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10.10.2023 - N° 1.415

Que veut-on cacher sous l’uniforme ?
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Par Anne Coffinier

Ancienne élève de l’ENS d’Ulm et de l’ENA, ancienne diplomate, Anne Coffinier
se consacre depuis 2007 à la réforme du système éducatif français
en tant que fondatrice puis directrice générale de la Fondation pour l’école.



Gabriel Attal va lancer une expérimentation sur le port de l’uniforme scolaire en France. Pour Anne Coffinier, cette proposition du ministre servirait surtout à masquer le problème du séparatisme culturel sans y répondre…

L'uniforme a la cote. Gabriel Attal veut l’expérimenter à grande échelle.

À droite comme à gauche, nombreux sont ceux qui s’en réjouissent : source d’économie pour les familles, il présente l’avantage d’effacer les différences sociales apparentes et aide indubitablement à la concentration des enfants. Il manifeste en outre une appartenance évidente à l’établissement et flatte le penchant si français pour la nostalgie et le vintage.

Le retour d’un vieux serpent de mer… pas sans contradictions !

Une fois passés en revue ces avantages, ne faudrait-il pas s’interroger sur les motivations politiques de la résurrection d’un vieux serpent de mer ?

Laissons de côté le lobbying des entreprises textiles françaises qui peuvent voir dans ce projet l’aubaine inattendue d’un marché captif préservé de la concurrence asiatique, qui pourrait utilement contribuer à la nécessaire réindustrialisation de la France.

L’uniforme, comme son nom l’indique… uniformise.

Il efface les singularités, ne veut rien savoir des histoires et des goûts de ceux qui le portent. Comment prétend-on alors concilier cette logique de l’unique forme avec celle qui tend à valoriser les minorités, les origines, les singularités, la créativité personnelle, et qui fait de toute différence de culture ou de mœurs une richesse à entretenir et à exhiber ?

Il y a là une contradiction flagrante. Si ma différence est un actif valorisable et bienvenu, pourquoi faudrait-il cacher les origines et les adhésions culturelles ou religieuses derrière le masque de l’uniforme ? L’Éducation nationale encourage les enseignants à appeler les élèves par le prénom (ou le pronom) qu’ils souhaitent quand ils veulent changer de genre. Et c’est à ces mêmes élèves qu’elle imposerait en même temps un uniforme ?

Comment ne pas voir la contradiction ?

Soit l’école repose sur un modèle où doivent prospérer les singularités propres, soit au contraire, elle valorise une approche où l’attention aux savoirs prime sur toute autre considération. Cette dernière optique, où le « moi » s’efface, n’est pas compatible avec un modèle où chaque être engage dans son apprentissage toute sa personne – cœur, corps, âme et esprit – et cherche à faire dialoguer sa foi, sa culture, ses idées et expériences propres avec les savoirs qui lui sont dispensés dans le cadre de l’institution scolaire. Notre époque est subtile, mais l’abus de contradictions risque tout de même de conduire au chaos.

L’uniforme pour masquer les vrais problèmes

Qu’y a-t-il de commun entre le fait d’imposer l’uniforme, la prohibition des signes extérieurs de religion, et l’interdiction des statistiques ethniques en France ?

C’est précisément la volonté de cacher ce qui est pour ne pas le voir, et ne pas avoir à l’affronter.

Les faits sont têtus, mais on peut toujours les dissimuler. Par l’uniforme, on cache l’importance numérique de la population tentée par un séparatisme culturel. Si on laissait les fillettes arriver voilées et vêtues d’abayas, les garçons en tenue « qamis- chaussettes- claquettes », et si l’on comptabilisait comme aux États-Unis les origines des citoyens, sans doute que cela pousserait nos concitoyens à voter Rassemblement national. Mais l’on aurait une idée plus précise du nombre toujours plus important de jeunes filles revendiquant le droit de se présenter ainsi à l’école. L’uniforme cacherait cette réalité qui n’en serait pas moins à l’œuvre dans le reste de l’espace public, comme dans l’espace privé.

Ainsi, contre toute apparence, et même si le Rassemblement national est favorable à l’uniforme et à une laïcité stricte, il est avant tout dans l’intérêt de l’actuel gouvernement de « cacher » par un uniforme les origines et les croyances de la jeunesse scolarisée à l’école publique aujourd’hui. À savoir des jeunes qui ont intégré le discours dominant du « venez comme vous êtes ». Ainsi, le problème posé par l’abaya n’est pas tant le caractère islamiste qu’aurait cette tenue traditionnelle que le refus d’assimilation que l’abaya et le qamis manifestent.  Ceux qui portent ces tenues signifient à qui veut se donner la peine de le voir qu’ils entendent vivre en France, « terre d’accueil », selon les mœurs et la foi de leur pays d’origine, sans adopter les codes de la culture française. Notre pays s’est perdu dans ses contradictions.

En interdisant aux jeunes gens d’affirmer et d’afficher leur foi ou leur culture d’origine à l’école, tout en les invitant en même temps à affirmer leur orientation sexuelle ou les mutations de leur « identité de genre », la République les pousse à d’autres formes de marginalité, au sens premier du terme. Les jeunes désireux de s’exprimer et d’attirer l’attention seront donc poussés vers le seul champ du genre pour le faire. Par l’uniforme, on aura affaibli le diktat consumériste, mais on n’aura pas pour autant conforté, ni a fortiori renforcé la dimension académique et intellectuelle de l’école. Surtout si on laisse les jeunes s’adonner sans modération aux réseaux sociaux.

C’est à une lutte de l’être contre l’avoir, du savoir rigoureux contre la répétition panurgique qu’il faut se livrer de toute urgence.

Et parce que l’aspiration spirituelle fait partie de l’homme, il faudra bien se résoudre à laisser dialoguer la foi et la raison dans l’espace scolaire, avec rigueur, sur le terrain de la raison et de la science, pas sur celui de l’intimidation et des affirmations aussi péremptoires que dogmatiques.

Un vrai chantier pour l’école !

Anne Coffinier est présidente de Créer son école.


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