La Mouette déchainée
                             Réactions, enquêtes, déclarations...

                                 









Toutes les news
c'est ici




Contact


Vos réactions, vos commentaires


Abonner un(e) ami(e)

Vous abonner

Qui sommes nous
?


02.10.2023 - N° 1.407

Libertés fondamentales :
parlementaires, vous n’avez pas les bases

3 minutes de lecture
Derniers commentaires parus :
A lire ici
Vous aussi, faites nous part de vos commentaires, de vos
réactions, de vos témoignages... nous pourrons les publier.
cliquez ici

Par Sacha Benhamou

Avocat de formation et ancien collaborateur politique,
Sacha Benhamou est fondateur du cabinet de conseil Lumen Influence
et responsable des relations institutionnelles de GenerationLibre.




Les mesures restrictives sur le numérique et les médias se multiplient en France.
Sommes-nous en train d’assister à un déclin de la démocratie française?

Que la rentrée est pénible dans la patrie des Droits de l’Homme : alors que le projet de loi visant à sécuriser et réguler l’espace numérique devait modestement transposer les derniers textes européens sur le numérique (DSA, DMA, DGA et Data Act), des députés se sont donné à cœur joie pour le surtransposer – tradition française – mais pire, pour y jouer la surenchère de mesures liberticides : interdiction des VPN, permis cyber, fin de « l’anonymat »…

Certes, l’amendement portant l’interdiction des VPN a fort heureusement été abandonné depuis, mais nous apprenions la même semaine que, sur les bons conseils de l’Institut Rousseau, des députés de tous bords préparaient un projet de loi visant à interdire les expressions climatosceptiques à la télévision.

Le directeur de l’Institut, Nicolas Dufrêne, a dénoncé une présentation caricaturale, voire mensongère, de la part du journal Le Figaro.

Pourtant, la proposition de loi présentée sur le site de l’Institut Rousseau entend bien confier à l’Arcom la mission de « veiller, notamment, auprès des éditeurs de services de communication audiovisuelle, compte tenu de la nature de leurs programmes, à ce que la programmation reflète le consensus scientifique, en particulier la nature anthropique du dérèglement climatique, l’existence du dépassement des limites planétaires et de la raréfaction des ressources en cours, ainsi que  la nécessité d’agir reconnue par les engagements internationaux dont la France est signataire. »

Au-delà du danger évident qu’une telle brèche dans la liberté d’expression ferait peser sur la démocratie, cette proposition finirait par être une balle dans le pied de la lutte contre le changement climatique, car comme John Stuart Mill dans De la liberté, je crois qu’une idée doit être « entièrement, fréquemment, et hardiment » en question où elle risque d’être considéré à la longue « comme un dogme mort et non comme une vérité vivante. »

Autrement dit, pour propager et maintenir une idée, il faut faire sans cesse appel à la raison de l’Homme et non à l’autorité. Simple.

Il ne s’agit pas ici de dire combien je pense que toutes ces mesures sont absurdes et dangereuses pour la démocratie. Mais de m’indigner que des parlementaires, dont le mandat historique est de contrôler et limiter l’État, l’encouragent dans ses abus. Basique.

En 1789, auraient-ils été élus pour armer la monarchie absolue ?

Je m’en indigne d’autant plus que ces propositions émanent de députés de la majorité présidentielle qui s’autoproclament régulièrement gardien de « l’arc républicain » et de la raison face aux extrêmes populistes. On peut se réjouir que ces propositions n’émanent que d’individus isolés, et que sur le numérique nous ayons des députés courageux comme Philippe Latombe ou Eric Bothorel pour s’y opposer vigoureusement.

Mais toutes ces propositions liberticides disent quelque chose de la déculturation de nos élus aux grands principes sur lesquels reposent notre démocratie, à savoir le libéralisme politique que la gauche prend toujours le soin de distinguer du « néolibéralisme » pour s’en réclamer. Souvenons-nous des parlementaires de la Troisième République qui ont doté notre pays de grandes lois de liberté à une époque où la République était encore si fragile. On ne peut que déplorer que nos élus n’aient la moitié de cette foi-là. Ils n’ont pas les bases.

D’abord, ces parlementaires devraient se rappeler qu’ils ont une responsabilité envers le futur, et que les pouvoirs qu’ils donnent à l’État qu’ils jugent aujourd’hui dirigé par des gens raisonnables pourront demain être utilisés par les populistes qu’ils honnissent. Simple.

Ils devraient savoir que, comme le disait Lord Acton, « le pouvoir tend à corrompre, le pouvoir absolu corrompt absolument ».

Ainsi, plus l’État disposera de pouvoirs sur les citoyens, plus il sera amené à en abuser. Basique.

En 2015, Manuel Valls avait demandé aux parlementaires de confier au gouvernement des pouvoirs exceptionnels dans le cadre d’une loi d’état d’urgence, dont les dispositions n’ont jamais été abrogées, pour lutter contre le terrorisme. Quelques mois plus tard, ce sont des activistes écologistes qui étaient arrêtés en amont des manifestations grâce aux dispositions censées être réservées au terrorisme islamique qui nous frappait.

Ils devraient avoir conscience que leurs décisions ne s’arrêtent pas à nos frontières, la France est regardée à l’étranger. Quand notre pays, qui se proclame de plus en plus à tort comme la patrie des Droits de l’Homme, banalise l’atteinte aux libertés fondamentales, quelle pression morale peut encore être exercée sur les régimes autoritaires ? Ces régimes nous répondront que nous non plus, nous ne croyons plus dans la liberté. Simple.

Cette dissonance cognitive que crée la différence entre l’ambition d’être le pays de la liberté et la réalité d’être l’un des pays le plus condamné par la CEDH donne un sentiment d’hypocrisie. Et cette hypocrisie est instrumentalisée par tous les illibéraux, par tous ceux qui veulent voir la démocratie libérale s’effondrer, que ce soit les poutinistes ou les islamistes. Basique.

Si nous voulons regagner le cœur de notre jeunesse, de plus en plus séduite par des idéologies nihilistes, et celui de la jeunesse hors nos frontières comme celle des régimes qui tournent le dos à l’Occident comme en Afrique, si nous voulons gagner cette guerre culturelle, nous devons refaire de la démocratie libérale un objet de désir, en commençant par être solides sur nos appuis.

« Qu’est-ce qui nous gouverne ? La peur et l’anxiété » chante Orelsan.

Ne leur sacrifions pas la liberté.


Faites nous part de vos commentaires, de vos réactions,
de vos témoignages... nous pourrons les publier.

______________












Qui sommes-nous ?

Nous écoutons, nous lisons, nous regardons...

C'est parfois un peu ardu, et les news peuvent demander de l'attention.
Mais elle sont souvent remarquables !


Nous vous proposons cet article afin d'élargir votre champ de réflexion et nourrir celle-ci.
Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici.


Nous ne sommes nullement engagés par les propos que l'auteur aurait pu tenir par ailleurs,
et encore moins par ceux qu'il pourrait tenir dans le futur.

Merci cependant de nous signaler par le formulaire de contact toute information concernant l'auteur
qui pourrait nuire à sa réputation.


Bien sûr, vos commentaires sont très attendus.


   L'équipe de La Mouette déchaînée.