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16.11.2023 - N° 1.451 Manifestation contre l’antisémitisme : qui, sur l’échiquier politique, pour défendre les juifs en France ?
Par Raphael Pariente Juriste de formation passé par des grands groupes et cabinets, passionné d’affaires publiques, Raphael Pariente est également chroniqueur politique et actualités au sein de différents podcasts. ![]() L’antisémitisme
est un phénomène complexe qui ne se limite pas à l’extrême droite, et
qui touche, à des degrés différents, l’ensemble du spectre politique
français. Il ne sera nullement question de boussole morale ici. La crédibilité de ce terme est morte avec celle de Gérard Miller qui l’a employée le 11 septembre dernier. Et pour cause, le parti auprès duquel il officie en tant que « compagnon de route » a visiblement perdu sa propre boussole, refusant de manifester contre l’antisémitisme ce dimanche 12 novembre, pour des prétextes aussi malhonnêtes que contredits par de précédentes déclarations. Pour autant, celui-ci a proposé un débat particulièrement intéressant sur la place que confère actuellement le champ politique français à ses citoyens de confession juive. Il est somme toute très difficile de parler de consensus concernant le peuple juif, car selon l’adage, pour deux de ses membres, il y a trois opinions. Mais il est des constats qui s’imposent d’eux-mêmes. L’extrême droite est historiquement en France l’idéologie politique la plus mortifère envers les Juifs Rien que depuis les anti-dreyfusards, près de deux siècles de haine anti-juive nous contemplent. Drumont, Maurras, les Croix-de-Feu, l’Action française, la fédération nationale des Camelots du roi, Pétain, le Front national de Jean-Marie Le Pen et Gollnisch, et plus récemment le GUD qui, dans les années 1970, chantait « Deauville, Sentier, territoires occupés », et encore aujourd’hui appelle à poursuivre « l’intifada de Paris à Gaza », la liste des figures d’extrême droite qui ont alimenté l’antisémitisme français est pléthorique, et malheureusement ici, non exhaustive. La nature anti-juive de ces mouvements, qui ont sclérosé l’Histoire de notre pays décennie après décennie, n’est plus à débattre, et si le besoin s’en fait sentir pour nombre de nos concitoyens, ce serait une perte de temps colossale tant le sujet a déjà fait le tour de toutes les universités, de toutes les rédactions et de tous les bistrots de France. Un constat aussi implacable que dérangeant pour bon nombre d’entre nous est le suivant : c’est aujourd’hui le plus gros parti d’extrême droite qui fait figure d’opposition principale au pouvoir en place, et c’est également ce courant idéologique qui est le plus en proue de la lutte contre l’antisémitisme. Ce constat aurait pu paraître terrifiant au début de ce millénaire, mais dans la France d’aujourd’hui, celle dont la plupart des partis politiques ont concrètement abandonné la lutte pour la défense d’un si petit vivier électoral, c’est une réalité qu’il est de notre devoir d’entendre et d’assimiler. Il est terrible et ubuesque d’affirmer qu’un parti fondé par un ancien SS (Pierre Bousquet), issu de la division Charlemagne, soit le fer de lance de la lutte pour la protection des Français de confession juive, mais qui oserait affirmer le contraire ? L’actualité plus ou moins récente nous aide en effet à poser ce constat glacial. Meyer Habib, grand ami de Benyamin Netanyahou et accessoirement député des français de l’Étranger, notamment d’Israël, déclarait récemment que le Rassemblement national était rentré « dans l’arc républicain ». L’extrême droite est-elle une figure de proue du combat contre l’antisémitisme, ou un cheval de Troie ? Le président Macron en personne s’est fendu de sa petite déclaration, appelant les Français à prendre garde à l’extrême droite, qui confondrait « le rejet des musulmans et le soutien des Juifs ». De la même manière, il est souvent dit qu’après les musulmans, « ça sera le tour des Juifs ». Comme s’il ne pouvait exister de soutien aux Juifs innocents, comme si derrière chaque parole de réconfort adressée aux Juifs, il y avait un programme obscur, caché, qui expliquerait ce choix fou et insensé de soutenir ce peuple, qui visiblement ne mériterait pas d’être soutenu pour lui-même. Cette rhétorique fallacieuse n’est pas étrangère à ceux qui suivent l’actualité au Proche-Orient. Combien de fois le soutien d’Israël envers la communauté LGBT a été criminalisé par de nombreux médias, notamment l’antenne du pouvoir Qatari que constitue Al-Jazeera, le qualifiant de pinkwashing, mécanisme permettant de faire oublier les persécutions qu’Israël ferait vivre à la population palestinienne… Houria Bouteldja, écrivait qu’on « ne peut être Israélien innocemment ». Il semble se mettre en place, par le biais des idiots utiles qui la reprennent bien malgré eux, un corollaire suivant lequel on ne peut pas défendre les Juifs innocemment. Ces tentatives de criminaliser le soutien aux Juifs, sans preuves concrètes qui plus est, par procès d’intention, sonnent creux : les Juifs sont tellement préoccupés par ceux qui se déclarent ouvertement leurs ennemis qu’ils n’auront pour l’instant pas le loisir, ni l’âme à sonder les cœurs et à deviner lesquels de leurs amis déclarés sont sincères ou ne le sont pas. Il y a donc à ce sujet, comme l’écrivait récemment Arno Klarsfeld qu’on ne peut décemment pas accuser de compromission avec l’antisémitisme, une « évolution positive de l’Histoire », et tout ami des Juifs ne peut que s’en réjouir. Ceux qui ne le font pas ont manifestement d’autres objectifs en tête, et un agenda politique bien singulier. Évidemment, le tableau brossé ici ne peut pas être révélateur de toute l’ambivalence de l’extrême droite, et je rassure ceux qui ne tenaient pas à être rassurés : l’extrême droite reste antisémite. Du moins, elle n’a pas réussi à se purger intégralement des éléments qui le sont. Le GUD et ses appels à l’intifada font encore et toujours partie de l’écosystème ultra-droitiste. Marine Le Pen elle-même entretient d’ailleurs toujours des liens étroits avec certains de ses membres historiques, notamment Frédéric Chatillon et Axel Loustau. Ces individus, ces groupuscules, ont pris officiellement leurs distances avec le parti, et sont marginalisés. Officieusement, ils ne représentent plus rien dans l’organigramme, et sont morts politiquement. La dédiabolisation a ses limites, mais rien ne nous empêche de penser que le parti converge vers elle. L’antisémitisme ne se cantonne pas à l’extrême droite dans notre pays L’on peut assimiler ce fléau à un cancer structurel qui n’épargne aucune strate de notre société, tant il est possible d’entendre une remarque antisémite ou anti-israélienne aussi bien au collège que devant la machine au café du travail. Le Rassemblement national n’est plus le seul parti politique à compter parmi ses ouailles un certain nombre d’individus tendancieux sur la question de l’antisémitisme, même si les squelettes de son placard sont de loin les plus nombreux. Il est néanmoins devenu moins intéressant de savoir si un parti politique comporte des antisémites que de déterminer à quel point ces derniers y sont influents. Au sein de LFI, la question ne se pose même plus : Houria Bouteldja, encore elle, autrice du pamphlet violemment antisémite Les Blancs, les Juifs et nous dans lequel elle décrit les Juifs comme « tirailleurs de la politique islamophobe de l’État français » fait partie des meubles, et chuchote dans l’oreille de nombreux notables. Jean-Luc Mélenchon lui-même nous affirmait « ne pas avoir les moyens d’être antisémite ». Chez LR récemment, le maire de Valence Nicolas Daragon s’est fait épingler pour ses liens plus que troubles avec une association islamiste