![]() Toutes les news c'est ici Contact
Abonner un(e) ami(e) Vous abonner Qui sommes nous ? |
29.05.2023 - N° 1.302 Pour aider les classes moyennes, il faut revaloriser le travail
Par Jean-Philippe Delsol ![]() Jean-Philippe Delsol est avocat fiscaliste, Président de l'IREF, Institut de Recherches Économiques et Fiscales. ![]() Les
baisses d’impôts annoncées par Emmanuel Macron en faveur des classes
moyennes sont-elles une solution durable ou simplement une réponse
politique à un débat inabouti sur les retraites ? Pour faire oublier le débat inabouti sur les retraites, le 15 mai, M. Macron a annoncé deux milliards de baisses d’impôts en faveur des classes moyennes. Il veut aider ceux qui sont « trop riches pour être aidés et pas assez riches pour bien vivre ». C’est une bonne idée, mais il ne les aidera pas durablement en leur donnant de nouvelles aides. Il a parlé de baisse d’impôt mais les modalités de ce geste coûteux ne sont pas encore arrêtées : «
Je ne veux pas ici fermer des portes parce qu’il peut y avoir des
choses intelligentes à faire sur une partie des charges que vous payez,
des cotisations que vous payez quand vous êtes salarié ».
Au cours des six dernières années, il a déjà réduit l’impôt sur le revenu de 4 milliards d’euros en 2019, supprimé les cotisations chômage salariales, la taxe d’habitation, la redevance… Mais les effets sont modestes. Des effets de seuil « La fiscalisation des revenus des classes moyennes est trop importante et s’accélère trop vite », a estimé Emmanuel Macron dans une interview donnée à L’Opinion. Il voudrait lever les effets de seuils qui font que les salariés qui gagnent de 1,5 à 2,5 SMIC profitent peu d’éventuelles hausses de salaires parce qu’une grande partie est compensée par la réduction de la prime d’activité ou de certaines allocations, ainsi que par la hausse des charges sociales et des impôts. En effet, observe Denis Ferrand, directeur général de l’institut Rexecode, dans une note datée de 2022, « Pour un salarié seul dont la rémunération passerait de 1,4 à 1,5 SMIC, seuls 26,8 % de l’augmentation brute obtenue seraient conservés ». Il a calculé, dans le cas des couples dont l’un des membres reprendrait le travail, que « pour le second membre d’un foyer qui serait rémunéré à deux tiers du revenu moyen alors que l’autre membre du foyer est rémunéré à hauteur du revenu moyen, 40 % du revenu additionnel ferait l’objet d’un prélèvement ou d’une moindre prestation sociale ». L’augmentation du salaire d’un smicard est aussi très pénalisante pour l’employeur compte tenu de la dégressivité des réductions de charges sociales patronales. Passer de 1 à 1,1 SMIC se traduit par 136 euros de salaire brut supplémentaire mais par plus de 400 euros de coût du travail selon le simulateur de cotisations Urssaf. La réalité est que plus il y a d’aides publiques, plus la rémunération du travail est faussée et, de ce fait, perturbée. Il s’ensuit que l’augmentation des salaires devient très onéreuse, voire qu’employés et employeurs attendent davantage des aides que du salaire. Les incitations au travail en sont significativement amoindries. La mobilité professionnelle se réduit et l’espoir des classes moyennes de grimper dans l’échelle sociale est affecté, comme l’envie de travailler. C’est sans doute une partie de l’explication de la révolte française contre le report de l’âge de départ à la retraite. L’élévation des seuils n’aura qu’un effet de déplacement des seuils. Les cliquets négatifs joueront à un autre niveau, mais ils continueront d’opérer négativement. Revaloriser le travail Denis Ferrand faisait encore remarquer, lors des Rencontres du CESE – Le Travail dans tous ses états – en ce mois de mai 2023, que le taux marginal effectif moyen de prélèvement est de 56,5 % en France. Cela signifie qu’après prise en compte des prélèvements et prestations, un salarié bénéficie en moyenne de 43,5 % de la hausse de sa rémunération entendue en termes de coût du travail. Trop de salariés sont au SMIC (15 %) et l’écart entre le revenu net minimum et le revenu net médian est trop faible, le plus faible des pays de l’OCDE, réduisant l’incitation à l’offre de travail. S’y ajoute le fait que le système d’aides sociales est illisible avec 15 prestations de solidarité octroyées en fonction de 15 bases de ressources différentes. Le calcul d’entrée dans l’impôt sur le revenu n’est pas plus lisible avec des décotes, des crédits d’impôt et une foultitude de niches. Alors que nos charges sociales sont les plus élevées de l’OCDE et peut-être du monde, et que les impôts atteignent des sommets tant pour les employés que pour les employeurs, c’est tout notre système social et fiscal qu’il faut remettre à plat. À cet effet, quatre mesures radicales permettraient de rendre de la lisibilité, de responsabiliser les individus, de simplifier le système et d’augmenter le revenu disponible :
Mais
sans cet effort, la France restera à la traîne des pays développés,
écrasée sous l’énorme poids de ses prélèvements obligatoires.
______________
| |||||
Qui
sommes-nous ? Nous écoutons, nous lisons, nous regardons... C'est parfois un peu ardu, et les news peuvent demander de l'attention. Mais elle sont souvent remarquables ! Nous vous proposons cet article afin d'élargir votre champ de réflexion et nourrir celle-ci. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Nous ne sommes nullement engagés par les propos que l'auteur aurait pu tenir par ailleurs, et encore moins par ceux qu'il pourrait tenir dans le futur. Merci cependant de nous signaler par le formulaire de contact toute information concernant l'auteur qui pourrait nuire à sa réputation. Bien sûr, vos commentaires sont très attendus. ![]() |