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21.08.2023 - N° 1.366 L’enfer est pavé de bonnes intentions Prestations sociales et immigration
Par Johan Rivalland Johan Rivalland, ancien élève de l’École Normale Supérieure de Cachan et titulaire d’un DEA en Sciences de la décision et microéconomie, est professeur de Marketing et d'Economie. ![]() La
France est souvent considérée comme un modèle en raison de son système
social généreux. Pourtant, il suffit de creuser un peu pour se rendre
compte qu’il est la cause de beaucoup de nos problèmes. Toujours la main sur le cœur, nous nous posons perpétuellement en donneurs de leçons et en parangons du modèle accompli dans de nombreux domaines (le système de santé que le monde nous envie, l’exception culturelle que le monde nous envie, un modèle social sans doute parmi les plus développés du monde, un système de retraites jusque-là posé en modèle lui aussi, etc.). Et pourtant, le monde entier constate, année après année, parfois avec stupeur et sourire en coin, que nous sommes aussi le pays des grèves, le pays où on trouve peut-être le plus de râleurs et de gens (envieux) qui se rendent malheureux, celui où a eu lieu le mouvement des Gilets jaunes, après celui des Bonnets rouges, et après un tas d’autres mouvements de protestation presque toujours motivés par les mêmes causes : l’argent, les aides, la taxation, la jalousie, et autres frustrations engendrées très souvent par l’attrait incontrôlé pour l’argent magique. Tout semble aussi se déliter petit à petit, à la stupeur de ceux qui continuent pourtant à croire en la supériorité de notre modèle. Dans le cas des émeutes de juin 2023, probablement symptôme le plus spectaculaire de la déliquescence profonde de l’état réel de notre pays, il y a fort à parier que les causes sont en partie les mêmes : la générosité publique (pas toujours visible, ou du moins ressentie) a produit des effets pervers très puissants et devenus incontrôlables, sans qu’on en identifie clairement l’origine. Mais il est à craindre que, loin de tirer les leçons de ce qui se passe réellement, nous tombions encore et toujours dans les mêmes travers. Le sombre constat Le sujet de l’immigration est un terrain très délicat. Dans une optique libérale, il n’y a aucun obstacle a priori à ce que des individus se déplacent et s’installent où bon leur semble. À chacun ensuite, bien entendu, de respecter des règles de savoir-vivre, de se conformer aux lois et règles de vie du pays où ils ont choisi de s’installer, de se faire un devoir de vivre en bonne harmonie et en bonne intelligence avec les habitants de ce pays. Sans pour autant renoncer à ses valeurs propres, sa religion ou ses convictions, voire à l’amour de son pays d’origine, du moment qu’on ne cherche pas à les imposer aux autres, ou à les afficher publiquement en faisant preuve de prosélytisme. Pourtant, peu à peu l’immigration est devenue un sujet sensible, voire considéré parfois ou par certains comme un problème. Reste à déterminer en quoi, et surtout, quelles en sont les causes. On entend souvent dans les débats que ce qui semble poser de plus en plus problème – et a été anticipé par des politiques actives et réfléchies dans certains pays – est le nombre. Nous pouvons souhaiter défendre des valeurs et être considérés comme un généreux pays d’accueil (ce que nous sommes effectivement en France), mais à condition d’avoir le temps d’assurer une continuité, un accueil correct et décent, en somme une capacité d’intégration réussie, forcément lente et progressive. Ce n’est pas ce que nous constatons en observant le développement de communautarismes, de replis identitaires, dans certains cas, de rejets à peine dissimulés de la France, ou la multiplication de territoires ou cités relativement clos où coexistent, selon les cas, chômage endémique, relative pauvreté, culture parallèle et trafics en tous genres. Hors du cadre du développement harmonieux que nous pourrions tous souhaiter. À partir de là, il convient de tenter d’en déterminer les causes. Un système généreux, mais en réalité très pervers L’analyse que je mettrais en avant, à titre personnel, est cet éternel enfer pavé de bonnes intentions, comme dans de très nombreux domaines. À vouloir se montrer « généreux » (mais toujours avec l’argent des autres), nous avons une fois de plus, et là comme ailleurs, une propension incorrigible à nous enfermer dans des impasses. Certes, nous rêvons tous plus ou moins de venir en aide aux autres, de nous montrer généreux, de ne laisser personne de côté ou plongé dans la misère. Sur les intentions, il y a relatif consensus. En revanche, sur la méthode non. Surtout quand la politique s’en mêle et a l’art