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13.11.2023 - N° 1.448 Islam et République : une cohabitation impossible ?
Par Claude Sicard Claude Sicard est ingénieur agronome, Sciences Po, et docteur en économie. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur la stratégie d’entreprise : Pratique de la stratégie d’entreprise, Le Manager Stratège et L’audit de Stratégie (Ed Dunod). Après un début de carrière dans l’industrie, a été directeur adjoint du département d’Économie de la CEGOS. Puis, ayant créé son cabinet de Conseil, la société OCS, Consultants, il s’est spécialisé dans les techniques d’analyse stratégique d’entreprises. ![]() Pour
Claude Sicard, la France, berceau des Lumières et de la laïcité, fait
face à un dilemme culturel et religieux qui teste les limites de son
modèle républicain. Les événements qui se produisent actuellement en Israël ont une forte répercussion sur notre société. Les Français redoutent que de tels actes puissent se produire dans notre pays. Il y a eu les attentats contre Charlie Hebdo, ceux du Bataclan, de l’Hypercacher de la porte de Vincennes, l’assassinat du père Hamel, la décapitation de Samuel Paty, et, récemment, à Arras, un professeur tué d’un coup de couteau, sans compter les troubles apportés chaque jour au fonctionnement de notre environnement (repas halal, jeûne du ramadan, incidents multiples lors de consultations médicales, port de l’abaya à l’école, etc.). Aujourd’hui, on voit bien que notre pays a maille à partir avec l’islam. Une société française fracturée Depuis la fin de la période coloniale, de très nombreux migrants, musulmans en très grande majorité, en provenance de nos anciennes colonies, viennent s’installer en France. Relevant de la civilisation islamique, une civilisation avec laquelle nous sommes en conflit depuis des siècles, ils ne s’assimilent pas. Au mieux, ils s’intègrent, mais beaucoup ne font que s’inclure, conservent leur identité et les mœurs de leur pays d’origine. Ainsi la société française se transforme. Dans L’archipel français Jérôme Fourquet écrit : "En
quelques décennies tout a changé : depuis 50 ans les principaux ciments
qui assuraient la cohésion de la société française se sont désintégrés."
Il explique que le soubassement philosophique constitué par le christianisme s’est effondré, et que le pays est, désormais, « un archipel constitué de groupes ayant leur propre mode de vie, leurs propres mœurs, et leur propre vision du monde ». La société française est donc devenue hétérogène. Dans une interview donnée à l’hebdomadaire L’Express, le 18 octobre 2020, l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, lauréat du grand prix de l’Académie française, révèle à propos de l’islam : "La France ne comprend toujours pas ce à quoi elle est confrontée."
Il faut bien comprendre que l’islam est une idéologie conquérante, avec ses propres lois inscrites dans le Coran. Dans le livre saint de l’islam, Dieu les incite les musulmans à combattre afin que l’humanité tout entière soit soumise à ses lois qu’il a dictées au Prophète Mahomet, au VIIe siècle, à Médine. La réalité de l’islam politique dans les pays musulmans Les pays musulmans fonctionnent donc selon ces règles, en les appliquant plus ou moins sévèrement, selon les cas. Ainsi, en Afghanistan, à Kaboul, le ministère de la Promotion de la Vertu et de la Prévention du Vice vient d’interdire aux femmes l’accès aux gymnases, et aux parcs et jardins de la ville. Entrés le 15 août 2021 dans la capitale, suite au départ précipité des Américains, les talibans ont complètement pris le contrôle du pays. Isabelle Labeyrie, de France Info, encore sur place à cette époque, révélait : « Depuis lundi ils annoncent la stricte application de la charia ». Dans un rapport récent, Amnesty International alerte : «
Depuis qu’ils ont pris le contrôle du pays, la vie des femmes et des
filles d’Afghanistan est ravagée par la campagne répressive qu’ils
mènent contre leurs droits fondamentaux : ils ont violé les droits des
femmes à l’éducation, au travail,
