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21.04.2024 - N° 1.607 Le faux évangile de Barnabé, promu par certains musulmans, refusé par d’autres Par ABBÉ ALAIN RENÉ ARBEZ ![]() Educateur spécialisé, curé de paroisses à Genève-centre, relations avec le judaïsme Genève depuis 20 ans, membre de la commission judéo-catholique des Evêques suisses (Lucerne). ![]() La
presse internationale n’a pas hésité à présenter comme un document
authentique « l’évangile de Barnabé » que les autorités turques avaient
annoncé dans le quotidien « Bugün » en 2012 comme la découverte du
siècle. Un véritable scoop, puisque soi-disant écrit il y a 2000 ans par un disciple de Jésus, ce qui offrirait une approche tout à fait contraire aux textes bibliques reconnus par l’Eglise. Pour le Primat de l’Eglise copte orthodoxe Tawadros, il s’agit d’une entreprise d’intoxication menée par des musulmans contre la foi chrétienne, car cet « évangile de Barnabé » est un faux grossier qu’il est facile de démystifier. Même si l’utilisation de ce texte polémique antichrétien est courante dans certains milieux islamiques, on doit mentionner que le Dr Abbas Mahmoud al Aqqad, professeur à l’Université d’Al Azhar déconseille aux musulmans d’apporter quelque crédit à ce texte qui, selon lui, est aussi nocif pour l’islam que pour les chrétiens. Il précise même : « Personne ne peut croire à la fois à l’évangile de Barnabé et au coran ! Celui qui adhère à cet évangile ne peut être ni un véritable musulman, ni un véritable chrétien ». Qu’est-ce que ce prétendu évangile raconte, et de qui est-il le manifeste ? C’est un ouvrage anonyme qui décrit, dans un style islamo-compatible, la vie de Jésus de Nazareth. Les deux versions les plus anciennes, rédigées en italien et en espagnol, datent de la fin du 16ème s. L’objectif essentiel de ce texte apocryphe est de dire que Jésus a annoncé explicitement la venue de Mahomet ! Des organisations islamiques s’en sont emparées pour argumenter leur prosélytisme, par exemple en reprenant d’anciennes hérésies connues affirmant que Jésus n’est pas mort sur la croix et qu’il n’était pas Fils de Dieu. En 1734, George Sale déclare dans son « Preliminary discourse of the Koran » : «
Les musulmans disposent d’un évangile écrit en arabe, attribué à St
Barnabé où l’histoire de Jésus Christ est racontée de manière très
différente des évangiles canoniques. Les mahométans l’ont altéré pour
servir au mieux leurs objectifs. Au lieu de Paraclet (consolateur) ,
ils ont inséré dans cet évangile apocryphe le mot Periclyte qui
signifie l’illustre, par lequel ils prétendent que leur prophète était
nommément annoncé ».
