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18.10.2023 - N° 1.423 Transition écologique : et si on sortait de l’hypercentralisation de la planification ?
Par Lou-Anne Bontemps Née au tout début des années 2000, Lou-Anne Bontemps est actuellement étudiante en science politique, à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Très sensible aux conséquences sociales et économiques qu'auront les actions et surtout les non-actions des sociétés face au dérèglement climatique, elle s'est orientée vers un master spécialisé en transitions écologiques. Lou-Anne s'intéresse également au féminisme et au libéralisme, avec l'idée qu'il faille toujours défendre la Liberté ! ![]() Pour
Lou-Anne Bontemps, la planification écologique d’Emmanuel Macron
reflète l’hyper-centralisation de son pouvoir. Il existe des solutions
par le marché, à la fois plus efficaces et moins liberticides. Le président de la République annonçait le 16 avril 2022 : « La politique que je mènerai dans les cinq ans à venir sera écologique
ou ne sera pas ». Ce discours a marqué les mémoires, et a fortement renforcé les attentes autour de cette planification écologique. Le 25 septembre 2023, le président dévoilait le programme qu’il entendait mettre en œuvre à travers l’idée de planification écologique « à la française ». Les critiques ne se sont pas fait attendre : à gauche, certains ont soulevé le manque d’ambitions du président, à droite on a condamné une écologie dite punitive, qui pourrait devenir, une véritable « bombe sociale » et « urbaine », si l’on se réfère aux mots d’Édouard Philippe. En effet, invité à la rentrée politique du Modem du 30 septembre dernier, l’ancien Premier ministre a alerté sur la situation « des plus modestes » face au logement en mettant en garde l’exécutif au sujet de « la crise démocratique que nous vivons ». Si les réactions et les retours n’ont pas manqué, certaines questions ont cependant été, à mon sens, sous-exploitées : quel est le système de réflexion au cœur de cette planification ? Cette planification est-elle simplement réalisable ? L’État paternaliste français encore et toujours à la manœuvre La planification écologique illustre par excellence le mode d’organisation politique à la française, trop fortement étatisé : l’État arbitre, engage, dirige et contrôle. On pourrait même parler d’une hyper-étatisation à la Macron, ce dernier recentrant de plus en plus la politique autour de sa personne, comme en témoignent son omniprésence médiatique et la gestion de ses troupes… Une manière de gouverner autoritaire qui laisse peu de place aux libertés… La séquence transition écologique ne déroge pas à la règle : un conseil national de la transition écologique est nommé afin de faire des propositions, mais il revenait, là encore, au président de définir les enjeux majeurs, les actions prioritaires. Une stratégie à la française arbitrée à la Macron, donc. Cette planification omet littéralement toute une partie de la notion même de transition (politique, démocratique, organisationnelle) qui apparaît pourtant nécessaire si l’on souhaite la réaliser. Cette manière d’orchestrer une politique au plus haut sommet de l’État a pourtant déjà montré ses faiblesses, notamment parce qu’elle se fonde sur une prolifération des organisations, une abondance bureaucratique qui malheureusement, comme on a pu le voir avec la gestion de l’épidémie de covid, entraîne surtout fragmentations, incohérences et complexifications. Le président semble pourtant persévérer dans cette voie. En fin de compte, on a l’impression que la méthode ne change pas : la tendance paternaliste de l’État s’accentue encore et toujours, sans jamais remettre en cause sa doctrine. Cette dernière conditionne les individus, contraint les initiatives individuelles, déresponsabilise les citoyens et permet de moins en moins aux échelons locaux de se saisir de ces enjeux, alors qu’ils seraient les plus aptes à apporter des réponses pragmatiques et circonstanciées. La subsidiarité comme réponse Cette critique de la centralité du pouvoir permet alors de réinterroger la place de ceux qui composent la société française dans l’engagement écologique : entreprises, collectivités, associations, écoles, citoyens… Elle permet de se demander si une écologie « juste » (pour reprendre les mots du président) ne pourrait justement pas se fonder sur une écologie du peuple, par le peuple, et pour le peuple. Autrement dit, dans sa dérive centralisatrice, le gouvernement ne diminuerait-il pas la capacité des individus, individuellement ou collectivement, à se saisir et à investir la question écologique ? À force de tout attendre d’en haut, on finit par ne plus rien faire en bas. Les collectivités ne sont-elles pas les plus à même de définir les enjeux prioritaires de leur territoire en matière de transition ? Si en Île-de-France ou dans les grandes métropoles, la question de l’adaptation à la chaleur se révèle centrale pour développer nos capacités de résilience face aux changements à venir, d’autres territoires sont largement moins préoccupés par cette question. Une grande partie de la France doit plus spécifiquement agir sur l’offre de transports, les mobilités des habitants et la place de la voiture. On pourrait appliquer cette même logique aux entreprises, grandes ou petites : qui, mieux qu’une entreprise, pour évaluer ses perspectives futures, réinventer son modèle productif pour le faire perdurer ? Qui, mieux qu’un comité de direction, pour impulser de nouvelles dynamiques en son sein afin de concilier contraintes planétaires, respect de l’environnement et compétitivité ? Enfin, en ce qui concerne les individus : la montée en puissance de collectifs s’organisant à l’échelle locale, voire se présentant aux élections municipales pour proposer des alternatives, réfléchir à notre vie en société et à notre rapport à la nature témoigne là encore de la capacité des citoyens à