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28.04.2024 - N° 1.614 Benoît XVI, un grand pape qui refusait toute violence exercée au nom de Dieu Par ABBÉ ALAIN RENÉ ARBEZ ![]() Educateur spécialisé, curé de paroisses à Genève-centre, relations avec le judaïsme Genève depuis 20 ans, membre de la commission judéo-catholique des Evêques suisses (Lucerne). ![]() Après les interminables massacres successifs de chrétiens par les musulmans, le pape Benoît XVI n’est jamais resté muet. Ses prises de position souvent ignorées des médias rendaient régulièrement hommage aux victimes assassinées en raison de leur appartenance chrétienne et le pape répétait à chaque fois la même conviction : « on ne peut pas utiliser la violence au nom de Dieu ! » En y ajoutant cet appel concret plein de bon sens, visant le bellicisme coranique : « Les religions devraient inciter à un usage correct de la RAISON et promouvoir des valeurs éthiques ». Une évidence, car un dieu qui pousse à tuer en son nom ne peut être qu’une idole païenne hostile à tout humanisme et à toute civilisation. Benoît XVI a surtout eu le courage de montrer combien le refus islamique d’associer la raison à sa prétention religieuse fait définitivement peser une grave menace sur les libertés et la sécurité des non-musulmans. Cela d’autant plus que les garde-fous issus de la civilisation judéo-chrétienne s’effondrent les uns après les autres, sapés par une culture occidentale laïciste qui cible le christianisme, mais qui ferme complaisamment les yeux sur une islamisation invasive, appelée parfois « migrations » ou encore « grand remplacement ». La prise de position la plus significative de Benoît XVI sur ces questions a été celle de l’Université de Ratisbonne, en 2006. Evidemment, les médias occidentaux ont voulu à tout prix y voir « une bourde », mais le pape savait pertinemment de quoi il parlait. Certains ont même affirmé que le pape avait dû « s’excuser » à la suite des réactions musulmanes, ce qui est absolument faux. Les attaques contre Benoît XVI ont refusé de reconnaître la dimension universitaire de son propos. Car dans son discours lucide à la célèbre Université où lui-même avait enseigné, le pape citait académiquement un passage du 16ème siècle relatant l’entretien entre l’empereur orthodoxe Manuel II Paléologue et un musulman cultivé : "L’empereur
connaissait les dispositions développées et fixées dans le coran à
propos de la guerre sainte. Il dit avec rudesse à son interlocuteur
musulman : montre-moi donc ce que Mahomet a apporté de nouveau, et tu y
trouveras seulement des choses mauvaises et inhumaines, comme sa
mission de diffuser
par l’épée la foi qu’il prêchait." Cette citation, extraite du contexte d’un discours pourtant pas encore traduit, suscita aussitôt un embrasement inimaginable dans le monde islamique. La rue musulmane explosa de rage, on brûla l’effigie de Benoît XVI, une religieuse dévouée aux autochtones depuis trente ans fut assassinée en Somalie, on incendia plusieurs églises dans les Territoires palestiniens, en Iraq et en Inde. Or Benoît XVI offrait dans son exposé historico-théologique une clé de lecture critique générale, qui s’applique à toutes les religions (christianisme compris). C’est une évidence : violenter au nom de Dieu est inacceptable, car Dieu a un lien avec la raison humaine. Dans la culture biblique, contrairement au coran, l’être humain a été doté d’un libre arbitre qui lui offre des choix où la raison joue un rôle essentiel en faveur du bien. Sans cette affirmation basique, il est impossible de poser les bases d’un dialogue entre civilisations qui se fonde sur des relations ouvertes à l’altérité ! En citant le Paléologue, Benoît XVI voulait rappeler de manière simple un constat historique indéniable : Mahomet a prêché sa foi par l’épée, il a plus été chef de guerre que chef religieux. La préoccupation majeure du pape était la situation spirituelle du monde contemporain, en fonction de laquelle devait être dénoncée la vision théocratique de l’islam, concept absolutiste qui autorise à violenter au nom du divin. Cette perversion haïssable n’est pas seulement présente dans