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10.08.2023 - N° 1.355 Énergie : il n’y a pas de marché pur et parfait de l’électricité
Par Loïk Le Floch-Prigent Né à Brest, Loïk Le Floch-Prigent à été Président de Rhône-Poulenc (1982-1986), puis d’Elf Aquitaine (1989-1993) avant d’être à la tête de Gaz de France (1993-1996) et Président de la SNCF (1995-1996). Si le grand public le connaît comme un grand capitaine d’industrie à la carrière tumultueuse, c’est aussi un conseiller fort prisé, un essayiste (Carnets de route d’un Africain, Elytel 2017) et – ce qu’on ne sait guère – un auteur de polars bretons. Il ne faut pas se tromper est son deuxième livre chez Elytel éditions. ![]() Le marché pur et parfait pour l’électricité est un leurre : ce dernier, complexe par nature, subit l’influence des politiques étatiques, l’instabilité des énergies renouvelables. Le marché créé dans les années 2000 était parfaitement artificiel et n’a pas résisté aux crises, surtout pas à la dernière, à savoir les sanctions prises à l’encontre de la Russie par les États de l’Union européenne. L’électricité n’est pas un produit facile Il s’appuie sur un monopole de fait du transport et de la distribution et, par ailleurs, ce sont des électrons en mouvement. L’électricité est donc non stockable, et à chaque instant il faut un équilibre entre production et consommation. Vouloir « protéger » les consommateurs des monopoles structurels n’est donc pas tâche aisée et la solution imaginée par les technocrates de Bruxelles est loin d’être parfaite car elle semble ignorer les caractéristiques du produit électricité. L’électricité peut être produite par un grand nombre d’outils continus ou alternatifs, mais la consommation moderne veut une continuité du service, ce qui exige une centralisation, un mélange, un mix électrique permettant de satisfaire le client. Une multitude d’initiatives peuvent donc être imaginées ou entreprises, mais elles ont besoin d’un raccord pour ne pas interrompre les utilisations, et donc ne pas fâcher les utilisateurs par ce que l’on nomme des délestages. C’est ce qui a conduit les États à investir dans de grandes unités de production : charbon, fioul, gaz, hydraulique, nucléaire, tout en favorisant les solutions marines, éoliennes, solaires et méthanisation comme la géothermie. Chaque pays dispose d’un organe central qui permet d’assurer une régularité de l’approvisionnement au maximum de la population et des entreprises. L’initiative privée qui se voudrait libre de ses investissements et de ses prix de vente trouve donc sur son chemin des instances régulatrices nombreuses et malheureusement structurelles, c’est-à-dire liées au produit livré. Quel que soit le mode de production il y a donc nécessairement négociation avec un ou des organes étatiques… Le marché à envisager n’est donc ni pur ni parfait ! Se satisfaire de l’existence et de la pérennité de monopoles ou d’oligopoles est aussi contestable car la population renâcle vite à ce qui lui apparaît la constitution d’un État dans l’État. Ainsi l’Union européenne a décidé… De ne pas décider, et donc de laisser à chacun des pays l’organisation de son secteur électrique, et plus largement énergétique, comme il le souhaitait, en ouvrant cependant la lutte contre l’existence de monopoles, et en demandant la séparation entre les activités de production, de transport et de distribution. Avec pour résultat en France, l’éclatement d’EDF en trois entités :
L’invention dans ces conditions d’un marché de gros et de marchés à termes ne peut être qu’une construction intellectuelle, d’autant qu’elle se heurte d’emblée à une politique souhaitée par la poussée écologique de voir se multiplier les énergies dites renouvelables, solaire et éolienne. Celles-ci sont intermittentes, mais aussi aléatoires. Pour être rentabilisées, elles exigent donc une priorité sur le réseau, et un doublage par des installations pilotables pour éviter les ruptures d’approvisionnement. Ce doublage est aisé avec les sources thermiques, gaz, charbon et fioul, ou hydraulique. Il est beaucoup plus difficile avec le nucléaire qui est une base dont la flexibilité n’est pas évidente. Elle est surtout fâcheuse pour la longévité et la sécurité des installations. Autrement dit, autant si on dispose d’une grande quantité d’unités thermiques, les fameuses ENR, sont une solution qui permet de ralentir la consommation d’énergie fossile sans drame, autant si la production repose grandement sur le nucléaire, il ne faut pas lui adjoindre trop d’ENR intermittentes et aléatoires. On voit donc là le divorce entre deux politiques énergétiques effectivement contradictoires. C’est l’histoire du divorce franco-allemand énergétique et l’impossibilité de revenir à une politique unique. Non seulement est-il difficile de concevoir dans un pays un marché de l’électricité, mais c’est encore plus vrai dans le contexte orthogonal de la France et de l’Allemagne. Mais même en restant dans un seul pays à politique unique il est difficile de concevoir un marché contraignant des monopoles à accepter des initiatives parallèles puisque la régulation vient rattraper la politique des investissements avec des tarifs garantis. Les ENR intermittentes et aléatoires ne peuvent trouver des investisseurs privés qu’avec tarifs, de même pour le nucléaire comme on l’a vu au Royaume-Uni et en Californie. Dans les pays qui ont inventé le marché de l’électricité pur et parfait, il est tordu dès que la nécessité de l’approvisionnement est mis en avant car les pays développés ont besoin d’une électricité abondante, bon marché et souveraine pour maintenir leur prospérité. Cette réalité vient jeter aux orties leur idéologie d’un marché pur qui protègerait le consommateur. Pour faire revenir au premier plan son industrie, les États-Unis vont proposer une énergie électrique abondante et bon marché, oubliant les conditions économiques de sa production. L’Allemagne essaie de résister avec des boucliers qui ne portent pas ce nom ! Le pragmatisme; c’est souvent l’hypocrisie ! En ce qui concerne la France, il faut revenir à l’existence d’un outil unique au monde, nos investissements hydrauliques et nucléaires qui nous garantissent aujourd’hui une compétitivité industrielle sans artifices. Nous sommes entrés vers 2010 dans un pacte européen défavorable demandant à subventionner le solaire et l’éolien, ce qui nous inflige la double peine d’augmenter artificiellement nos prix, alors que nos coûts de production restaient les plus faibles d’Europe. Il est temps d’ouvrir les yeux, personne n’atteindra le Graal du marché de l’électricité pur et parfait. En
attendant, regardons l’intérêt des Français, particuliers comme
industries, et essayons collectivement d’utiliser au mieux cet avantage
national que nos politiques précédentes nous ont laissé en héritage.
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