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01.09.2023 - N° 1.377 Pourquoi le solaire brade son électricité
Par Michel Negynas Michel Negynas est depuis 20 ans un observateur attentif des évolutions sociétales. Il est l’auteur de « Chroniques d’un monde éco fantasmé, 20 ans d’immersion dans la vague verte », inspiré de ses expériences professionnelles dans le domaine de l’environnement. ![]() Le
solaire n’est pas victime de son succès, il est victime du soleil, qui
chaque jour se lève, culmine et se couche. On appelle ça de
l’intermittence. « Portée par la flambée des prix et par les mesures d’urgence prises par Bruxelles, la croissance du photovoltaïque bat tous les records en Europe. Au point que certains s’inquiètent des effets collatéraux de cette croissance : les prix négatifs sont de plus en courant, et certains pays commencent même à rationner leur production. » Les Échos se trompe : le solaire n’est pas victime de son succès, il est victime du soleil, qui chaque jour se lève, culmine et se couche. On appelle ça de l’intermittence. Étude de cas ![]() Ci-dessus le diagramme des productions du mois d’août 2023 en France (source RTE France). On remarque immédiatement que depuis trois semaines, il n’y a pas de vent sur toute l’Europe. Il y en avait au début du mois, et on remarque aussi qu’on exportait bien plus : c’est du vent, qu’on exporte… ce qui indique, en passant, qu’on n’avait pas besoin de cette énergie, vendue d’ailleurs à bas prix puisqu’à ce moment-là, tout le monde avait du vent. Certes, dira-t-on, mais il y a beaucoup de soleil ! Alors regardons comment ça marche : exemple le 17 août. ![]() Le soleil a brillé de 7 heures à 21 heures. Nos 15,5 GW de solaire ont culminé à 11 GW à 13 h 45. La pente est énorme : l’équivalent de l’arrêt et du démarrage d’une dizaine de centrales nucléaires. ![]() La consommation a culminé à peu près aussi à 13 h 45 à 43 GW. À la montée, ça ne se passe pas trop mal, et correspond à la montée de la consommation. Mais à la descente, le compte n’y est pas : il faut faire quelque chose. Alors on bricole comme on peut. Le gaz : ![]() L’hydraulique : ![]() L’export : ![]() D’après le président Emmanuel Macron, l’objectif est de 45 GW de solaire en 2028, et 100 GW en 2050. Oui, mais dans un cas comme celui du 17 août, on aurait eu 33 GW à la pointe de production ! Pour en faire quoi ? Mettre à l’arrêt la moitié du parc nucléaire ? Et le redémarrer à 20 heures ? On voit bien qu’a partir d’un certain niveau, le solaire est ingérable… et encore, si le vent se lève… pas de chance. L’Allemagne est déjà dans ce cas. Si on suit le site Energy charts de Fraunhofer, on voit que depuis qu’elle a complètement mis à l’arrêt son nucléaire, elle importe massivement actuellement, pour limiter les émissions de CO2 sur son territoire. Les imports proviennent d’un peu partout, y compris d’ailleurs du nucléaire français. C’est ainsi également qu’elle règle son problème solaire en modulant ses exportations. Mais à terme, tout le monde voudra faire pareil en Europe, non ? On bute ainsi sur une évidence : un marché de l’électricité interconnecté doit être techniquement planifié au niveau géographique d’interconnexion sous peine, soit de manque, soit de surinvestissement. Oui, mais le stockage ? D’après Les Échos, le Syndicat des énergies renouvelables s’est ému de la question. Il faut, dit-il, soit stocker, soit augmenter la flexibilité des clients (c’est-à-dire couper leur courant ou les obliger à consommer, ce qui est une conception nouvelle du commerce…) Pour le stockage, mais bien sûr… Pourquoi ne pas y avoir pensé plus tôt ? Sauf qu’on ne sait pas faire. Prenons le cas du 17 août. Si on voulait réduire le solaire à une production de base sur toute la journée, cela équivaudrait à une production constante à 11 x 14/2 x 24 de 3,2 GW. Pour cela, on aurait installé 15,5 GW de solaire, mais aussi 15,5 GW de stockage (puissance jamais atteinte, et de loin). Soit 31 GW d’investissement pour 3 GW d’équivalent centrale thermique. Même si c’était techniquement possible, ce serait économiquement stupide. Le solaire et l’éolien ne peuvent pas être rentables par nature Chacun dans leurs agendas, ils produisent, ou non, en même temps. Il y aura, soit manque de produit (donc prix élevé) au moment où ils n’ont rien à vendre, soit pléthore (donc prix bradés). Et
pour le solaire, c’est au moment où la consommation est la plus
importante, en hiver, qu’il manque le plus. Il faut être fou pour
installer du solaire au nord de la Loire… et en Allemagne qui en est à
60 GW… il faut être… allemand ?
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