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09.11.2023 - N° 1.444

La France face au défi de la réindustrialisation
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Par Alain Claude Sicard

Claude Sicard est ingénieur agronome, Sciences Po, et docteur en économie. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur la stratégie d’entreprise : Pratique de la stratégie d’entreprise, Le Manager Stratège et L’audit de Stratégie (Ed Dunod). Après un début de carrière dans l’industrie, a été directeur adjoint du département d’Économie de la CEGOS. Puis, ayant créé son cabinet de Conseil, la société OCS, Consultants, il s’est spécialisé dans les techniques d’analyse stratégique d’entreprises.



La France traverse une situation économique préoccupante. Pour Claude Sicard, cet état de fait est dû à la dégradation du secteur industriel français.

Le pays est secoué régulièrement par des spasmes révolutionnaires violents. Son économie réalise depuis une quarantaine d’années des performances inférieures à celles des autres pays européens. Sa balance commerciale est en permanence déficitaire, et sa dette extérieure croît régulièrement, d’année en année. La dette est maintenant supérieure au montant du PIB.

Tous ces phénomènes ne peuvent manquer d’être inquiétants.

Aussi les pouvoirs publics attendent-ils avec angoisse le verdict de l’Agence Standard and Poor’s qui doit se prononcer le 1er décembre prochain. Fitch, qui avait rétrogradé par deux fois la note de la France, a maintenu tout récemment notre pays à AA-, Moody’s s’est prononcée le 20 octobre, et maintient la note à Aa2.

Ces notations sont encore relativement flatteuses : les agences jugent simplement la capacité des pays à rembourser leur dette. Elles font confiance aux capacités du fisc français en la matière, ne doutent pas de son efficacité.

Le FMI émet des doutes sur les prévisions de réduction du déficit annoncées par Bruno Le Maire : Pierre Olivier Gourinchas, son chef économiste, a déclaré : « Il faudra en faire un peu plus, malheureusement ».

En octobre 2018, les Gilets jaunes se plaignaient de la faiblesse de leur pouvoir d’achat et de la désertification du territoire. Cette crise a fortement secoué le pays pendant deux années, avec des épisodes extrêmement violents.

Un peu plus tard, le pays a de nouveau été fortement ébranlé par le projet de réforme du régime des retraites. Les Français s’y sont opposés avec la plus extrême vigueur, par un déchaînement de violence dans les rues. Tout récemment, des opposants ont manifesté devant le siège du Parti Renaissance, menés par un conseiller régional d’Île-de-France. La foule scandait à l’unisson : « Louis XVI, on l’a décapité, Macron on peut recommencer ».

Début février, un député LFI de Seine-Saint-Denis a paradé sur Twitter, le pied posé sur un ballon de football figurant la tête du ministre du Travail.

Fin juin dernier, les émeutes dans toutes les villes de France ont été bien plus violentes encore que les précédentes, consécutives à la mort d’un jeune adolescent tué par des policiers lors d’un contrôle de police : mairies attaquées, commissariats, écoles, casernes de pompiers incendiés… et très nombreux pillages.

Le mécontentement est donc général. La population n’a plus confiance en ses élites. La cote de popularité du président de la République a fortement baissé, et le gouvernement a du mal à gouverner. Le peuple réclame l’organisation de referendums populaires, refusés régulièrement.

L’économie du pays est en perte de vitesse

Les Français ont le sentiment que le pays est en pleine décadence, et ils sont inquiets.

Ils accusent leurs dirigeants d’incompétence. L’éloignement est croissant entre les élites et la population. La cause fondamentale du désarroi est que l’économie française va mal depuis des décennies. Ce n’est sans doute pas l’unique raison, mais ce manque de dynamisme économique constitue le fond du tableau sur lequel s’inscrivent tous ces mécontentements qui se manifestent à la moindre occasion.

Depuis la fin des Trente Glorieuses l’économie accuse de très mauvaises performances démontrées par une étude publiée en 2018 par le service des statistiques des Nations unies qui a examiné l’évolution des économies de certains pays sur une longue période :


(Source : ONU, Statistics Division)

Depuis une quarantaine d’années, les performances économiques de la France ont été très inférieures à celles des autres pays européens. Tous les clignotants de l’économie sont au rouge. L’Agence de notation Fitch a donc rétrogradé tout récemment la France d’un cran, la passant à AA-.

