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10.04.2023 - N° 1.253 Fin de vie : que notre volonté soit faite
Par Eloïse Lenesley Journaliste de presse depuis 1989, Éloïse Lenesley a notamment écrit pour les sites du Figaro, de Causeur, d’Atlantico et du HuffPost. Gaulliste, de sensibilité libérale, profondément attachée aux droits individuels, en lutte contre toutes les formes d’obscurantisme, elle est partisane de longue date de l’euthanasie active et du suicide assisté. ![]() Euthanasie active et suicide assisté :
la nécessité d’un modèle français de la fin de vie. En 2018 déjà, les deux tiers du comité citoyen
organisé dans le cadre des états généraux de la bioéthique s’étaient
déclarés favorables à l’euthanasie active et au suicide assisté : « La
situation actuelle nous paraît à la fois hypocrite et inadaptée. Nous
souhaitons donc que la loi s’ouvre. » Mais le gouvernement avait
préféré éluder la question, tout comme il était resté sourd aux
suppliques d’Anne Bert,
contrainte d’aller se faire euthanasier en Belgique pour se libérer de
cette maladie de Charcot qui l’emmurait vivante, disait-elle. De même,
les propositions visant à faire évoluer la loi furent soit balayées
d’un revers de main, soit bloquées par un tsunami d’amendements émanant
de la frange la plus rétrograde d’une droite que l’on pensait garante
des libertés individuelles.
Après un quinquennat de pusillanimité sur le sujet, Emmanuel Macron s’est soudain montré beaucoup plus résolu lors de la dernière présidentielle : « Je suis favorable à ce qu’on évolue vers le modèle belge ». Fichtre. On se prend à rêver qu’il tienne sa promesse, d’autant que la convention citoyenne sur la fin de vie s’est prononcée sans surprises, à 76 % des voix, en faveur de l’ouverture de l’aide active à mourir. Certes, elle y met les formes et reste prudente, privilégiant (à 40 % des voix) le suicide assisté qui ne laisse aucun doute sur le choix libre et éclairé du patient, demeurant plus nuancée sur l’euthanasie active et plaidant pour un encadrement strict afin d’éviter les dérives. Une crainte légitime qui risque toutefois de transformer la loi en véritable usine à gaz dont la France a le secret, à grand renfort de procédures collégiales, où des malades à bout de forces devront se livrer à un impossible parcours du combattant pour faire valoir leur droit à en finir. Nous n’avons pas échappé au couplet habituel sur l’indispensable développement des soins palliatifs qu’on nous agite sous le museau comme une carotte depuis des lustres, mais qui ne peuvent en aucun cas répondre à la détresse des patients ne supportant plus leur interminable agonie au fin fond d’un lit d’hôpital. Quant aux réserves d’une partie des professionnels de santé, elles existeront toujours, comme pour l’IVG, d’où la nécessité d’une clause de conscience. « Cette expression de la convention porte en elle une exigence et une attente, c’est celle d’un modèle français de la fin de vie. Nous y répondrons », a réagi le président de la République, suscitant, comme de bien entendu, l’ire de tout ce que la France compte d’obscurantistes, de complotistes, de néoréacs, de pseudo-intellos s’ébrouant dans le dolorisme et trouvant peut-être la décrépitude romanesque. Il serait peine perdue de leur rétorquer que les pays qui ont légalisé l’aide active à mourir ne sont pas des tueurs de masse, que les malades qui y ont recours représentent une portion infinitésimale de la population (2,5 % de la totalité des décès en Belgique en 2022 et entre 1 % et 2 % du nombre total de décès en moyenne en Suisse), qu’ils sont pour la plupart âgés de plus de 70 ans et dont le décès était prévisible à brève échéance. Et tandis que neuf Français sur dix se disent invariablement favorables à l’aide active à mourir au fil des sondages, quelques dizaines de militants antichoix s’agitent dans la rue pour nous faire gober que la légalisation de l’euthanasie permettrait d’assassiner n’importe et provoquerait une véritable hécatombe. Excusez du peu. Inhumaine, l’euthanasie ? « Quand quelqu’un est incurable, c’est inhumain de ne pas abréger ses souffrances », estimait en 2021 Françoise Hardy, qui sait de quoi elle parle. Dans un souci permanent d’infantiliser le citoyen, d’aucuns remettent en cause la fiabilité des sondages dont ils jugent l’intitulé biaisé. Or, ces sondages ne traduisent en réalité qu’un seul souhait : celui d’avoir le choix. Y compris celui d’hésiter jusqu’au bout, de changer d’avis, d’avoir le réconfort d’une échappatoire si la douleur se fait trop vive. Mais avoir le choix. Le choix que n’a pas eu Vincent Humbert, 21 ans, rendu tétraplégique, aveugle et muet par un accident, mais parfaitement lucide, ne communiquant plus qu’avec son pouce, qui avait dû être euthanasié par sa mère après avoir demandé en vain le droit de mourir à Jacques Chirac. Le choix que n’a pas eu Vincent Lambert, victime de lésions cérébrales irréversibles, maintenu en état végétatif durant quinze ans du fait de l’acharnement thérapeutique voulu par des parents traditionnalistes, lui qui, jeune infirmier, avait toujours dit à ses proches qu’il ne voudrait jamais vivre ainsi. Le choix que n’a pas eu Alain Cocq, qui souffrait depuis 35 ans d’une maladie très éprouvante sans issue et qui médiatisa son combat pour l’euthanasie. La loi Claeys-Leonetti actuelle, qui n’autorise qu’à laisser mourir lentement des malades en fin de vie en les privant d’alimentation, d’hydratation et en leur octroyant une sédation profonde, apparaît, osons le dire, comme une méthode barbare nous invitant à crever à petit feu, et n’est pas adaptée à un certain nombre de cas tels que celui d’Anne Bert, de Vincent Humbert, d’Alain Cocq et de tant d’autres. Le débat est désormais entre les mains des parlementaires dont certains ont d’ailleurs, à l’instar des artistes, signé des tribunes appelant à la légalisation de l’aide active à mourir. Dans
une société où l’espérance de vie n’a cessé de progresser jusqu’à la
pandémie de covid, avec son lot de pathologies lourdes liées à l’âge,
d’accidents, de coups du sort, chacun devrait pouvoir exercer son libre
arbitre.
« Grande est en effet la différence entre une longue vie et une mort prolongée », disait Sénèque.
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