l’islam, elle a aussi existé ponctuellement dans le christianisme à certaines époques bien précises. Benoît XVI l’a reconnu ouvertement. Mais il ne faudrait pas confondre ce qui est conjoncturel avec ce qui est structurel, comme le font souvent sur les plateaux de télévision les vulgarisateurs médiatiques selon le raccourci habituel « religion = violence ». Du même acabit que « monothéisme égale conflit »… Or la profonde différence, entre islam et christianisme c’est que les textes fondateurs musulmans ne disent pas la même chose que les écrits judéo-chrétiens. En islam, le rapport religion-violence est particulièrement imbriqué, et il suffit de lire le coran et les hadiths, mais aussi les biographes musulmans de Mahomet (Mouslim, Boukhari, etc) pour s’en faire une idée assez précise. Face à ce dilemme, Benoît XVI affirmait avec force à Ratisbonne que si l’on est convaincu que Dieu est entré en relation avec l’être humain doué de raison, la religion ne doit jamais servir de caution et d’alibi à la violence. En effet, une foi authentique ne peut se propager par la violence car elle est le fruit de l’âme, raisonnable, capable de réflexion et de dialogue. Le Paléologue, élevé dans la philosophie grecque, disait le pape, proclame le lien vital entre la raison et la foi, dans le but de contester la démarche islamique et ses prolongements belliqueux aux effets redoutables. C’est bien ce que confirme El Tayeb Houdaïfa, chroniqueur de La vie Eco, lorsqu’il écrit que la période islamique du 7ème siècle fut « trop préoccupée par les conquêtes d’expansion militaire et pas assez par l’usage de la raison ». Il y eut aussi les assassinats successifs pour la succession dynastique de Mahomet (Omar, Othman, Ali). Ce qui a donné lieu par la suite à une rivalité séculaire entre sunnites et chiites, qui s’affirme de plus en plus dans l’axe Iran-Liban. El Tayeb Houdaïfa précise même : « l’après-prophète s’illustra plus par l’empire de la déraison que par le gouvernement de la raison ». Cependant, une chance nouvelle de réforme était apparue, lorsqu’aux 8ème et 9ème s. les Arabes firent traduire dans leur langue les œuvres des philosophes grecs qu’ils venaient de découvrir par leur conquête. Comme ils ne connaissaient pas le grec, ce sont les juifs lettrés et les savants chrétiens – nestoriens en particulier – qui réalisèrent pour eux ces traductions grâce au syriaque. De ce fait, la popularisation des œuvres grecques en milieu arabo-musulman suscita rapidement la première école théologique islamique importante, celle des mutazilites – avec Wasil ibn Ata, fondateur du kalam, la théologie spéculative. Intellectuellement attractive, cette théologie mutazilite fut établie comme doctrine officielle par le calife Al Mamun (814-833), mais une opposition farouche fit rapidement disparaître cette démarche philosophique. Pour contrer cette pacification de la religion mahométane, Al Achari développa une ligne dure attribuant tout à Allah et rendant la raison de l’homme inopérante. Puisque l’individu est prédestiné dans ses moindres faits et gestes, c’est le mektoub qui régit tout selon le bon plaisir d’Allah,croyance doctrinale officielle encorede nos jours. Au 11ème et 12ème s. Al Farabi et Al Kindi furent des penseurs musulmans développant l’idée d’une liberté éclairée par la raison, mais Ghazali leur adversaire réagit à leur encontre dans un ouvrage intitulé « Destruction des philosophes ». Même Averroes, un siècle plus tard, se retrouvait disqualifié au nom même de ce reflux vers un islam dur des origines. Dès lors, l’étau se refermait jusqu’à nos jours avec le redressement doctrinal opéré par Ghazali, freinant toute investigation philosophique en islam. C’est ce que l’on appelle la « fermeture des portes de l’ijtihad ». Dans la même période, (au 11ème siècle), un autre théologien musulman célèbre refusait lui aussi fermement toute ouverture vers la raison, il rejetait toute influence philosophique grecque. C’est Ibn Hazm, que Benoît XVI, en fin connaisseur de son sujet, a présenté explicitement dans son discours de Ratisbonne : car pour ce juriste, Allah est pure transcendance sans aucun lien