de venir toujours tout gâcher. Car les politiques, munis de la baguette magique de l’argent public qui coule toujours à flots (et après moi, le déluge…), auront toujours intérêt, pour chercher à se faire réélire, à se servir de la manne publique (l’argent de nos impôts ou futurs impôts), à promettre, donner, surenchérir, offrir l’illusion de leur propre générosité (comme si cela sortait de leur poche !) et de leur préoccupation à l’égard de leurs administrés. Pas toujours avec la plus grande des sincérités, en prime. Non seulement nous pouvions difficilement nous permettre de concevoir un modèle social aussi dispendieux que le nôtre, et dont la facture s’alourdit de jour en jour de manière relativement incontrôlée, mais en plus ce modèle « généreux » et élargi à tous ceux qui entrent, à travers des dispositifs toujours plus nombreux, a eu pour effet de provoquer un immense appel d’air. On ne peut absolument pas en vouloir, d’ailleurs, à ceux qui ont été ou sont actuellement attirés par la générosité de ce système. Ils fuient très souvent un pays où leurs conditions de vie, à divers titres, sont mauvaises, pour espérer pouvoir vivre mieux ici. Ceux que l’on peut mettre en cause sont plutôt nos gouvernants successifs, ceux qui ont donné dans la surenchère (très souvent électorale) en vue de chercher la popularité et la réélection. Un pays fortement endetté Car il convient de garder constamment à l’esprit – même si certains croient naïvement qu’une dette peut se rayer d’un trait de plume sans de lourdes conséquences – que l’endettement public français a dépassé les 3000 milliards d’euros (ce qui ne signifie, hélas, pas grand-chose pour beaucoup de Français). Or, sauf à vivre déconnecté des réalités, notamment économiques (l’ignorance en la matière, y compris de beaucoup d’élus, est trop souvent préoccupante), il n’est pas imaginable de continuer à financer autant de dépenses de manière toujours plus grande, et souvent à fonds perdus. Car n’en déplaise à tous ceux qui ne vont pas manquer maintenant de réclamer de nouveaux plans pour la ville et les territoires, ou autres projets souvent vagues et dispendieux, cela coûtera non seulement très cher, mais ne résoudra en rien les problèmes. Car, c’est bien connu, plus on donne, plus ceux qui reçoivent s’habituent et en demandent encore davantage. Le pire étant que, la plupart du temps, les intéressés n’ont pas le sentiment d’avoir reçu, ou bien qu’ils ont oublié aussitôt ce qu’ils ont perçu, ou bien qu’ils considèrent cela comme une sorte de dû. Et je parle bien là de tous les Français, nourris à la mamelle de l’État, mais ayant pour beaucoup – s’imaginant que les autres ont sans doute plus – le sentiment d’être oubliés. C’est particulièrement caractéristique de beaucoup de quartiers où l’on a assisté à des violences, et où le sentiment semble être répandu que leurs habitants seraient oubliés. Là où, si on oubliait les aides généreuses de l’État, on devrait commencer par se prendre en charge soi-même (sans passer par des trafics illégaux). En matière d’immigration, tout se passe comme si les prestations sociales attiraient inexorablement, mais des flux considérables et incontrôlés de personnes de toutes origines pas toujours désireuses de venir s’installer en France pour d’autres raisons que financières, et pour trop d’entre elles sans aucune volonté de s’intégrer ou au moins de se conformer aux règles de vie du pays. Et, quand cela a été le cas, il est arrivé à la génération suivante que des formes d’ingratitude, de rejet, et d’incompréhension, se développent. Avec toutes les frustrations qu’il y a derrière, souvent issues de malentendus. Et maintenant ? L’argent public pervertit tout. Et nous pouvons craindre que, ne tirant jamais les leçons du passé, les politiques s’engouffrent de nouveau dans de grands plans en grande partie inutiles et impossibles à mener tant ils représentent des sommes gigantesques infinançables pour un État aussi endetté, dont les résultats ne seraient, en prime, aucunement visibles pour les populations concernées, et sans doute en décalage avec les aspirations probablement démesurées de celles-ci. Construire des écoles, des cinémas, des salles de spectacle, des terrains de sport ? C’est justement, avec des restaus du cœur et autres infrastructures au service des populations, des éléments auxquels on s’est attaqué, qui ont été brûlés, pillés, au grand dépit de ceux qui se mettaient au service des populations. Face à ce triste spectacle, on se met à douter de l’intérêt de reconstruire (pour que ce soit ensuite de nouveau détruit ?). Et surtout, cela ne donnerait-il pas le sentiment à ceux qui ont détruit que ce n’est pas grave, puisque la