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04.10.2023 - N° 1.409

La question migratoire :
un enjeu majeur pour l’Occident ?

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Par Yves Montenay

Yves Montenay est doté d'une riche carrière internationale nord-sud de cadre, conseil et chef d'entreprise. Centralien, SciencesPo et Docteur en Demographie politique, passionné d’histoire, d’économie et de géopolitique,
il est actuellement écrivain, consultant et enseignant.




La question migratoire fait la Une des journaux et magazines d’actualité :
est-elle vraiment un enjeu majeur pour la France, l’Europe et le monde ?

Pour répondre à la question, il faut commencer par un bref tour d’horizon de la démographie mondiale.

La situation démographique mondiale

En dehors de l’Afrique, la plupart des États ont une population dont les générations ne se renouvellent pas.

Lorsque cette situation est ancienne, le nombre de parents diminue au fur et à mesure que le temps passe, et la population du pays diminue également, avec une proportion croissante de personnes âgées qui reflète la situation des trois ou quatre générations précédentes.

Lorsque cette situation est récente, comme c’est le cas de l’Inde, pays le plus peuplé du monde, le nombre de parents continue à augmenter un certain temps, ainsi que l’ensemble de la population. Cela avant l’arrivée des classes creuses aux âges de procréation. On retombe alors dans le cas précédent, et la population commence à décroître.

Reste l’Afrique, qui comprend :
  1. Une partie « blanche» au nord du Sahara où la population est relativement stable (Maroc et Tunisie), ou en croissance moyennement rapide (Algérie et Égypte). Le niveau de vie y est nettement plus bas que dans l’Europe voisine.
  2. La partie principale du continent, l’Afrique subsaharienne ou Afrique noire, où la population est jeune et en croissance rapide, et où le niveau de vie est encore plus faible qu’en Afrique du Nord, voire extrêmement bas dans certains pays, notamment au Sahel.
Ce déséquilibre entre populations décroissantes (actuellement ou bientôt) hors de l’Afrique et population en croissance rapide en Afrique se double donc d’un profond déséquilibre de niveaux de vie, ce qui génère une forte pression migratoire.

De la pression migratoire à l’immigration

La masse des populations en jeu est telle qu’il s’agit peut-être du plus important problème mondial.

Ce sont des centaines de millions de personnes, peut-être un milliard, qui manquent au Nord et qui sont disponibles au Sud.

J’utilise les termes de Nord et Sud au sens du développement, et non au sens géographique du terme. Ainsi, l’Australie et la Nouvelle-Zélande sont des pays occidentaux que l’on classera au Nord, bien que géographiquement au sud et à l’est de l’Europe.

En Afrique, c’est le mouvement migratoire interne qui est le plus important, bien que l’Europe ne s’en soucie pas.

Les guerres civiles et la faiblesse de la productivité agricole poussent une partie de la population vers les villes, comme cela se fait en Europe depuis des siècles, et au Maghreb depuis quelques décennies.

Une fois en ville, et mieux scolarisés, les intéressés sont informés du niveau de vie des pays du Nord, et rejoignent les enfants de la bourgeoisie locale, eux aussi candidats à l’émigration.

Ils émigrent de manière légale si possible, c’est-à-dire en tant qu’étudiants, par regroupement familial ou recrues qualifiées, notamment comme informaticiens ou soignants.

Examinons concrètement le cas des clandestins.

À défaut de piste légale, ils restent les filières clandestines.

Les passeurs se livrent à une publicité insistante du genre : « Vendez vos biens, empruntez à votre famille, donnez-moi cet argent et je vous emmène au paradis ». Une partie de l’opinion publique locale n’est plus dupe, mais que faire d’autre ?

Ce ne sont donc pas les plus pauvres qui tentent leur chance clandestinement, ni les moins entreprenants : une fois arrivés, ces clandestins cherchent à travailler, contrairement à ce que pense l’opinion majoritaire. Cela officiellement ou non, tout simplement pour rembourser leurs dettes et survivre dans le pays d’accueil.

