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18.03.2024 - N° 1.573

Les personnes souffrant de dépression
s’identifient plus aux partis de gauche

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Par Jean Patrick Grumberg

Jean Patrick Grumberg est journaliste.
Dans les années 70, il a travaillé sous la direction de Georges Wolinski
à Charlie mensuel, puis a été chef d’entreprise, lobbyiste.
Il a vécu à Paris, à Los Angeles et à Tel Aviv, et vit entre la Californie et Israël.



Un article sur la dépression et les prédispositions politiques publié dans la revue scientifique Sage, révèle une relation peu politiquement correcte
entre la dépression et l’affiliation politique.

La dépression est l’un des problèmes de santé mentale les plus courants dans la vie des grandes villes et des sociétés modernes – et Luca Bernardi, l’auteur de l’étude, y voit des prédispositions politiques pour les idées de la gauche.

“Les symptômes de la dépression, explique Bernardi « comprennent la fatigue et la perte d’énergie, une diminution de la capacité à penser ou à se concentrer, un sentiment d’inutilité ou de culpabilité excessive ou inappropriée, une diminution de l’intérêt ou du plaisir pour les activités de la vie, et des sentiments de tristesse, de vide et de désespoir. La dépression a des répercussions sur l’implication cognitive, émotionnelle et physique dans la politique. »

Intuitivement, j’ai souvent constaté que les personnes qui ont des idées de gauche ont une tendance à se concentrer sur les drames et les injustices, sur le verre à moitié vide qu’à moitié plein. Ils voient plutôt ce qui est moche, déficient et injuste, et ne parviennent pas à accorder une grande importance au beau, à ce qui contribue au bonheur des gens, sur les privilèges immenses que nous apportent la technologie, la modernité, l’avancement de la médecine et la haute-technologie, ainsi que les cadeaux immenses que le libéralisme, le pétrole, la paix nous offrent quotidiennement.

Une étude le dit mieux que je n’aurais jamais pu le conceptualiser : « les personnes vulnérables à la dépression souffrent davantage des manques [tout ce qui est négatif], qu’ils n’apprécient les avancées [ce qui est positif] » (Leahy, 2012).

S’appuyant sur des recherches interdisciplinaires en psychologie, en psychiatrie et en sciences politiques, Bernardi (1) utilise les données de Understanding Society (2) et de l’Enquête sociale européenne (European Social Survey – ESS) (3), qui porte sur l’Autriche, la Belgique, la Grande-Bretagne, le Danemark, la Finlande, la France, l’Allemagne, l’Irlande, les Pays-Bas, la Norvège, le Portugal, l’Espagne et la Suède.

L’auteur a testé la relation qui existe entre l’identification à un parti, les intentions de vote, l’orientation gauche-droite, et deux mesures différentes de la dépression clinique auto-évaluée et des symptômes dépressifs.

Dépression et orientations politiques : Gauche, droite ou sans effet ?

Les recherches sur le rapport entre la santé et l’orientation idéologique et le choix du parti, explique l’auteur, sont limitées et portent rarement sur la santé mentale.

Luca Bernardi cite les exemples suivants :
  • Deux études menées aux États-Unis montrent que les personnes affiliées au parti républicain présentent des taux plus faibles de mauvaise santé.
  • Une étude sur les habitudes de vote et la mortalité en Angleterre et au Pays de Galles suggère que les personnes en meilleure santé et vivant dans de meilleures conditions seraient moins susceptibles de profiter des prestations sociales, et donc plus susceptibles de voter pour le parti qui est le plus susceptible de démanteler l’État-providence.
  • Une étude de 2018 constate que la propension à voter pour le Parti travailliste britannique augmente lorsque la santé se détériore.
  • Aux États-Unis, une étude sur les Néo-Mexicains (Gastil 2000) constate un net penchant à gauche (à la fois en termes de parti et d’identification personnelle) des personnes handicapées, en raison de valeurs de gauche comme l’égalité, la compassion et la tolérance.
  • Enfin, une étude établissant un lien entre la maladie mentale et le soutien à un parti, mesuré en tant que choix de vote autodéclaré, provient d’un échantillon de 110 personnes souffrant de maladie mentale chronique en Allemagne et constate que la majorité de ces personnes ont déclaré avoir voté pour un parti de gauche lors des élections fédérales de 2002 (Bullenkamp et Voges 2004).
Le constat « modeste, mais significatif » :
  • Les personnes vulnérables à la dépression sont moins susceptibles de s’identifier aux partis conservateurs, de voter à droite, de se placer du côté droit de l’échiquier politique, et ils ont un « biais contre la droite ».
  • Rien ne prouve clairement qu’ils s’identifient moins aux partis politiques.
  • Les dépressifs aiment l’angle redistributif et social de la gauche et s’identifient ou soutiennent les partis de gauche parce qu’ils ont besoin du système de santé publique, et préfèrent donc un parti qui dépense davantage pour ce système.
  • Étant donné leur vulnérabilité cognitive et leur sentiment de désespoir et d’impuissance, les personnes dépressives ont besoin de soutien et le voient dans une gauche bienveillante, empathique et presque maternelle « l’Etat maman ».
  • L’aversion au risque est un critère dominant sous lequel les dépressifs prennent des décisions. Par exemple, les études boursières montrent que les dépressifs adoptent une stratégie très averse au risque pour minimiser leurs pertes, en essayant activement de résister au changement.
  • La résistance au changement pourrait expliquer le niveau de haine à l’égard de Donald Trump, qui s’est montré très agressivement décidé à détruire le statu quo. Étant donné leur forte aversion au risque et leur peur du bouleversement, les dépressifs préféraient le statu quo au changement promis par Donald Trump. Avec Trump, les dépressifs se sentent à la merci des événements politiques.
  • Les résultats contribuent à mettre en avant les mécanismes du raisonnement fondés sur les liens affectifs/émotionnels ou expressifs/rationnels, et, espère l’auteur, « que les recherches futures pourront tester ».

Conclusion

Je vous ai venu venir de loin : vous allez vous empresser de conclure que les gauchistes sont des dépressifs. Je vous arrête tout de suite : si les dépressifs sont plutôt de gauche comme le montre cette étude, cela ne veut pas dire que les gens de gauche sont dépressifs.

Il y a hélas aussi, à gauche, une majorité de gens en parfaite santé mentale,
qui eux n’ont pas l’excuse de la dépression.

1. https://livrepository.liverpool.ac.uk/3087517/1/PP-2019-229%20Accepted%20Manuscript.pdf
2. https://beta.ukdataservice.ac.uk/datacatalogue/doi/?id=6614#!#8
3. https://www.europeansocialsurvey.org



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