avec la raison humaine ni avec nos concepts de vérité. L’idée était bel et bien de revenir à l’islam pur et dur du temps du prophète, considéré comme âge d’or de l’islam. Ce retour aux origines s’appelle le salafisme, courant musulman radicalisé qui gagne du terrain partout aujourd’hui, des montagnes afghanes aux banlieues françaises et londoniennes. Dans la même logique, Ibn Hazm préconisait la lecture littérale du coran, c’est l’école zahirite, (le zahir = sens apparent). Tout lecteur du coran qui doute, ne serait-ce que d’une seule lettre, est kafir, c’est-à-dire incroyant, infidèle, impie. Le kufr, c’est l’impiété, punie de persécution en ce monde et de l’enfer dans l’autre. Le coran ne recèle donc aucun sens caché, comme le prétendent les soufis, considérés par l’islam officiel comme une secte ésotérique et hérétique à éliminer, sauf lorsqu’elle attire vers l’islam de naïfs occidentaux. Il est assez paradoxal de remarquer que Ibn Hazm donnait cette forte impulsion de repli à l’islam, alors même que – à l’inverse – se développaient en Europe chrétienne les premières grandes universités occidentales dédiées au débat intellectuel. Elles constituaient un lieu d’érudition et d’ouverture où l’on pouvait discuter et mener des disputationes contradictoires, où l’on s’exerçait à confronter des arguments et avancer des hypothèses de compréhension des connaissances. Mais de par sa posture, ce Ibn Hazm, cité par le pape, est devenu en même temps l’un des théoriciens du djihad, en tant que guerre d’expansion de l’islam, et cela, dans la fidélité aux opérations guerrières des origines, c’est à dire la conquête obligatoire des territoires infidèles s’accompagnant du traitement impitoyable des non musulmans, les dhimmi, comme le préconise le coran. Autre aspect particulier d’Ibn Hazm, son antisémitisme virulent. Le légiste musulman était engagé à fond dans la polémique antijuive et antichrétienne. Il martelait dans son traité Al Fisal l’intolérance absolue envers la catégorie coraniquement dénommée les « gens du Livre », Ahl al Kittab, avec de multiples imprécations contre la Torah désignée comme fiction mensongère. Il maudissait même tout musulman qui vivrait en bonne intelligence avec des juifs ou avec des chrétiens, vigoureusement dénoncés par le coran comme falsificateurs de la révélation divine. (voir le verset 7 de la fatiha, première sourate). Ce n’est donc pas par hasard que Benoît XVI prenait le soin de relever dans le détail la position d’Ibn Hazm dans son analyse, vu tout ce qui en découle sur le terrain géopolitique et interreligieux. Pour le pape, le Dieu de la Bible, contrairement au dieu du coran, est un Dieu de l’alliance, un Dieu ami des hommes. Si dans son discours, Benoît XVI faisait remarquer que la théologie judéo-chrétienne bénéficie de l’outil grec de la pensée, c’est pour souligner expressément que la raison entre en ligne de compte dans l’expression de la foi, telle qu’issue de la bible hébraïque. Pour Benoît XVI, il convient de ne pas dés-helléniser la réflexion chrétienne, comme il convient de ne pas déjudaïser la foi en amputant sa spiritualité de l’Ancien Testament. On voit bien quels sont les enjeux pour lesquels Benoît XVI a dénoncé toute foi qui exclurait la raison, sans oublier cependant de montrer les limites d’une raison qui exclurait la foi. La réflexion de Benoît XVI s’est poursuivie sur le même terrain dans le discours des Bernardins à Paris, en 2008, suite logique du discours de Ratisbonne de 2006. Voici ce que déclarait Benoît XVI exactement un an avant sa visite en France : "Fait
aussi partie de l’héritage européen une tradition de pensée pour
laquelle un lien substantiel entre foi, vérité et raison est
essentiel.Il s’agit de se demander si la raison est oui ou non au
principe de toutes choses et à leur fondement. Il s’agit de se demander
si le hasard et la nécessité sont à l’origine de la réalité, si donc la
raison est un produit secondaire fortuit de l’irrationnel, et si dans
l’océan de l’irrationalité en fin de compte elle n’a aucun sens ou si
au contraire ce qui constitue la conviction de fond de la foi
chrétienne demeure vrai."