Il y a déjà quelques années, Fitch avait fait passer la France de AAA à seulement AA. Le pays s’achemine sur la voie de la Grèce.

Les remèdes proposés pour remédier aux difficultés de notre économie

Les remèdes proposés pour remédier à la situation varient selon le niveau d’instruction de la population.

Pour les classes populaires, la solution est toute simple : il faut prendre l’argent là où il est, c’est-à-dire chez les riches, qu’il faut taxer plus fortement. Elles perçoivent le président comme étant celui des riches. La réforme de l’impôt sur la fortune n’a pas été comprise. Pour faire face au mécontentement, il faut multiplier les contrôles fiscaux, et renforcer les sanctions en cas de fraude.

Pour les classes bourgeoises, le mal provient de l’excès de dépenses publiques ayant conduit à une  fiscalité qui est la plus lourde de tous les pays européens. Elle asphyxie l’économie. La solution est toute simple : elle consiste à les réduire.

Qu’en est-il réellement ? Pour cela, il convient de rapporter ces dépenses au nombre d’habitants, et en dollar.

Danemark
  • dépenses publiques…...… 26 980
  • dépenses sociales………. 17 070
Pays-Bas
  • dépenses publiques……..  25 038
  • dépenses sociales………. 10 152
Suède
  • dépenses publiques…..… 21 123
  • dépenses sociales……… 14 402

France
  • dépenses publiques…..…  22 642
  • dépenses sociales………. 13 796
Les dépenses publiques ou sociales de la France ne sont pas véritablement « anormales ». Ce sont celles de pays économiquement très avancés, au PIB/capita 50 % plus élevés que le nôtre. C’est le PIB français qui n’a pas augmenté au rythme voulu. Le pays ne produisant pas assez de richesse, il est contraint de recourir chaque année à l’endettement.

La dette extérieure du pays ne cesse donc pas de croître :
  • 1974…….  20 %
  • 2000….…  60 %
  • 2016…….  96 %
  • 2022……. 111,6 %
 
Dans le Figaro Économie du 29 mars 2023, Anne de Guigné rappelle les accroissements de dette imputables aux différents gouvernements :

Accroissement de la dette
(milliards d’euros)   
  • Jacques Chirac        323   
  • Nicolas Sarkozy       635   
  • François Hollande    397   
  • Emmanuel Macron   647
Chacun a eu recours à la dette comme si elle était un instrument normal de gouvernement. Mais ce mécanisme ne peut plus durer, d’autant que nos partenaires européens exigent que nous respections dorénavant les règles de la zone euro.

La véritable cause du mal : une forte dégradation du secteur industriel

Taxer davantage les riches comme le demandent les classes populaires n’est pas la bonne solution, compte tenu des niveaux de fiscalité records. Réduire les dépenses publiques est politiquement impossible : elles résultent de notre modèle social très protecteur de la population. Les Français n’admettraient certainement pas qu’on y touche. La seule solution consiste donc à redresser le plus vite possible le niveau du PIB. Ce sera le rôle de notre industrie.

La liaison est très forte entre la production industrielle et le PIB/capita des habitants.

Avec une production industrielle faible de 6432 dollars par habitant a un PIB/capita de la France est de 39 030 dollars ; avec un ratio de 12 279 dollars le PIB/capita de l’Allemagne s’èlève à 46 208 dollars ;  avec un chiffre record de 22 209 dollars celui de la Suisse est de 87 097 dollars, le plus  fort d’Europe.

Le secteur industriel français (industrie,hors construction) ne concourt plus que pour 10 % à la formation du PIB, alors que ce taux devrait se situer pour le moins à 18 % ; l’Allemagne ou la Suisse en sont à 23 % ou 24 %.

Deux graves erreurs de nos gouvernants

Nos dirigeants ont commis deux graves erreurs :

Première erreur : ils n’ont pas cherché à comprendre les raisons pour lesquelles notre PIB augmentait moins vite que celui des pays voisins. En somme, quarante ans de cécité économique : c’est beaucoup !