Mais certains, n’ayant pas le droit de travailler en absence de réponse à leur demande d’asile, profitent également de notre État providence sur le conseil des ONG charitables.

Ce qui ne les empêche pas de travailler simultanément au noir, par exemple avec l’identité d’un proche, ce qui est courant dans les agences d’intérim, comme je l’ai constaté personnellement. Ou de se lancer dans des trafics.

Les grèves de personnes sans papiers embauchées par les services de livraison de colis du groupe La Poste (via ses filiales de Chronopost et DPD), ou de livraison de repas à domicile (Deliveroo) sont une autre illustration des situations fausses créées par notre réglementation.

Il y a donc beaucoup moins « d’assistés paresseux » que ne le disent les statistiques.

Tout cela explique les difficultés d’élaboration de la loi en projet sur l’immigration, entre une opposition de gauche virulente, et une opposition de droite réfractaire à toute régularisation pour satisfaire son électorat ; et cela sans s’inquiéter des conséquences, tant pour les entreprises que pour les migrants en pratique inexpulsables, et renvoyés vers la fraude.

Tout cela, qui n’est pas toujours très connu, permet d’analyser les avantages et inconvénients de l’immigration, sur le plan mondial comme sur le plan français.

Avantages de l’immigration aux plans démographique et économique

D’un point de vue strictement quantitatif, la situation mondiale est plutôt bonne, puisqu’il y a un déficit démographique dans les pays du Nord, et un excédent dans les pays du Sud, et que les populations du Sud sont prêtes à migrer vers le Nord pour bénéficier d’un meilleur niveau de vie.

De plus, elles équilibrent la pyramide des âges en fournissant de jeunes travailleurs qui, non seulement cotiseront, mais aussi et surtout, s’occuperont des vieux. Sans eux, les EHPAD, déjà très mal en point, s’effondreraient.

Les plus qualifiés sont directement utiles, ceux qui le sont moins remplacent les Français dans les métiers dont ces derniers ne veulent plus.

Dans les deux cas, ils vont directement là où l’économie les demande, alors qu’un Français va tâtonner et passera par des périodes de chômage avant de se réorienter.

Les États-Unis, l’Australie et le Canada sont des exemples de pays issus de l’immigration, européenne jadis, asiatique, latino et africaine aujourd’hui. Ainsi, 98 % des Américains ont un ancêtre immigré.

Certes, une minorité de la population de ces pays s’inquiète, comme elle le fait depuis au moins 150 ans, en visant successivement les Italiens mafieux, les Irlandais papistes et misérables, les Russes  orthodoxes et incultes, les Chinois et Japonais potentiellement espions ou traîtres, et aujourd’hui les latino-américains.

Néanmoins, le poids des industriels manquant de main-d’œuvre a été jusqu’à présent suffisant pour équilibrer les mouvements anti-immigrants.

Le succès économique et géopolitique de ces pays a justifié a posteriori ce choix de l’immigration.

Cependant, les opinions publiques de tous les pays, africains compris, sont majoritairement hostiles à l’immigration.

Pourquoi cette hostilité à l’immigration ?

Il y a de bonnes et de mauvaises raisons au rejet de l’immigration.

Les mauvaises sont la méconnaissance des situations démographiques et économiques.

Une partie de l’opinion pense par exemple que le manque de bras et de cerveaux peut être résolu par davantage de moyens financiers, alors qu’il s’agit d’un défaut de population active en âge de travailler.

Donc, même si on créait (financièrement) des postes, ou si l’on augmentait les salaires, cela ne génèrerait pas les jeunes actifs qui manquent, ou cela en priverait d’autres branches, en déshabillant Pierre pour habiller Paul.

De même pour la formule « il suffit de donner du travail aux chômeurs » : ces derniers ne sont pas tous employables, n’habitent pas dans la même région, sont liés géographiquement au travail de leurs conjoints, ou ne veulent pas des postes à pourvoir.