s’organiser et à investir la question de la transition écologique et de la résilience. Promouvoir et accompagner une écologie résiliente Finalement, l’État ne devrait-il pas simplement accompagner et soutenir le plus justement possible ces initiatives en donnant aux collectivités territoriales l’autonomie et les moyens nécessaires de réussir leur transition, en incitant et en accompagnant les entreprises vers de plus gros efforts, et enfin en soutenant les initiatives citoyennes et associatives ? Par ailleurs, cette manière d’organiser la transition permettrait de résister aux changements indus par l’alternance politique, mais ça c’est une autre histoire… N’attendons-nous pas de l’État qu’il se charge simplement de gérer correctement les finances publiques, et d’investir intelligemment afin de garantir, in fine, la résilience du pays ? Résilience ? Là encore, on n’y est pas. En promouvant une écologie « basée sur la science » sans se préoccuper des coûts que cela suppose, et des financements nécessaires pour réaliser l’entièreté de la transition, ce n’est pas permettre une écologie à la française résiliente. Pour paraphraser Ferghane Azihari : «
En France, la transition n’est qu’un spectacle où chacun fait semblant
d’être vertueux en méprisant l’analyse des coûts-bénéfices. Dès lors,
on ne s’étonnera pas d’avoir 60 millions de Gilets jaunes sur une
planète brûlée. »
Tout compte fait, la planification déconnectée à la Macron revêt un caractère pour le moins scientifiquement discutable… Si l’un des maîtres-mots de la transition écologique est la résilience, une mauvaise gestion des finances publiques en est l’exact opposée : comment organiser une transition dans un pays qui s’endette et qui voit sa capacité de résilience économique diminuer ? Comment envisager une transition qui demandera d’énormes efforts d’investissements avec un État qui possède de moins en moins de marge de manœuvre pour encaisser les chocs et les crises économiques, qui sont plus que probables ? Au-delà de l’absence de calcul des coûts-bénéfices, c’est la méconnaissance des enjeux économiques et sociaux qui seront engendrés par la crise climatique qui est mise en lumière. Autrement dit, parce qu’elles ne posent pas la question de leur financement, les grandes orientations stratégiques de la planification à la Macron pourraient se révéler dramatiques pour une partie de la société française et ne feront qu’ajouter une pièce à la crise démocratique que nous vivons. La taxe carbone, une solution par le marché Enfin, cette interrogation sur le financement de la transition rejoint à certains égards les interrogations sur la place de la France dans l’économie mondiale, et le rôle que l’on souhaite y jouer, conjointement avec l’Europe. La plupart des systèmes de production émetteurs de carbone ne se situent pas en Europe. Toutefois, ils y vendent leurs marchandises. Le rapport actuel à la consommation lointaine des pays occidentaux est foncièrement contre-productif. Si l’on organise une transition écologique coûteuse qui ne se concentre que sur la France, en omettant la part des importations, concurrençant par-delà même les biens français et européens supposément neutres en carbone (et de surcroît plus chers), alors les investissements faramineux dans la rénovation énergétique des bâtiments n’aura foncièrement aucun impact déterminant. Des solutions par le marché existent, mais font l’objet de nombreuses critiques, qui défendent pour la plupart davantage d’État, d’autorité, de centralisation, alors que l’on a déjà observé les contradictions inhérentes à ce type de méthode. La mise en place d’une taxe carbone aux frontières de l’Europe permettrait par exemple de transitionner librement la consommation des individus et la production des entreprises. En effet, l’indicateur prix, au cœur de cette solution par le marché, inciterait les agents économiques à faire des choix durables. D’un certain point de vue, la surconsommation occidentale est aussi une affaire de prix : il suffit de regarder l’exemple archétypal de la fast fashion ! Par ailleurs, la taxe carbone permettrait de protéger nos industries européennes, d’influencer les entreprises mondiales vers une recomposition de leur mode de production, mais surtout de garantir la liberté individuelle des agents économiques. Il faut jouer sur la libre-concurrence, la liberté d’entreprendre et la liberté de choisir. Cependant, ces dernières ne peuvent plus ne pas prendre en compte les externalités négatives des activités humaines. En outre, la taxe carbone pourrait simplement se comprendre ainsi : un individu ou une entreprise a la liberté de polluer à travers ses choix de production et de consommation, mais il doit en payer le juste prix, afin de garantir la liberté de chacun sans empiéter sur celle de tous. Cette approche libérale, par le marché, nécessite de poser la question du social, et d’interroger les capacités économiques réelles des individus afin d’éviter que cette dernière ne devienne, in fine, une bombe sociale… Conclusion Ainsi, la planification à la Macron semble difficilement apte à réaliser sa promesse de transition à la française. Cette transition-là ne pourra se réaliser qu’en déterminant une stratégie qui repose essentiellement sur ceux qui composent la société française afin de leur conférer un maximum de marge de manœuvre. Cela permettrait de réinvestir la capacité d’actions des individus, de recréer des solidarités, de réinventer le lien entre environnement, entreprises, salariés, et de renverser ce système d’hypercentralisation qui ne permet pas aux individus et aux collectifs de s’émanciper. Il
faut proposer des alternatives qui répondraient, mises bout à bout, à
l’urgence climatique et environnementale. Charge à nous de construire
la transition écologique à la française pour éviter une transition
écologique à la Macron.
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