et à la liberté de mouvement ». L’islam se révèle là sous un jour qu’en tant qu’observateurs occidentaux nous considérons comme archaïque et totalement anachronique. En Indonésie, le plus grand pays musulman, un pays traditionnellement modéré, on assiste maintenant à une montée de l’islam radical. L’idéologie islamiste y fait son chemin. Depuis début 2000 la province d’Aceh vit sous le régime de la charia. En 2022, le pays est passé de la 47e place à la 28e à l’index mondial de la persécution des chrétiens. En Arabie Saoudite, la monarchie s’est dotée en 1992 d’une Loi fondamentale équivalente à une Constitution, qui repose sur la charia. Ce pays est l’un des plus marqués par la loi islamique : le vol, l’homicide, l’adultère, la sodomie, l’homosexualité, l’apostasie… sont passibles de la peine de mort. Fort heureusement, le jeune prince héritier Mohammed ben Salman le modernise. Il s’est lancé dans des réformes économiques et sociales, et vient d’autoriser les Saoudiennes à conduire. En Iran, pays devenu en 1979 une République islamique chiite dirigée par un Guide Suprême, la loi islamique est appliquée avec rigueur. Les femmes se sont révoltées à la suite du décès de Mahsa Amini, réclament le droit de pouvoir oter leur hidjab ; dans les rues, les jeunes font sauter leur turban aux dignitaires religieux. Une ONG basée à Oslo, Iran Human Rights, révèle qu’au moins 326 manifestants ont été tués depuis septembre 2022, les autorités iraniennes réagissant avec une grande violence. L’Algérie a elle aussi connu la montée des islamistes : l’armée a toutefois fini par avoir le dessus sur le GIA, mais on estime qu’il y a eu au moins 150 000 morts et de nombreux disparus. Le réveil d’un islam conquérant ? Après s’être assoupi pendant des siècles, l’islam s’est donc bien réveillé au cours du XXe siècle. En 1928, Hassan el-Banna, le fondateur de la confrérie des Frères Musulmans engagea les musulmans à s’appuyer sur le Coran pour lutter mondialement contre la domination des pays occidentaux, à commencer par celle des Anglais en Égypte ; Sayyid Qutb, à la tête de la Section de la propagande, lança une campagne virulente contre les Occidentaux et leur civilisation, dissuadant les musulmans de tous les pays d’y adhérer au prétexte qu’il s’agit d’une civilisation diabolique, matérialiste, et sans dieu (la jâhilîya), un piège dans lequel ils ne doivent surtout pas tomber. Ce mouvement de révolte s’est peu à peu étendu à tous les pays musulmans qui avaient été colonisés par des puissances européennes. Par exemple, en 1936 en Algérie, le cheikh Abdelhamid Ben Badis créa l’association des oulémas algériens, avec pour slogan « l’Algérie est mon pays, l’islam ma religion, et l’arabe ma langue », les oulémas étant des dignitaires religieux très respectables : ce fut le début des luttes pour l’indépendance. Boualem Sansal nous met en garde, sans mâcher ses mots. Dans L’Express du 18 août 2022, il nous avertit : « Si je devais choisir un seul mot pour dire le mal de notre temps, je dirais : islam ». En octobre 2021, dans Lettre d’amitié, de respect et de mise en garde aux peuples et aux nations de la Terre adressée au Secrétaire général de l’ONU, il écrit que l’humanité doit sortir de l’âge des dieux pour entrer dans celui des hommes : « Il est temps de choisir la vie ». Un islam de france introuvable ? Alors, que constatons-nous en France, un pays où l’islam progresse à vive allure ? En 1962, le général de Gaulle avait eu la sagesse de permettre aux Algériens d’accéder à l’indépendance. Ce vaste territoire musulman dont la France avait entrepris de faire une terre française s’était finalement révolté contre la puissance coloniale qui le dominait depuis plus d’un siècle, et une guerre de plus de cinq ans avait éclaté. Dans C’était de Gaulle, Alain Peyrefitte rapporte que le général lui avait confié qu’il ne souhaitait pas que « Colombey-les-Deux Églises devienne Colombey-les-Deux- Mosquées ». Mais, après son départ, en 1969, ses successeurs ont pris une orientation diamétralement opposée en ouvrant la porte à l’islam. Comment s’y sont-ils pris ? Première phase : pour rassurer la