L’auteur britannique se réfère aux deux versions italienne et espagnole. Le manuscrit italien a été offert au prince Eugène de Savoie en 1709 par un conseiller du roi de Prusse. La reliure est turque et le papier italien. Il est à noter que cette version italienne de l’évangile de Barnabé a influencé les premiers intellectuels germaniques se lançant dans la critique biblique, tels Reimarus, Lessing, et Eichhorn. Dans la préface de la version italienne publiée par George Sale, on peut lire qu’un moine italien Fra Marino avait trouvé l’évangile de Barnabé dans la bibliothèque du pape Sixte V. S’emparant du livre, le religieux l’aurait lu avec passion pour finalement se convertir à l’islam… Quant au manuscrit espagnol, l’original complet a été perdu entre le 18ème et le 19ème s. Existant sous une forme réduite par rapport à la version italienne, la version espagnole recèle une introduction émanant d’un musulman aragonais – Mustafa de Aranda – résidant en Turquie et affirmant l’avoir traduite de l’italien. Dans les deux cas de figure, le pseudo évangile de Barnabé est une profession de foi musulmane. Il insiste pour affirmer que Jésus n’est qu’un prophète et surtout pas Fils de Dieu. Au chapitre 39, il mentionne la shadada ! Jésus n’a pas été crucifié, quelqu’un d’autre a été cloué sur la croix à sa place, et il est donc monté directement au paradis. Le genre de rédaction du texte fait penser à des documents mauresques produits aux 16ème et 17ème s. Mais la phraséologie imite des expressions de l’auteur italien Dante. On doit toutefois relever les principales erreurs qui apparaissent dans l’évangile de Barnabé et qui discréditent totalement sa véracité. Tout d’abord, les musulmans prétendent que le livre a été écrit par Barnabé « un des douze apôtres de Jésus ». Or Barnabé n’a jamais fait partie des apôtres dont les noms figurent chez Matthieu et Luc. Barnabé est mentionné après la mort et la résurrection du Christ dans Actes 4,36. Plus étonnant, le livre apocryphe commence par présenter Jésus de Nazareth : « Dieu nous a visités ces jours passés par son prophète Jésus Christ… » Mais plus loin, on peut lire : « Jésus confessa la vérité et déclara : je ne suis pas le Messie ! » Or Jésus ne peut pas être dénommé Christ et signaler aussitôt qu’il n’est pas le Messie, les deux termes étant équivalents, ce que l’auteur paraît ignorer. L’apocryphe nous dit que « Hérode et Pilate régnaient sur la Judée ». Pilate ne détenait pas le pouvoir lorsque Jésus est né à Bethléhem, seul Hérode régnait. Hérode et Pilate n’ont pas dirigé le pays des juifs en même temps. Dans les ch. 20 et 21, le texte dit que « Jésus s’est rendu en bateau à Nazareth pour être accueilli par les marins du village ». Grave erreur géographique, car, Nazareth, situé à 14 km du lac de Galilée, n’a jamais pu être un village de pêcheurs. Un autre passage du texte explique que « les soldats furent poussés hors du temple comme on pousse les tonneaux quand on les lave pour y mettre le vin »… Problème : en Judée on conserve le vin dans des amphores, le tonneau est inconnu… On comprend mieux pourquoi M. Khalil Saada qui a traduit en arabe l’évangile de Barnabé en 1907 tient à préciser dans son introduction : « tous les historiens sont d’accord pour dire que l’évangile de Barnabé a été rédigé au Moyen Age, plusieurs siècles après Jésus et Mahomet ». En effet, les affirmations du texte apocryphe sont des extravagances, car le coran, comme la bible, enseigne que Jésus est le Messie : « Allah t’annonce la bonne nouvelle de son Verbe, son nom est le Messie Jésus fils de Marie » (coran 3,40). Mais au premier siècle, « l’épître de Barnabé » (qui ne figure pas dans le Nouveau Testament) présente Jésus, dans le sillage apostolique, comme le Seigneur crucifié et ressuscité. Les propagandistes islamiques utilisent souvent « l’évangile de Barnabé » pour répéter que Jésus n’a jamais été crucifié et qu’il n’est pas Fils de Dieu. C’est leur argumentaire basique pour dénoncer le christianisme et affirmer que les textes bibliques ont été corrompus par les juifs et les chrétiens. Mais on remarquera qu’aucun auteur musulman ne fait référence à cet « évangile de Barnabé » avant le 16ème s. Pourtant les controverses et les oppositions entre musulmans et chrétiens étaient extrêmement vives du 7ème au 15ème s. Il est donc impensable que les polémistes n’aient pas utilisé cette rhétorique si elle existait. L’évangile de Barnabé est une fabrication de faussaire : à l’évidence, le style, les erreurs multiples, ne correspondent pas aux écrits du début du christianisme. Il n’échappe à personne que sa logique narrative correspond
comme par hasard à l’essentiel de la doxa islamique.
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