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20.04.2023 - N° 1.263

La transition écologique va produire du chômage

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Par Philbert Carbon





Mais la transition écologique n’a pas qu’un coût économique,
elle a aussi un coût social.

Des étudiants présents dans les défilés contre la réforme des retraites, interrogés par le magazine Marianne, faisaient le lien entre la « casse sociale » et la « cause environnementale ».

Pour eux, la réforme du gouvernement est une « hérésie, tout comme l’immobilisme dans la lutte contre le changement climatique ». Ils ont raison de rapprocher « casse sociale » et politique écologique, mais le lien entre les deux n’est pas celui qu’ils croient.»

Une étude montre que « La transition écologique pourrait avoir un coût social important ».

Le coût exorbitant des politiques écologiques

Nous savions que la transition écologique imposée à marche forcée allait nous coûter très cher.

Le célèbre militant écologiste Jean-Marc Jancovici n’a-t-il pas calculé que si nous passions à 100 % d’énergie renouvelable, l’électricité coûterait six à huit fois plus cher qu’avec le nucléaire ? Elle pourrait ainsi peser jusqu’à 30 % du budget des ménages français, voire davantage si l’on prend en compte le coût de l’électricité pour les entreprises qui sera inclus dans le prix des produits et services.

De son côté, la Bank of America a estimé que la neutralité carbone coûterait 130 000 milliards d’euros d’ici 2050 (une année et demi de PIB mondial), soit 17 000 euros par habitant de la Terre ! Une somme proprement astronomique dont on se demande qui va, et surtout qui pourra, la payer. D’autant plus que, toujours selon la Bank of America, l’inflation devrait se maintenir à un niveau élevé afin de financer l’augmentation du bilan des banques centrales.

Mais la transition écologique n’a pas qu’un coût économique, elle a aussi un coût social. Le passage au tout électrique dans l’automobile pourrait supprimer 500 000 emplois en Europe. Rien qu’en France, 100 000 emplois seraient concernés. Pour mémoire, rappelons qu’entre 1975 et 1987 la restructuration de la sidérurgie française avait entraîné la suppression de plus de 80 000 emplois et englouti 100 milliards de francs (soit 46 milliards d’euros d’aujourd’hui) de subventions publiques, dont 80 milliards de francs (37 milliards d’euros) pour l’accompagnement social des licenciements.

La crise qui se profile dans l’automobile serait donc plus importante que la restructuration de la sidérurgie des années 1980. Cependant le pire n’est jamais sûr : les constructeurs allemands qui défendent le carburant de synthèse sauveront peut-être en partie le moteur thermique.

Bien sûr, les partisans de la voiture électrique nous promettent des créations d’emplois, en particulier dans les « giga-usines » de batteries. Pour l’instant, les trois usines prévues en France (largement subventionnées) ne créeraient que 7500 emplois directs et 15 000 indirects selon les prévisions les plus favorables. Pas de quoi compenser les emplois détruits. Surtout que selon la Commission européenne entre 35 et 40 % de l’ensemble des emplois pourraient être touchés par la transition écologique.

Pour apprécier les conséquences sociales de cette transition, il est intéressant de se pencher sur les restructurations industrielles récentes. C’est ce qu’a fait le Centre d’études prospectives et d’informations internationales (Cepii), un organisme dépendant du Premier ministre, avec une note intitulée « Vingt ans de plans sociaux dans l’industrie : quels enseignements pour la transition écologique ? ».

Les restructurations aux conséquences sociales importantes

Les auteurs de la note, Axelle Arquié et Thomas Grjebine, affirment :

« La transition écologique constitue un nouveau défi pour le tissu industriel et pour le marché du travail. Elle bouleversera à la fois les modes de production et les rapports de force commerciaux. […] Une insuffisante adaptation à la transition, ou une mauvaise spécialisation, pourrait déstabiliser l’industrie française, déjà mise à l’épreuve par la désindustrialisation. Les effets sur le marché du travail dépendront de ses capacités à s’ajuster, et les plans sociaux intervenus dans l’industrie entre 1997 et 2019 permettent d’anticiper ce qui pourrait advenir. »

Quels ont été les effets des plans sociaux ? La note du Cepii en relève trois principaux, relatifs à l’emploi, au salaire et au tissu économique local.

Tout d’abord, les salariés licenciés ont des difficultés à retrouver un emploi :

« Une part importante des salariés rencontre des difficultés à retrouver un emploi stable. En France, près de 40 % des salariés licenciés dans le cadre d’un plan social dans l’industrie ne sont plus en emploi (véritable emploi au sens de l’Insee) un an après le licenciement et plus de la moitié six ans après ».

