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05.06.2023 - N° 1.309

L’illusion de la réforme des retraites :
un schéma de Ponzi en sursis

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Par Yves Bourdillon

Yves Bourdillon est journaliste au service international du quotidien Les Echos. De formation ingénieur agronome et Sciences Po, il est aussi écrivain, auteur notamment d'un essai sur les risques terroristes des armes nucléaires, biologiques et chimiques aux édition Ellipses et de trois romans.



Le projet de loi du groupe LIOT menace la réforme des retraites soutenue par la Macronie. Pour Yves Bourdillon, cela ne serait pas forcément une mauvaise nouvelle. L’insoutenabilité évidente du système par répartition appelle,
non pas à une réforme paramétrique, mais à l’instauration
d’un système de retraite par capitalisation.

Le projet de réforme des retraites sur laquelle la Macronie a misé tout son crédit est menacé par le projet de loi du groupe LIOT, le 8 juin à l’Assemblée. Mais cette réforme est-elle au moins nécessaire, ou utile ? La réponse est malheureusement triplement négative.

Une gifle menace la majorité. Si les récentes procédures initiées par les députés Renaissance ne parviennent pas à empêcher le vote, il n’est pas improbable que le 8 juin, une coalition inattendue de députés du RN, de LFI et d’une petite moitié des députés LR vote en faveur du projet de loi du groupe centriste et outre-mer LIOT, portant annulation de la réforme des retraites.

Certes, à cause, notamment, du vote ultérieur du Sénat, ce vote aurait peu de chance d’aboutir à un retrait de cette réforme sur lequel le gouvernement a misé tout son crédit politique, comme un joueur de poker faisant tapis, afin de faire oublier qu’il n’a pas instauré une seule réforme d’envergure en six ans. Les amateurs de psychodrame, voire de crise de régime, pourront se régaler au spectacle de la déconfiture d’un exécutif invoquant l’article 40 de la Constitution pour empêcher un nouveau vote, ou ayant eu un recours compulsif à l’article 49-3 (sans équivalent dans une Constitution démocratique, et pour cause, puisqu’il permet de faire passer une loi sans vraiment la voter au Parlement, principe pourtant fondamental de la démocratie depuis quatre siècles).

Enjeu, un septième du PIB, vice record du monde

Mais l’essentiel est ailleurs, et touche à la viabilité d’un régime de retraite absorbant l’équivalent d’un septième du PIB, record du monde derrière l’Italie.

En clair, le report de l’âge minimum de départ en retraite à 64 ans pour rétablir les comptes est-il utile et salutaire ? Malgré les arguties des partisans du projet ayant enfin découvert les contraintes de la science sociale ultime, la démographie, pourtant évidentes depuis des décennies, la réponse est non. Trois fois non.

Passons sur l’injustice qui consiste à demander des efforts supplémentaires à ceux qui travaillent et aucun aux retraités actuels, qui bénéficient pourtant d’un revenu supérieur à celui des actifs, cas sans équivalent au monde et inédit dans l’histoire de notre pays.

Tout d’abord, la réforme entraînera 12 milliards d’économies par an à l’horizon 2030. Soit 0,75 % des dépenses publiques, alors que le même gouvernement a claqué… trois cents fois plus pour le quoiqu’il en coûte d’un confinement inutile. Et qu’il distribue parallèlement des milliards pour acheter l’assentiment des contestataires. La sincérité et la cohérence du gouvernement en matière de dépenses ne saute donc pas aux yeux.

Un régime bien moins éthique qu’il n’y paraît

Ensuite, il s’agit d’éviter la banqueroute d’un système, la retraite par répartition, difficile à défendre sur le plan éthique, et au demeurant pas du tout instauré par la Résistance, contrairement à une légende urbaine, mais esquissée par… Pétain, eh oui, par décret de mars 1941.

En effet, sous la jolie formule de solidarité intergénérationnelle, il s’agit en fait pour la génération N de racketer la génération N+1 en la consolant par la perspective de pouvoir faire de même avec la N+2.

Ne sauvez pas le schéma de Ponzi

Enfin, cette réforme ne sauve pas du tout le régime par répartition à long terme.

Elle prolonge juste l’agonie de ce véritable « schéma de Ponzi » où les prestations sont payées par les nouveaux entrants jusqu’au jour où on en viendra à manquer de pigeons à plumer. Un rappel : la retraite par répartition a été instaurée à une époque où chaque couple avait trois enfants et où on s’arrêtait de travailler à 65 ans, c’est-à-dire à peu près l’âge de l’espérance de vie à la naissance. Aujourd’hui, 1,8 enfant par femme, espérance de vie de 82 ans, qui progresse de… deux mois par an depuis trente ans. Les paramètres ne sont plus du tout les mêmes.

L’effet comptable de ce report de deux ans de l’âge légal de départ, en fait neuf mois en moyenne compte tenu des dérogations, sera donc « annulé » par celui, au demeurant bienvenu, de l’espérance de vie d’ici 4 ou 5 ans. Il faudra tout recommencer en 2027, cadeau d’accueil au prochain président, tiens, tiens.

Dernier point, si vous persistez à penser que la répartition mérite tant que ça d’être sauvée.

Comparez la retraite de deux travailleurs, percevant chacun le salaire moyen actuel en France, soit environ 3000 euros brut par mois : Pascal, bénéficiant du régime en vigueur, et Camille, dont la retraite serait, elle, fondée sur la capitalisation. Le premier a cotisé l’équivalent de 27,5 %, soit 825 euros par mois, de son salaire total, qui lui donnera droit, s’il a commencé à travailler à 20 ans et part à 65 ans, à une retraite de 1500 euros net. Camille a épargné, lui, sur un compte bloqué la même somme de 825 euros chaque mois, ce qui sur 45 ans va constituer (vous pouvez vérifier aisément via un calculateur d’épargne) un pécule de 815 000 euros s’il est rémunéré à 2,5 %, hypothèse fort prudente. Ce pécule lui permettra alors de se verser jusqu’à sa mort une rente de 1700 euros par mois. Mieux que Pascal. Il pourra aussi léguer ce capital à ses proches, ou, pourquoi pas, à un fonds chargé de capitaliser l’industrie.

Au fait, malgré des hauts et des bas (elle n’est pas à l’abri d’un krach… comme d’ailleurs la retraite par répartition qui peut être engloutie par un épisode d’hyperinflation) la Bourse a donné un rendement net de 6 % par an durant les 45 dernières années.

Cela aurait permis à Camille de se constituer un capital de 2,14 millions d’euros, lui versant une rente de… 3500 euros par mois. En gros, si vous partez en retraite aujourd’hui, vous vous êtes fait bien avoir…


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