Deuxième erreur : ils n’ont pas expliqué à la population que notre économie ne se développait pas à un rythme satisfaisant, et qu’il fallait par conséquent qu’elle modère ses exigences en attendant de redresser la situation.

On a masqué la réalité aux Français. Le peuple a donc continué à manifester ses revendications.

Nos dirigeants ont malinterprété les travaux de Jean Fourastié qui a publié, en 1949 Le grand espoir du XXe siècle. Ils se sont laissés bercer par l’idée qu’une société moderne est une société post-industrielle, selon la formule lancée imprudemment par le sociologue Alain Tourraine, en 1969.

Du fait du progrès technique, les effectifs du secteur secondaire s’amenuisent, mais la valeur ajoutée par travailleur augmentant fortement, ce secteur est toujours présent, représentant 20 % à 25 % du PIB. Nos dirigeants ont donc laissé filer notre industrie sans broncher.

Les Français, de leur côté, ont continué à présenter assidument leurs revendications : « Toujours plus », pour reprendre la formule de François de Closets. Toujours plus pour davantage de pouvoir d’achat, pour une retraite à 60 ans, pour davantage de policiers et de gendarmes, pour de meilleurs services d’urgence dans les hôpitaux, d’infirmières, dejuges et de greffiers, etc.

Pour un programme volontariste de redressement

Emmanuel Macron a finalement pris conscience de la nécessité de procéder à la réindustrialisation du pays, par le hasard de la crise du Covid-19.

Le 11 mai dernier, à l’Élysée, devant un parterre de ministres et d’industriels, il a présenté sa feuille de route pour la réindustrialisation du pays. Il a annoncé des aides de l’État sous forme de crédits d’impôts pour l’implantation d’« industries vertes », la réduction de moitié des délais pour les procédures administratives concernant la création de nouvelles usines, l’aménagement de nombreux sites industriels « clés en mains », une pause de Bruxelles dans le domaine des normes environnementales, et le renforcement de nos moyens de formation professionnelle.

Il a débuté sa conférence en annoncant que « La bataille de la réindustrialisation est clé sur le plan politique et géopolitique ». Il paraît donc maintenant convaincu de la nécessité de réindustrialiser la France, mais il aura fallu attendre son deuxième quinquennat pour qu’il découvre le mal dont souffre notre économie, alors qu’il avait précédemment été ministre de l’Économie.

Il est donc grand temps de redresser notre économie pour redonner aux Français l’espoir d’un avenir meilleur, et cela passe par la reconstitution du secteur industriel.

Mais les mesures annoncées sont loin d’être suffisantes. Nous avons montré, dans d’autres articles, que la reconstruction de ce secteur va nécessiter environ 350 milliards d’euros d’investissement, en une dizaine d’années, soit 35 milliards par an. Pour y parvenir, une forte contribution d’investissements étrangers (IDE) sera nécessaire car les entreprises françaises n’y suffiront pas. Et pour soutenir un tel rythme des aides gouvernementales bien plus importantes que celles annoncées vont être nécessaires. On doit s’attendre à ce que la Commission de Bruxelles s’y oppose. Il faudra démontrer qu’elles sont indispensables, faute de quoi le pays continuera à augmenter un peu plus sa dette, chaque année, ce qui l’acheminera sur la voie de la Grèce.

L’exemple de l’inflation réduction act du président Joe Biden devrait aider les fonctionnaires européens à être plus réalistes. Le président américain avait prévu, initialement, de le nommer Build Back Better Act car dans son esprit, il s’agit bien de reconstruire le pays.

Nous avons prévu qu’il faudra que les aides de l’État se montent à environ 150 milliards d’euros, des aides que l’on accorderait au prorata des emplois créés. De leur côté, les États-Unis en sont à la somme de 370 milliards de dollars.

De même, en France, il est grand temps d’avoir une loi pour « Reconstruire mieux notre économie ».

Il est urgent de reconstruire le secteur industriel français en ne se limitant pas aux seules industries vertes, comme prévu actuellement dans le Plan France 2030. Faisons donc du back better build à la française ! Nous en avons bien besoin.



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