Ensuite, les auteurs de l’étude ont également observé que les salariés peu qualifiés ont un salaire inférieur de 38 % un an après le plan social et de 10 % inférieur six ans après, là où les qualifiés ne subissent quasiment aucune perte de salaire. Si un salarié retrouve un emploi dans le secteur des services, son salaire est en moyenne 58 % inférieur à celui d’un salarié non licencié du même secteur, dans une entreprise de même taille et aux caractéristiques professionnelles (salaire, ancienneté, CSP) semblables aux siennes avant le plan social.

Enfin, les établissements dans lesquels les salariés retrouvent un emploi ont une valeur ajoutée plus faible, emploient moins de salariés, ont une forte proportion de CDD ; et sur les six années après le plan social le taux d’investissement y est en moyenne 36 % inférieur à celui des établissements des salariés non licenciés. Or, nous disent Axelle Arquié et Thomas Grjebine, « un moindre investissement aujourd’hui risque de conduire à moins de croissance demain. Par ailleurs, dans la zone d’emploi après un licenciement massif, les parts d’intérimaires et de CDD dans l’emploi total sont respectivement 21 % et 47 % plus élevées six ans après le plan social. Le taux de chômage y est, quant à lui, supérieur de 12% à celui d’une zone non touchée ».

Pour les auteurs de la note, « l’expérience de la désindustrialisation montre que les salariés et les territoires sont durablement affectés par un choc négatif sur le marché du travail et qu’il a été très difficile, voire impossible, pour les politiques publiques de réellement cibler les personnes touchées. En conséquence, compenser les perdants de la transition écologique, comme on espérait pouvoir le faire dans les années 2000 pour les perdants de la mondialisation, ne peut suffire ».

Par conséquent, il n’y aurait pas d’autre solution que « de développer des politiques permettant de concilier décarbonation et renforcement des tissus industriels », autrement dit de déverser toujours plus d’argent public.

Libéraliser avant de réindustrialiser

L’étude est intéressante mais il nous semble qu’elle passe à côté de l’essentiel.

En effet, les auteurs y critiquent la destruction créatrice schumpétérienne qui ne serait qu’une hypothèse fausse puisque les plans sociaux « n’ont pas permis de réallocations de main-d’œuvre bénéfiques pour l’économie locale ».

Cette vision découle d’un diagnostic erroné des raisons ayant poussé les entreprises à licencier, voire à fermer des usines. Pour les auteurs, les restructurations sont principalement le fait du progrès technique, notamment de l’automatisation, et de la concurrence internationale.

Balayons très vite l’argument de l’automatisation qui ne tient pas.

Comme l’ont rappelé Aghion, Antonin et Bunel dans Le pouvoir de la destruction créatrice, « une hausse de 1 % de l’automatisation dans une usine augmente l’emploi de 0,25 % au bout de deux ans et de 0,4 % au bout de dix ans… même pour les travailleurs industriels non qualifiés ». L’automatisation entraîne aussi une augmentation des ventes et une baisse des prix. Aucune révolution technologique, écrivent-ils, « n’a produit le chômage de masse que certains avaient anticipé ». L’Iref a d’ailleurs souvent montré que les pays les plus robotisés étaient ceux qui avaient le moins de chômeurs.

L’argument de la concurrence internationale est plus pertinent.

Mais si « entre 1970 et 2021 la part, en France, du secteur manufacturier dans le PIB a chuté de 23 % à 10 %, et celle dans l’emploi de 29 % à 11 % », c’est surtout parce que la France avait – et a encore largement – une fiscalité et un coût global du travail trop élevés, une bureaucratie tentaculaire, des normes et des réglementations envahissantes, qui entravent l’entreprenariat et corsètent l’innovation.

Les auteurs oublient également de mentionner le coût et la durée des restructurations – en moyenne un an dans une grande entreprise en France pour un coût de 200 000 euros par personne – qui sont de véritables repoussoirs pour les investisseurs et les entrepreneurs. On pourrait aussi citer l’attitude de certains salariés qui, sous la houlette des syndicats, manifestent violemment et parfois dégradent l’outil de travail, séquestrent les dirigeants de l’entreprise, voire menacent de faire sauter l’usine. Dans ces conditions, comment espérer séduire un nouvel employeur ?

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, la destruction créatrice schumpétérienne ne peut se produire tant que nous n’aurons pas changé de politique. Plutôt que de distribuer des subventions qui ne créeront que peu d’emplois, allégeons les contraintes réglementaires et fiscales qui pèsent sur les entreprises. Bref, opérons un choc de compétitivité.

C’est à ce prix que nous pourrons espérer, un jour, par exemple dépasser l’Estonie, le Luxembourg, l’Irlande, le Royaume-Uni, la Norvège, la Suède, la Suisse et les Pays-Bas en nombre de « licornes » (les grandes entreprises de demain)
par million d’habitants
.



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