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25.04.2023 - N° 1.268 Les limites du système social français mises en lumière par la crise des retraites
Par Xavier Fontanet Xavier Fontanet est un chef d'entreprise français. Ancien président du groupe Essilor, il est membre du conseil d'administration du Groupe l'Oréal, Schneider Electric et du Centre des Professions Financières. Il enseigne à HEC Paris. ![]() La
crise des retraites en France met en lumière les limites du système
social, où l’État s’est progressivement imposé comme le principal
acteur, politisant les syndicats et générant une perte de la notion des
coûts chez les citoyens.
La
retraite ! Il fallait évidemment faire quelque chose, ne jetons pas la
pierre au gouvernement ! Et c’est forcément compliqué de demander aux
gens de travailler plus.
Il n’empêche que ça aurait dû se passer mieux. Réfléchissons aux raisons de cette tourmente qui a surpris tous nos voisins européens et comment améliorer notre fonctionnement dans le domaine social. Les retraites dans le domaine social Nous sommes en effet dans le domaine social dont l’origine remonte au XVIe siècle avec Vincent de Paul qui s’est engagé dans la fondation de congrégations et d’œuvres sociales religieuses (enfants abandonnés, accidents de la vie, hospitalisations…). Les grandes entreprises ont, elles aussi, investi le domaine, initiative très injustement qualifiée de paternalisme. Puis, progressivement, l’État s’est saisi du sujet. On a connu plus tard la naissance des syndicats patronaux et salariés. Progressivement, la sphère sociale a été gérée, dans le cas européen, par une sorte de ménage à trois. C’est évidemment en France que l’État est devenu le plus actif et c’est ce qui explique les 57 % (avant le covid) de sa sphère publique et sociale (25 % pour le régalien et 32 % pour le social : record du monde). Les préoccupations financières ont renforcé l’emprise de l’État : « je comble les trous des caisses mais j’ai un droit de regard sur ce qui se passe dans vos réunions ». Petit à petit, nos concitoyens ont pris l’habitude de déléguer à l’État de plus en plus de responsabilités : « avec les impôts que je paye, je ne vais pas en plus m’occuper de tout cela ! ». On a vu très vite venir les exhortations de l’État et du politique : « là, il y a un problème, je laisse syndicats et patronat discuter, et s’ils ne parviennent pas à se mettre d’accord, je légifère. » Puis est arrivé le funeste concept de l’État providence, qui a donné la fausse impression que l’argent tombait du ciel. Le « quoi qu’il en coûte » du covid n’a pas arrangé les choses, les Français ayant complètement perdu la notion des coûts du système social. Plus grave encore, cette implication de l’État a politisé les syndicats, ravis de ce nouveau champ d’action qui leur était offert : interagir directement avec les politiques, et ce, d’autant plus qu’ils avaient de moins en moins de support dans l’entreprise. Il y a 50 ans, 30 % des employés étaient syndiqués, aujourd’hui, ils sont moins de 10 %. L’État a évidemment compensé la baisse des cotisations par des aides financières pas toujours très lisibles : un audit général communiqué au grand public ne ferait pas de mal à la démocratie. La grève Une incidence dans toute cette affaire, le droit de grève a évolué : on ne devrait pas utiliser le même mot pour qualifier une grève des employés voulant améliorer leur situation financière dans le cadre de l’entreprise et l’action d’un syndicat utilisant son monopole sur une profession dans un domaine indispensable à la vie des Français (essence ou transport), pour peser sur une discussion parlementaire en empoisonnant la vie des concitoyens. Ce mélange des genres met en danger notre démocratie, sans parler du levier donné aux Black Blocs lors des manifestations. Les problématiques réelles de la retraite Les limites du système sont aussi apparues dans la présentation des problématiques de la retraite puisque les considérations financières ont été pratiquement absentes. Impossible de savoir si le système est en équilibre, si les déficits étaient de l’ordre de 10 milliards ou plutôt entre 30 et 40 milliards comme annoncé par le Commissaire au plan. Le rapport du COR n’a pas été expliqué au public et a été considéré obscur par ceux qui l’ont lu, le qualifiant même de sorte d’auberge espagnole où on trouvait toujours des chiffres permettant de défendre n’importe quelle thèse. Une seule chose est sûre : partout ailleurs dans le monde, on part au plus tôt à 65 ans et l’allongement a été admis sans difficulté. Le cas emblématique est celui de l’Allemagne : pourquoi cela s’est-il si bien passé ? Schroeder était aux commandes ; les dépenses publiques allemandes étaient montées à 57 % du PIB, essentiellement dans le cadre du rattachement de l’Allemagne de l’Est. Schroeder a jugé ces niveaux de dépenses trop élevés et a annoncé qu’il fallait les baisser de 12/13 points. Il a commencé à expliquer que l’argent manquait, il a convaincu et a maintenu sa politique, en prévenant que l’État ne comblerait plus le déficit des caisses de retraites. Il a ensuite a invité patrons et syndicats à régler eux-mêmes le problème et tout s’est passé très rapidement ; l’âge de départ à la retraite a été repoussé à 65 ans et les citoyens, confrontés à la réalité des chiffres ont adopté une posture raisonnable. L’État doit se recentrer Une leçon simple à tirer de cet épisode : l’État doit se recentrer. Il y a trois domaines dans l’économie : l’économie privée, l’État (régalien par nature) et la sphère sociale. Dans la très difficile période qui s’ouvre sur le plan géopolitique, l’État doit placer toute son énergie dans ses fonctions régaliennes : armée, affaires étrangères, police, justice, immigration. La tâche est immense et le travail sera dur, très dur. Le domaine social doit être impérativement redonné aux syndicats et au patronat, qui ont montré récemment qu’ils pouvaient tout à fait se mettre d’accord sur un sujet pointu : le partage de la valeur. Revenons à des formules très simples, celles que nous enseignaient nos parents et grands-parents : « qui trop embrasse, mal étreint » et « à chacun son champ, les vaches sont bien gardées ». Les responsabilités seront mieux définies, chacun saura ce qu’il a à faire. Cette
redistribution des rôles simplifiera les choses, elle permettra aux
entreprises de redonner toute leur mesure (la plus grande d’entre
elles, le CAC40, montre de quel bois notre sphère privée est faite), et
au Parlement de retrouver son rôle.
Et la confiance reviendra.
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