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03.02.2024 - N° 1.529

La lente destruction de l’agriculture française
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Par Guy Millière
           
Guy Millière, (spécialisation : économie, géopolitique).
Titulaire de trois doctorats, il est professeur à l’Université Paris VIII Histoire des cultures, Philosophie du droit, Economie de la communication
et Maître de conférences à Sciences Po, ainsi que professeur invité aux Etats-Unis.
Il collabore à de nombreux think tanks aux Etats-Unis et en France.



Le nombre des agriculteurs en France, décennie après décennie,
ne cesse de reculer.

Les gains de productivité, la création d’exploitations plus grandes et la disparition des petites exploitations sont une explication. Mais c’est un fait, la plupart des denrées agricoles produites en France peuvent être importées et produites ailleurs, pour un moindre coût. Certaines denrées font partie du patrimoine culturel et culinaire français et se perdraient si l’agriculture française disparaissait, c’est un autre fait qui peut expliquer la préservation d’exploitations agricoles. En supplément, l’activité des agriculteurs préserve les paysages et les terres fertiles. Sans agriculture, nombre de paysages français deviendraient très différents.

Le recul du nombre d’agriculteurs est, en tous cas, une réalité : au cours des dix dernières années, ce nombre a reculé de plus de vingt pour cent, ce qui est beaucoup. Cent mille exploitations agricoles ont disparu au cours de la même période. La proportion d’agriculteurs pauvres ou très pauvres n’a cessé de s’élever. Le nombre d’agriculteurs qui se suicident chaque année tant leur existence est misérable n’a lui-même cessé de s’élever.



S’est ajouté à tout cela le projet de suppression de la détaxation du gazole utilisé par les agriculteurs pour leurs machines, ce qui, au vu de la lourdeur des taxes sur les carburants en France, et au vu de la forte augmentation du prix de l’électricité, constitue un lourd accroissement de charges. Se sont ajoutées surtout les décisions ineptes prises au niveau de l’Union Européenne, au nom des dogmes écologistes : ordre d’accroitre chaque année, au nom de la “décarbonation”, de 4 pour cent les surfaces agricoles laissées en jachère, obligation faite aux agriculteurs de diminuer la production de ce qu’ils produisent et de transformer des terres agricoles en prairies au nom, disent les commissaires européens, de la “biodiversité” et de la lutte contre le “dérèglement climatique”, obligation faite aux agriculteurs de diminuer de cinquante pour cent d’ici 2030 le recours aux antibiotiques pour soigner les animaux d’élevage, et de cinquante pour cent aussi d’ici 2003 le recours à toute forme de pesticide.

En raison de réglementations européennes et d’autres réglementations strictement françaises, les agriculteurs subissent en supplément des contrôles incessants, des interdictions de se livrer à certaines activités anodines telles que le débouchage d’un fossé, la stigmatisation qui s’abat sur eux lorsqu’ils utilisent des engrais qui ne sont pas considérés “biologiquement corrects”, l’interdiction pour eux du recours à des molécules permettant de lutter contre des insectes parasites, bien qu’une molécule de substitution n’existe pas (la production de cerises et de betteraves à sucre en France est, pour ce motif, en train de s’effondrer, et des agriculteurs spécialisés dans ces secteurs de production subissent des conséquences catastrophiques).

La colère des agriculteurs français encore en activité en France, je le dis, est pleinement légitime. Elle est teintée, à juste titre, d’un profond désespoir.

Si le gouvernement présent et les gouvernements qui l’ont précédé voulaient tuer l’agriculture française et asphyxier les agriculteurs français, ils ne s’y prendraient pas autrement, et les réponses apportées pour l’heure par le gouvernement présent sont très insuffisantes.

Les dogmes écologistes jouent un rôle essentiel dans tout cela, oui. Les agriculteurs néerlandais se sont soulevés il y a quelques mois pour des motifs proches, les agriculteurs allemands aussi. L’écologisme est destructeur et a des effets ravageurs, et le secteur agricole n’est pas le seul touché. L’écologisme est un substitut au communisme et utilise pour prétexte une adoration idolâtre d’une nature censée être pure, et dont les êtres humains sont exclus parce qu’ils sont considérés comme coupables, pollueurs, destructeurs.

L’écologisme est fondamentalement un anti-humanisme. Il est imprégné d’une volonté de destruction de la civilisation et d’extinction de l’humanité. Il est très insuffisamment dénoncé. Il doit l’être bien davantage.

Je ne sais, au moment où j’écris, comment le mouvement des agriculteurs va continuer et ce que le gouvernement présent va faire (pas grand-chose, sans doute: rompre avec les règles écologistes européennes et avec les réglementations écologistes françaises serait impensable pour le gouvernement présent).



Le mouvement des agriculteurs, en tout cas, est légitime, très légitime, oui. 

S’il pouvait conduire à ce que les engrenages délétères de l’écologisme s’arrêtent, ce serait très bien. Je sais, hélas, que les engrenages ne s’arrêteront pas.

Je sais qu’ils vont continuer à tourner et à mener l’Europe
vers un déclin accéléré et vers le gouffre.



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