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08.06.2023 - N° 1.312

Mixité scolaire : entre égalité et liberté, il faut choisir
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Par Anne Coffinier

Ancienne élève de l’ENS d’Ulm et de l’ENA, ancienne diplomate, Anne Coffinier se consacre depuis 2007 à la réforme du système éducatif français en tant que fondatrice puis directrice générale de la Fondation pour l’école.



En ce qui concerne la liberté éducative et la mixité sociale, il faut repenser les solutions pour préserver les classes moyennes et promouvoir l’égalité.

Pap Ndiaye a affirmé vouloir faire de la mixité et de l’égalité des chances ses priorités pour l’école.

Outre ses mesures concernant l’enseignement privé, il a prévu d’égaliser les profils sociaux des élèves d’une école publique à une autre. L’objectif fixé par le ministre est de réduire de 20 % d’ici 2027 les différences sociales entre écoles publiques. Pour cela, aucun instrument contraignant n’est imposé, mais il cite la possibilité de redécoupages de la carte scolaire pour mixer les quartiers d’origine ou la fixation de quotas sociaux imposés au niveau de chaque établissement.

L’adoption du plan mixité scolaire

Arrêtons-nous sur ce volet public du plan mixité qui vient d’être adopté.

L’idée sous-jacente – qui n’a au passage rien d’évident- est qu’on octroie l’égalité des chances de chaque enfant en mixant davantage les origines sociales dans un établissement donné. En mettant ensemble des enfants d’origines et de niveaux scolaires différents, on égaliserait leur avenir scolaire et leur future réussite professionnelle.

En France, qu’a-t-on fait pour la mixité scolaire ?

On prétend que l’objectif de la carte scolaire, créée en 1963, était d’assurer une mixité sociale au sein de chaque école publique. Cela ne l’a jamais été. La forte ségrégation géographique en France entre les riches et les pauvres a même rapidement transformé cette carte en un véritable accélérateur d’inégalités sociales et scolaires.

En 2016, en mélangeant pour un collège donné des élèves de quartiers socio-économiquement très différents, la réforme d’Affelnet par Najat Vallaud-Belkacema été l’une des premières tentatives réelles d’avancer sur cette voie. Pap Ndiaye, spécialiste de l’histoire des minorités aux États-Unis, a surtout en tête le modèle américain du busing. Le problème est que cela remonte à 50 ans en arrière (excusez du peu !) et que cette politique a donné des résultats très mitigés.

On s’en souvient, c’était une politique visant à la déségrégation scolaire (avant tout ethnique) grâce à une politique de transports scolaires consistant à déplacer des enfants des quartiers pauvres et noirs vers les établissements blancs des classes moyennes des banlieues résidentielles.

Expérimentée d’abord aux États-Unis en 1971 dans la ville de Charlotte (Caroline du Nord), elle a été très utilisée du milieu des années 1970 jusqu’aux années 1990, malgré les réticences de la population.

Le journal Libération fait une critique sans appel de cette politique américaine, dans un article paru en 2008 :

« Créé pour tenter d’insuffler une mixité raciale dans certaines écoles, le busing consistait à amener les meilleurs éléments noirs dans des écoles blanches.
Le résultat a été catastrophique : les familles blanches ont retiré leurs enfants pour les mettre dans le privé, créant de nouvelles écoles ghettos.
Les États-Unis ont depuis abandonné le système. ».


Les deux effets pervers et prévisibles ont été de décapiter les têtes de classe des établissements publics de quartiers défavorisés suite au départ des bons éléments vers de meilleurs établissements ; et la multiplication des stratégies d’évitement des classes moyennes, déménageant ou ralliant l’enseignement privé.

Cette politique du renforcement forcé de la mixité sociale à l’école a déclenché surtout une explosion généralisée de l’hypocrisie dans la société. La plupart des parents des classes moyennes et supérieures (y compris d’ailleurs d’origine immigrée) n’ont pas envie que leurs enfants fréquentent des enfants d’origines sociales, culturelles et religieuses différentes (hormis dans les cas des établissements ou sections internationales sélectifs et coûteux qui mélangent une élite scolaire et socio-économique).

Mais ils ne le reconnaitront pas au grand jour.

Ils brandiront des prétextes pour justifier leur évitement : choix de la méthode Montessori, désir d’un suivi personnalisé, souci d’un bilinguisme précoce, option rare, double cursus…

Comment déségréguer sans faire fuir les classes moyennes ?

La seule vraie question qui se pose est donc de savoir comment mener une politique de déségrégation sociale sans faire fuir les classes moyennes. C’est compliqué.

Ainsi, la gentrification des quartiers originairement défavorisés s’accompagne généralement d’un remplacement de population, et non pas d’une mixité accrue. La redéfinition de la carte scolaire ou l’imposition de quotas se traduisent par une fuite des classes moyennes et supérieures vers le privé ; et si demain le privé sous contrat est intégré à cette politique de mixité contrainte, ce sera vers le privé hors contrat.

Il y a bien sûr des moyens de contraindre les récalcitrants à la mixité.

Aux États-Unis, pour la déségrégation raciale, de nombreuses écoles ont eu par exemple recours à la loterie pour neutraliser les déterminismes géographiques et donc raciaux, s’imposant de recruter par exemple un tiers de blancs, un tiers de latinos, et un tiers de noirs. Des organisations financent et organisent ces politiques, à l’instar de New York Appelseed.

Mais toutes ces politiques font peu de cas de notre précieuse liberté éducative. On peut pourtant imaginer une politique de mixité sociale conçue tout différemment. Cela consiste à inciter à l’émergence d’écoles à projet pédagogique attractif, capables d’attirer des familles de tous milieux et toutes origines, à l’instar de ce que sont la plupart des écoles indépendantes. C’est là qu’entre en jeu la question du prix des scolarités. La Fondation Kairos pour l’innovation éducative-Institut de France délivre des bourses pour permettre l’intégration d’élèves motivés à ces écoles indépendantes. Rappelons que ces dernières n’ont d’autre choix que d’être payantes pour être libres.

Un sondage IFOP-Fondation Kairos publié le 22 mai dernier montre que les Français sont très conscients (six sur dix) de la réalité inégalitaire de notre système public. C’est vrai à droite comme à gauche, dans le public comme le privé, en ruralité comme en ville. Ils sont 56 % (et même encore plus parmi les usagers de l’Éducation nationale ou les classes moyennes) à être désormais convaincus que l’État ferait progresser l’égalité des chances s’il permettait aux plus défavorisés d’accéder à l’école publique ou privée de leur choix, en prenant en charge tous les frais de scolarité et en supprimant la carte scolaire.

C’est une évolution décisive que met en lumière la Fondation Kairos pour l’innovation éducative-Institut de France.

La base politique nécessaire existe donc pour déployer des politiques favorisant
le libre choix de l’école.


Pour obtenir l’égalité, les Français sont aujourd’hui prêts à renforcer la liberté.


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