Les bonnes raisons invoquées pour rejeter l’immigration sont subjectives, donc difficiles à approuver comme à contredire.

Vous avez tous entendu ces propos :
  • ils nous volent nos emplois,
  • on n’est plus chez soi,
  • voyez tous ces délinquants,
  • ils n’ont pas la même culture, ils sont musulmans,
  • ils sont assistés et c’est nous qui payons,
  • ils ne s’assimilent pas,
  • ils nous dirigeront un jour…
Selon la formulation, cela va de la citation de cas particuliers réels à l’expression du racisme le plus cru. Il faudrait tout un ouvrage pour peser chacune de ces affirmations, et y répondre dans le détail !

Je vais me contenter ici de quelques réflexions globales.

La plus importante est qu’il s’agit d’individus extrêmement variés par leur langue, leur culture, les variantes de chaque religion, leur histoire familiale, leur vie professionnelle, et non d’une masse d’immigrés, uniforme et organisée, qui prendrait un jour le pouvoir, et qui, par ailleurs, est impossible à évaluer. Pour parler brutalement, l’immigration est un terme qui n’a pas de signification précise, et qu’on ne devrait pas employer dans une conversation sérieuse. C’est ce que je démontre dans mon précédent article.

La deuxième est que l’on confond très souvent intégration et assimilation, qui, en pratique, ne visent pas les mêmes personnes. En effet, si un migrant peut s’insérer rapidement, par exemple par le travail, il ne s’assimile pas, car, passé 15 ans, on conserve ses habitudes culturelles. Par la suite, l’assimilation est néanmoins quasi générale à la troisième génération. C’est impossible à prouver pour la première ou la deuxième génération d’aujourd’hui, mais l’expérience historique le vérifie dans tous les pays où le multiculturalisme n’est pas institutionnalisé, d’où l’importance de combattre ce courant. Remarquons que la France donne une grande importance à l’assimilation, mais que les pays anglo-saxons, qui accueillent massivement des migrants très différents, s’en moquent totalement au nom de la liberté individuelle.

Par contre, la prise de pouvoir par des étrangers, ou plus vraisemblablement la minorisation de la population dite de souche, est d’autant plus vraisemblable que la population locale aura diminué et vieilli.

Autrement dit, l’immigration doit avoir lieu maintenant qu’il y a suffisamment d’adultes pour l’encadrer et assimiler les enfants, alors que tout retard mettra le pays culturellement en péril.

Cela ne vise pas principalement la France où les promotions sont encore assez nombreuses, mais plutôt l’Allemagne, l’Italie et les pays des Balkans, où la fécondité est faible depuis longtemps. C’est le problème que j’ai exposé au Colloque de géopolitique de Grenoble. Un remède serait une diversification de l’immigration pour éviter que cette dernière ne fasse masse.

En conclusion

D’un point de vue purement quantitatif et économique, l’immigration pourrait mettre en jeu des masses considérables, et donc influer sur la situation de chaque pays, a priori plutôt dans le bon sens, d’un point de vue strictement économique.

Par contre, les risques identitaires sont difficiles à mesurer objectivement, et dépendent de la politique intérieure de chaque pays.

Mon opinion est qu’il faut prioritairement veiller à ce que tout le monde soit au travail, ce qui est nécessaire à l’intégration, alors qu’actuellement c’est officiellement interdit pour plusieurs catégories.

Il faut aussi rejeter tout multiculturalisme : l’assimilation n’est pas une violence envers les cultures d’origine, mais une évolution dans l’intérêt de tous, migrants et locaux.

Inversement, un multiculturalisme institutionnel, non seulement nourrirait une hostilité réciproque, mais également priverait la masse des migrants, notamment les femmes, de libertés élémentaires.

Dans ce domaine, une amélioration des performances de l’Éducation nationale,
de toute façon nécessaire pour notre propre développement économique,
devrait jouer un rôle clé !


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