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29.04.2024 - N° 1.615 Mode : le costume est mort, vive le costume ! Par Margaux Krehl ![]() Journaliste spécialisée dans la mode, j'ai passé 7 ans au sein de la rédaction web de « Vanity Fair France », où j'ai occupé simultanément les postes de cheffe de rubrique mode et responsable éditoriale. L'occasion de travailler également en étroite collaboration avec la rédaction print du magazine. ![]() Délaissé au sortir de la pandémie, balayé par la vague streetwear, jugé trop classique par une nouvelle génération… Le costume a-t-il encore un avenir dans le vestiaire masculin ? À quoi ressemble la garde-robe d'un homme en 2024 ? Si l'on en croit les derniers défilés qui se tenaient fin janvier à Londres, Milan et Paris, elle met à l'honneur les figures incontournables de la masculinité. Cow-boy en jean, marin coiffé d'un calot blanc, étudiant glissé dans un Teddy à patchs, « worker » vêtu d'une veste multipoches et… businessman en complet-cravate. La plateforme de recherche mode Tagwalk relevait ainsi, parmi les grandes tendances de l'automne-hiver 2024, le retour de l'allure « office wear », qui composait à elle seule 6 % des looks vus sur les podiums masculins (soit une augmentation de +218 % par rapport à la saison précédente). Et avec elle, le grand retour du costume, que l'on pensait démodé. Un marqueur de succès Longtemps, ce dernier a été symbole de puissance et de réussite . L'apanage des hommes d'affaires et des puissants, comme le roi Edouard VII, à qui l'on doit la popularisation du costume - dit également complet, la veste, le pantalon et, parfois, le gilet, étant tous réalisés dans la même étoffe - au mitan du XIXe siècle. « Le port du costume a toujours été très codifié, rappelle Nicolas Gabard, fondateur du label Husbands. Jusqu'à il y a peu, on ne portait pas la même chose selon que l'on soit notaire, avocat, banquier d'affaires, senior ou junior. Tout était balisé, ce qui était un bonheur pour les hommes, qui n'avaient pas à réfléchir à comment s'habiller. » Au fil du temps et des tendances sociétales, le costume est peu à peu tombé en désuétude au profit d'une silhouette plus souple, portée aux nues par les tendances sportswear et streetwear. Une étude de Kantar, publiée en 2023, relève que les ventes de costumes et de tailleurs ont enregistré respectivement une baisse de 73 et 38 % entre 2013 et 2022. Un phénomène amplifié par la pandémie de Covid au cours de laquelle, télétravail aidant, le complet s'est vu remisé au placard. Gauthier Borsarello, directeur artistique de Fursac, remarque « une vraie déstructuration du costume : la veste de blazer ou de tailleur se porte désormais avec un chino ou un jean ». Ce que constate également Franck Nauerz, directeur du département homme du Bon Marché. « La surchemise a fait beaucoup de mal à la veste et donc au costume. Cette tendance, qui était traditionnellement associée au style 'worker', s'est faite plus élégante, la surchemise se déclinant dans de beaux tissus et de belles matières. » L'avènement du complet 2.0 Même avec un genou à terre, le costume fait de la résistance. D'abord parce qu'en Occident, il reste un indispensable des cérémonies officielles qui rythment la vie des hommes. En 2023, 242.000 mariages ont été enregistrés par l'Insee, soit 300 de plus que l'année précédente. Un record que l'Institut national des statistiques explique par un rattrapage des unions reportées pendant la pandémie. « On sous-estime le poids des cérémonies dans l'achat d'un costume, indique Franck Nauerz. Qu'il s'agisse d'un mariage, mais aussi du premier costume postbac, que l'on vient acheter avec ses parents, ou celui que l'on s'offre pour passer un entretien. » ![]() Bleu ciel pour ce modèle Fursac de la collection printemps-été 2024.
À la seule différence qu'aujourd'hui, le traditionnel complet bleu marine a disparu, remplacé par des modèles beaucoup plus modernes. « Ce désintérêt se voit autant chez un jeune homme que chez un businessman plus classique, poursuit le directeur du département homme du Bon Marché. On remarque une véritable envie d'avoir un peu plus de personnalité, de sortir de sa zone de confort, et c'est là que nous intervenons pour proposer autre chose : du lin, du beige, du vert, une pochette, des tissus travaillés et plus originaux… » En bref, un néocostume, aujourd'hui proposé par de nombreuses marques - AMI, Wooyoungmi, Lemaire, Auralee. Cette ruée vers le costume 2.0 profite à certains, comme Pierre Mahéo, fondateur d'Officine Générale, qui, douze ans après sa création, voit le complet truster le haut de ses ventes. « Il y a un nouveau profil de clients, plus jeunes, qui découvrent qu'on n'est pas forcément guindé en portant une veste de costume avec un pantalon un peu plus large. Il y a cette idée de vouloir être élégant mais avec le maximum de confort », explique le créateur. ![]() Défilé Officine Générale, collection printemps-été 2024 : des lignes plus larges.
Si le « tailoring » représente aujourd'hui la première catégorie de produits plébiscités par les clients de sa marque, Pierre Mahéo aime cependant à rappeler qu'il est plutôt question chez lui de « faux costume ». Soit « une veste qui sera un peu plus proche de la veste de travail que de la veste de costume, mais qui sera cependant déclinée dans la même matière que le pantalon, souvent un drap de laine ou un Fresco [une toile de laine assez rêche au toucher mais très respirante, NDLR]. Quant aux pantalons, ce sont les modèles très droits et très larges qui fonctionnent le mieux, et que nos clients ont tendance à surtailler un peu. » Une pratique d'initiés À l'opposé de cette nouvelle génération toute en détente et volume, d'autres misent sur une élégance plus recherchée. « En ce moment, la mode aime bien surjouer les grands classiques, analyse Gauthier Borsarello. Elle désire à nouveau un costume très 'costume', très littéral. On a ainsi vu des silhouettes très raides, très structurées, très carrées, mais aussi beaucoup d'effets de style, de jeu sur les chemises, les tailles de col, la cravate ton sur ton. Elle est pour l'instant à contre-courant de ce que portent les gens dans la rue, mais on sait que cette tendance va finir par toucher sa clientèle. » ![]() Costume croisé chez Husbands, une élégance classique revendiquée.
Dans sa boutique de la rue de Richelieu (Paris IIe), Nicolas Gabard reçoit musiciens, comédiens, architectes, designers et avocats à la recherche d'un costume taillé dans les règles de l'art. Et qu'ils pourraient porter avec une paire de derbies aussi bien qu'avec des santiags ou des sneakers. « Le costume est un produit magnifique, auquel il faut donner de nouvelles valeurs, énonce le fondateur d'Husbands. Ce nouveau complet, qu'il faudrait d'ailleurs nommer différemment, puise ses racines dans le vêtement historique et doit, à mon sens, être préservé dans ses proportions. Ce qui n'empêche pas de le 'disrupter', en utilisant différentes matières et des inspirations autres que celle du dandy ou du banquier, vues et revues. Aujourd'hui le costume n'est plus une question de pouvoir, mais d'intelligence,
de fun, de sophistication et surtout, d'expression de soi. » Le costume est mort, vive le costume !
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