collectivité reconstruira à neuf les mêmes infrastructures ? Alors, des marches citoyennes ? Nous sommes là encore dans la politique et la démagogie. Nous n’irons pas loin ainsi, si ce n’est faire monter encore d’un cran les tensions en laissant croire encore et toujours à certaines populations qu’elles seraient « discriminées ». De la pure manipulation. S’attaquer aux prestations familiales ? On flaire tout de suite, là aussi, les postures, puis les conflits politiques. Cela ne résoudra pas les problèmes de fond, mais peut, il est vrai, constituer déjà une première forme de réponse. Pourquoi, d’ailleurs, s’en offusquer, dans la mesure où il ne s’agit que de l’appliquer à des familles qui ne respectent pas la loi, ni les autres ? Et encore, après bien des tergiversations et une étude au cas par cas. Rien de choquant. Pour rappel, c’est ce qui se pratique déjà par un nombre croissant de chefs d’établissement scolaire (que l’on ne peut suspecter d’être de droite ou d’agir selon des considérations politiques) au sujet des bourses. Avec une certaine efficacité : les élèves et leur famille tiennent, pour beaucoup, à cette aide apportée par l’État, et retrouvent le chemin de l’école lorsqu’il s’agit de toucher à leur porte-monnaie (précisons que ce n’est jamais brutal, mais l’issue d’un processus progressif de rencontres, mises en garde, convocations répétées). Idem pour les formations en alternance, où les établissements qui travaillent main dans la main avec les entreprises partenaires procèdent à des retraits de salaire pour les absentéistes en cours (c’est particulièrement efficace). Et quid du régalien (police, justice, armée) ? C’est dans les circonstances comme celles que nous connaissons en 2023 (guerre en Ukraine, émeutes en France, etc.) que l’on se rend le mieux compte de l’erreur qui a consisté pour notre État – via ses représentants – à vouloir se mêler de tout, au détriment des missions premières qui étaient vouées à l’État à l’origine : assurer la paix, l’ordre et la sécurité. Dans ces trois domaines, on voit désormais au grand jour à quel point nous sommes démunis… En conclusion La saison touristique, qui s’annonçait prometteuse pour la France, risque bien de se trouver en berne. Et avec elle les sources de financement de l’économie et les emplois saisonniers qui auraient dû bénéficier à un certain nombre de personnes (sans compter toutes celles qui ont perdu le leur). Et ne parlons même pas de l’organisation des Jeux Olympiques l’an prochain (on en a le tournis). Il n’existe pas de solution miracle pour remédier aux causes de ce que nous avons vécu avec les émeutes de juin 2023. Sans doute commencer par arrêter de politiser l’affaire (surtout à gauche, désolé de le dire, car certains aiment particulièrement souffler sur les braises et ne pensent décidément qu’à leurs propres visées politiques au lieu de chercher à apaiser et de tenter de débattre pour trouver des solutions). Venir à bout d’un tel marasme et d’une telle inconséquence politique durant plusieurs décennies n’est pas possible à court terme (diminuer drastiquement les prestations sociales offertes à tout-va n’est pas non plus imaginable politiquement à un horizon raisonnable). Seul ce que l’on appelle « le temps long » peut permettre d’endiguer peu à peu le problème (je laisse aux politiques le soin de tenter de se dépatouiller avec l’immédiat). Encore une fois, ce sont les mentalités qui doivent changer profondément. Et forcément, c’est très très long. Encore faut-il avoir la volonté et le courage qui les accompagnent. Une fois encore, la culture et l’éducation me semblent constituer des clés essentielles. Ce sont des constructions lentes et qui mettent en œuvre des mécanismes complexes. Elles sont à la base de tout. Cependant, là encore, malheureusement, nous ne pouvons que constater que les choses vont très mal. Non seulement l’Éducation nationale ne peut pas tout et est assez démunie, mais elle est mal en point et vraiment pas aidée par la démagogie ambiante (ici aussi très politique). C’est là encore un sujet que nous avons déjà plus d’une fois eu l’occasion d’aborder et où il y a vraiment beaucoup à dire. Mais ce sera peut-être l’objet d’une future chronique… En attendant, c’est d’un excès de complaisance que nous souffrons et d’un manque de fermeté en général, venant aggraver une crise des valeurs. D’où
l’importance de la transmission et de l’éducation, mais aussi de
veiller à repenser les politiques d’immigration de sorte que celle-ci
se fasse par une adhésion minimale aux valeurs essentielles que nous
devons partager afin que les choses puissent avoir une chance de
fonctionner.
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