Et le pape ajoute : Permettez-moi de citer Jürgen Habermas :«
Par l’autoconscience normative du temps moderne, le christianisme n’a
pas été seulement un catalyseur. L’universalisme égalitaire, dont sont
nées les idées de liberté et de solidarité, est un héritage immédiat de
la justice juive et de l’éthique chrétienne de l’amour.Inchangé dans sa
substance, cet héritage a toujours été de nouveau approprié de
façon critique et de nouveau interprété. Jusqu’à aujourd’hui il
n’existe pas d’alternative à cela ».
Pour Benoît XVI, les origines de la théologie occidentale et les racines de la culture européenne sont exactement les mêmes : judéo-chrétiennes. Le fil rouge de cette réflexion est biblique, aussi le pape allemand insiste-t-il au passage sur la filiation chrétienne vis-à-vis de la tradition juive. Les moines ont hérité des rabbins et des connaisseurs de la Bible la valeur du travail manuel. Sans cette culture du travail combinée avec la culture de l’esprit et du cœur, l’Europe n’existerait pas, et elle se détruirait si elle s’écartait de cet humanisme-là. Et surtout, sans jamais prononcer une seule fois le mot islam, pour éviter de nouvelles polémiques et des débordements, Benoît XVI a renforcé – dans la marge de son texte – la mise en garde de Ratisbonne : Dans la sunna, il existe un hadith qui avertit : « pas de monachisme en islam ! ». Or, aux Bernardins, le pape a mis fortement en valeur l’immense apport historique des moines à la civilisation occidentale au cours des siècles. Tout en menant une vie de renoncement, et de pauvreté personnelle, ils ont défriché les esprits autant que les espaces. Mahomet avait proscrit la musique et la poésie qu’il détestait, comme faisant obstacle à la parole d’Allah. Or, le pape a mis clairement en valeur la créativité artistique du chant, de la musique, en lien avec la Parole de Dieu. Il a aussi montré toute la richesse de la démarche scientifique qui y puise son élan créateur de connaissance. Par la même occasion, Benoît XVI a rappelé que le christianisme – comme le judaïsme dont il est issu – n’est pas une religion du Livre, mais une religion de la Parole vivante. Parole humaine inspirée par Dieu et que l’on peut donc analyser, discuter, interpréter, sans commettre de sacrilège. Ce qui exclut le fondamentalisme littéraliste et ses dérives dangereuses ; belle illustration de la phrase de Paul : « la lettre peut tuer, seul l’Esprit vivifie ! » Enfin, on peut dire que Benoît XVI s’est prononcé sur les échanges interreligieux, la condition indispensable est qu’il n’y ait ni relativisme ni confusion des genres ! Sa présentation récusait les clichés politiquement correct parlant du judaïsme, du christianisme et de l’islam indistinctement, comme des religions abrahamiques, des religions du livre, créant ainsi un amalgame indifférencié entre les 3 religions monothéistes… L’idéologie égalitariste et laïque du « toutes les religions se valent » ne tient pas, face à une réflexion de cette profondeur, où la prise en compte clairvoyante du passé nous permet de mieux nous situer pour assumer l’avenir. C’est le défi qu’a magistralement, magnifiquement relevé le pape à Ratisbonne puis à Paris, en guise d’avertissement à notre époque. Benoît
XVI a été ainsi une des rares personnalités internationales capables de
désigner précisément d’où proviennent les menaces réelles, tout en
montrant à toutes obédiences les voies d’avenir à nos sociétés en crise
de valeurs.
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