liée aux Frères Musulmans, dont l’antisémitisme n’est plus à prouver. Au sein de l’UDI, l’enquête édifiante de la journaliste Eve Szeftel, retranscrite dans Le maire et les barbares révèle la complicité de Jean-Christophe Lagarde avec les assassins d’Ilan Halimi. Même au sein de la majorité (relative), un député a été surpris en train de commettre un salut nazi à l’Assemblée nationale. Le président lui-même avait rendu peu après son élection un hommage particulièrement polémique envers ce « héros de la Première Guerre mondiale » que fut Philippe Pétain, feignant de croire qu’il était possible de séparer non pas l’homme de l’artiste, mais le héros de 1917, et le collabo de 1940. Enfin, même au cœur d’un parti dirigé par un Juif séfarade pratiquant et dont l’oncle est mort dans un camp de concentration, les accusations d’antisémitisme se font entendre. Éric Zemmour fut en effet accusé de minimiser la Shoah en affirmant, comme Hannah Arendt avant lui dans Eichmann à Jérusalem paru en 1963, que Pétain eut préféré envoyer à la mort les juifs étrangers que les juifs français. L’antisémitisme s’est infiltré partout, ses complices sont omniprésents et ne sont plus spécialement la chasse gardée de l’extrême droite. Pour autant, la plupart des instances représentatives communautaires affiliées au judaïsme semblent se focaliser sur le repoussoir que constitue, à juste titre, le nom de Le Pen, quitte à négliger des menaces bien plus prégnantes. En effet, quel crédit accorder à un grand-Rabbin de France qui se gausse sur le plateau de BFM quand le recteur de la Grande Mosquée de Paris affirme sans trembler qu’il n’y a jamais eu le moindre pogrom visant la communauté juive en Algérie, ne lui retorquant qu’un timide « au moins, à Oran, il n’y a rien eu » ? Quel crédit accorder à une UEJF qui se porte partie civile aux cotés d’associations islamistes comme le CCIF pour faire taire des penseurs et intellectuels juifs, et qui manifeste aux cotés du Comité Adama Traoré dont la haine de la France et l’appel aux émeutes sont la marque de fabrique ? Il est compréhensible que la haine anti-juive soit davantage mise en exergue quand elle émane de partis issus d’une idéologie historiquement aussi connotée, mais ce passé ne doit pas nous empêcher de constater le présent afin de mieux anticiper l’avenir. Mais, et c’est un autre constat qui en fera frémir plus d’un, et notamment l’auteur de ces lignes, quel autre parti que le Rassemblement national s’échine à ce point à vouloir se montrer intraitable avec ces questions, du moins en apparence ? La LFI a-t-elle entamé un quelconque processus de dédiabolisation ? Tout porte à croire qu’au contraire, elle se radicalise dangereusement, et les récentes déclarations et manœuvres de ses membres semblent le confirmer. Les Républicains et Renaissance sont-ils à même de donner des gages en matière de lutte interne contre les dérives haineuses ? Pourquoi astreindre la seule extrême droite à un devoir qui devrait tous nous concerner ? S’il est vrai que le Rassemblement national était le parti qui avait le plus de travail à faire en matière d’assainissement, cela ne justifie en rien que les autres sphères en soient exemptées, et c’est pourtant l’impression qu’elles donnent. Aussi intrinsèquement lié à notre société qu’il soit, l’antisémitisme doit être combattu partout, et principalement chez ses diffuseurs historiques. C’est pourquoi l’extrême droite est plus particulièrement ciblée. Et c’est en tout état de cause son passé trouble qui met en valeur son présent encourageant, ne pouvant être que rayonnant en comparaison, vu que le contraire eut été impossible. Le passé qui est constamment jeté au visage de l’extrême droite
doit aussi nous servir à réaliser le chemin qu’elle a parcouru, quand d’autres partis l’empruntent en sens inverse.
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