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24.03.2024 - N° 1.579 L'IA changera votre travail, elle ne le volera pas
Par Thierry Rayna et Erwann Le Pennec Thierry Rayna est professeur en management de l'innovation de l'Ecole polytechnique (IP Paris). Erwann Le Pennecest professeur en mathématiques de l'Ecole polytechnique (IP Paris). Ils contribuent à la revue en ligne Polytechnique Insights . ![]() Le problème n'est pas tant que des gens vont perdre leur travail,
mais plutôt que des entreprises vont perdre leur travail ! Le mythe de l'intelligence artificielle qui remplacera les travailleurs vient plus d'une crainte des technologies que d'une réalité observée. Comme à l'accoutumée avec le progrès technique, ce que l'IA peut supprimer , c'est la partie répétitive de nos emplois. Les IA sont assez fortes pour générer du contenu, mais relativement faibles pour sélectionner, trier et identifier. La question est donc parmi les professions dites « intellectuelles » : qui effectue encore des tâches principalement répétitives ? L'IA ouverte pourrait effectivement faire perdre une partie du « gagne-pain » de certaines professions créatives (illustrateurs, traducteurs). Néanmoins, il est plus probable que cette IA facilitant la création d'informations, de contenus, de services et de produits, requière encore plus de personnes pour évaluer, trier et gérer la masse de production qui va en résulter. Tout comme le Web 2.0 (l'ère des médias sociaux) a conduit en son temps à une explosion de la production de contenus qui a rendu l'expertise humaine encore plus nécessaire. Cette augmentation de la quantité de travail ne signifie pas pour autant plus d'emplois. Comme lors des précédentes vagues de numérisation, il se peut que des jobs soient détruits - comme ce fut le cas dans les secteurs de l'information et des médias, de la musique ou encore des services, mais d'autres vont être créés. Qui entraînera l'IA ? Le travail supplémentaire rendu nécessaire par l'arrivée de nouvelles technologies est effectué par des travailleurs indépendants qui, s'appuyant sur des plateformes, sont désormais en mesure de fournir par eux-mêmes des activités qui étaient traditionnellement fournies par les entreprises. C'est probablement un des points les plus importants à garder en tête. Contrairement à ce que l'on entend généralement, le problème n'est pas tant que des « gens » vont perdre leur travail, mais plutôt que des entreprises vont perdre « leur travail » ! Et cela a été le cas lors de chaque vague précédente de numérisation. Tout d'abord, étape 1, les entreprises adoptent les technologies numériques (musique numérique, plateformes de services) pour améliorer progressivement leur offre. En conséquence, des gens perdent leur emploi. Puis, étape 2, ces technologies se diffusent graduellement au sein de la population, et c'est cette ouverture de l'utilisation des technologies qui conduit à la découverte d'utilisations vraiment radicales (médias sociaux, encyclopédie collective, économie du partage). Cela déclenche les fameuses « ruptures » conduisant de nombreuses entreprises à mettre la clé sous la porte. Ironiquement, les employés qui ont été licenciés à l'étape 1 sont souvent parmi ceux qui mènent la révolution à l'étape 2. Quand les entreprises utilisent la technologie, ça n'est qu'une évolution ; les fameuses « révolutions technologiques » ne se font que lorsque la population s'approprie ces technologies, et il y a toutes les chances pour qu'il en soit ainsi pour l'IA. Cela ne veut pas dire pour autant que la nature de notre travail ne changera pas, bien au contraire. La généralisation de l'IA ouverte soulève de nombreuses questions : le fait que nous passions le plus clair de notre temps à des tâches cognitivement intensives (ayant laissé les tâches répétitives à l'IA) n'entraînera-t-il pas encore plus de « burn-out » ? Si l'IA ouverte remplace l'apprenti en libérant du temps pour que le maître/expert se concentre sur les tâches à forte valeur ajoutée, comment formerons-nous les prochaines générations de maîtres ou d'experts ? Et qui entraînera l'IA pour l'améliorer si aucune nouvelle donnée ou expertise ne sont créées ? Ce qui est (presque) certain, en revanche, c'est que cette deuxième vague d'IA sera potentiellement plus perturbatrice pour les entreprises, qu'elle le sera pour les humains. L'explosion d'informations, de contenus et d'activités qu'entraînera cette utilisation large et ouverte de l'IA rendra l'expertise humaine plus que jamais nécessaire. Cela a d'ailleurs été la règle avec les « révolutions numériques » :
plus on numérise, plus l'expertise humaine devient nécessaire. Et les entreprises ? C'est une autre question.
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