population, ils se sont attachés à présenter l’islam comme une religion de paix, nul besoin de s’inquiéter. En octobre 2013, Marc Ayrault, Premier ministre, en visite à la mosquée de Paris, déclara à l’occasion de l’Aïd : « L’islam de paix et de concorde est partie prenante de notre pays et ses valeurs qui le fondent ». Et sans oublier Jack Lang proclamant avec fougue : « L’islam est une religion de paix et de lumière ». Puis, ce discours lénifiant n’étant plus crédible avec la multiplication des attentats perpétrés au nom d’Allah, en particulier celui du Bataclan en novembre 2015, (130 morts et plus de 400 blessés), nos dirigeants se virent contraints de changer de discours. Deuxième phase : nos dirigeants entreprirent de faire de la théologie, expliquant que ces attentats étaient le fait de personnes déformant l’islam. Ils développèrent la thèse selon laquelle l’islamisme n’est pas l’islam, « il est un dévoiement fait par des individus qui veulent mener un combat politique contre notre pays ». On mit donc au ban de la nation les salafistes, c’est-à-dire les musulmans pratiquant un islam radical. Or, dans l’islam on dénomme salafs les premiers compagnons du Prophète. Enfin, une troisième phase : nos dirigeants finirent par admettre qu’effectivement, l’islam pose bien des problèmes à notre société, et ont indiqué qu’ils allaient s’employer à favoriser un islam de France, c’est-à-dire compatible avec nos valeurs et nos principes démocratiques. C’était donc reconnaître, enfin, mais sans le dire, que les discours tenus précédemment étaient rien moins que trompeurs. Nous en sommes donc là. Le Conseil français du culte musulman (CFCM) s’est attelé à la tâche. En mars 2023, après avoir été désavoué par le président de la République, le CFCM voulant poursuivre sa mission, se donne de nouveaux statuts accordant plus de poids aux « structures départementales. » L’islam de France reste à inventer. Ce que l’on constate, c’est que l’islam et la civilisation islamique pénètrent notre société. Dans Le Frérisme et ses réseaux, l’anthropologue Florence Bergeaud-Blackler dévoile le travail souterrain fait en Europe par les réseaux des Frères Musulmans. C’est ainsi qu’en 2021, le Conseil de l’Europe a financé une campagne en faveur du hijab. Il est difficile de s’opposer à la pénétration de l’islam dans notre société en raison de la Convention européenne des droits de l’Homme. Le Conseil de l’Europe, qui a pour mission de faire respecter cette charte interdit d’appliquer une politique traditionnelle d’assimilation qui violerait les droits de l’Homme. L’impossible assimilation ? En effet, s’assimiler à notre société fondée sur le judéo-christianisme signifie changer d’identité. C’est d’autant plus difficile pour les musulmans car ils se trouvent renforcés, dans l’image qu’ils se font de leur identité, par les succès qu’ils ont remporté à la fin du siècle dernier sur les puissances coloniales qui les dominaient, dont évidemment la France, qui les accueille aujourd’hui. En septembre 2020, un sondage IFOP indiquait ainsi que 57 % des jeunes musulmans français considèrent la charia supérieure aux lois de la république, soit 10 points de plus que dans le précédent sondage. Nous avons donc bien affaire, à présent, à deux civilisations qui s’affrontent. Dans Race et histoire, le grand anthropologue Claude Levi-Strauss explique que lorsque deux civilisations en viennent à se trouver en concurrence sur un même territoire, émerge un conflit qui aboutit à deux éventualités : soit désorganisation et effondrement du pattern de l’une des deux civilisations ; soit apparition d’une synthèse originale qui, alors, consiste en l’émergence d’un troisième pattern, lequel devient irréductible par rapport aux deux autres. La première hypothèse étant à rejeter, on en déduit que va s’opérer,
progressivement et insidieusement, une lente mutation de notre civilisation, ce que Claude Lévi-Strauss a appelé « un nouveau pattern irréductible par rapport aux deux autres ». C’est ainsi que meurent les civilisations.
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