielle de 2007 qu'il gagnera. · 2012 : guerre de succession entre Copé et Fillon ![]() Jean-François Copé et François Fillon
Le 6 mai 2012, Nicolas Sarkozy est battu par François Hollande à la présidentielle et l'UMP est affaiblie. Le parti organise une primaire fermée pour désigner celui ou celle qui reprendra la tête du parti. 300.000 adhérents votent pour départager François Fillon et Jean-François Copé. La situation se gâte le soir des résultats, Jean-François Copé se proclamant vainqueur, avant de voir sa victoire contestée par François Fillon. La commission de contrôle annonce finalement que Jean-François Copé a… 98 voix d'avance. François Fillon met en cause l'impartialité de celle-ci et dénonce des irrégularités lors du vote des militants. Commence alors une guerre fratricide qui va durer des semaines. Le parti est plusieurs fois menacé de scission, les fillonistes ayant créé le Rassemblement-UMP, groupe dissident, à l'Assemblée nationale qui compta un temps 73 députés. Les deux camps finiront par s'accorder pour un nouveau vote en 2013 qui n'aura jamais lieu, les militants consultés ayant massivement refusé une nouvelle élection pour ne pas fracturer davantage le parti. · 2014 : Bygmalion, le secret qui fait exploser la droite ![]() Nicolas Sarkozy lors de sa campagne pour la présidentielle 2012
En mai 2014, le directeur adjoint de la campagne de Nicolas Sarkozy passe aux aveux. Jérôme Lavrilleux raconte que les comptes de campagne de la présidentielle de 2012 ont été truqués. Un système de fausses factures avait été mis en place. Bygmalion, l'agence de communication qui organisait les meetings de Nicolas Sarkozy, facturait les frais non pas à l'Association pour le financement de la campagne de l'ancien locataire de l'Elysée mais à l'UMP sous couvert d'événements fictifs. Depuis, la justice a confirmé l'existence d'une fraude à 18 millions d'euros. Le camp Sarkozy et les proches de Jean-François Copé, secrétaire général de l'UMP à l'époque, se rejettent mutuellement la responsabilité des dérives financières. Jean-François Copé est contraint de démissionner. Il bénéficie d'un non-lieu par la suite et Nicolas Sarkozy est condamné à un an de prison ferme en 2021. La peine a été réduite en Cour d'appel et dans la foulée l'ex-chef de l'Etat s'est pourvu en cassation. · 2024 : Eric Ciotti rompt le cordon sanitaire avec l'extrême droite ![]() Eric Ciotti, le 13 juin 2024
Au soir des résultats des élections européennes de 2024 , la liste menée par François-Xavier Bellamy récolte 7,3 % des voix et est largement distancée par celle du Rassemblement national portée par Jordan Bardella (31,4 %). Après la dissolution annoncée par Emmanuel Macron, Eric Ciotti annonce sa volonté de nouer une alliance avec l'ancien parti de Jean-Marie Le Pen, créant un séisme au sein de sa famille politique. Les responsables LR font bloc et décident de l'exclure des Républicains. Mais Eric Ciotti entre en bataille juridique pour garder la présidence et fait annuler son exclusion en référé. Totalement isolé, il investit pour les législatives anticipées une soixantaine de candidats sous l'étiquette LR-RN auprès de son micro parti « A droite, les amis d'Eric Ciotti », tandis que les LR « canal historique » investissent près de 400 candidats LR, dont un contre lui dans sa circonscription des Alpes-Maritimes. _______________
______________
| ||||
Qui
sommes-nous ? Nous écoutons, nous lisons, nous regardons... C'est parfois un peu ardu, et les news peuvent demander de l'attention. Mais elle sont souvent remarquables ! Nous vous proposons cet article afin d'élargir votre champ de réflexion et nourrir celle-ci. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Nous ne sommes nullement engagés par les propos que l'auteur aurait pu tenir par ailleurs, et encore moins par ceux qu'il pourrait tenir dans le futur. Merci cependant de nous signaler par le formulaire de contact toute information concernant l'auteur qui pourrait nuire à sa réputation. Bien sûr, vos commentaires sont très attendus. ![]() |