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06.04.2023 - N° 1.249

La science au secours de l’agriculture

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Par Xavier Fontanet

Xavier Fontanet est un chef d'entreprise français. Ancien président du groupe Essilor,
il est membre du conseil d'administration du Groupe l'Oréal, Schneider Electric et du Centre des Professions Financières. Il enseigne à HEC Paris.





Voici comment la science et la technique peuvent aider l’agriculture.

Il y a d’autres façons de poser le problème des nappes phréatiques que celle qui consiste à organiser des manifestations comme celles à Sainte-Soline, quand on sait très bien qu’on donne aux black blocs une nouvelle occasion de mettre en danger, parce qu’il s’agit de cela, la vie de nos gendarmes et de nos policiers.

Cela d’autant plus que de nombreuses découvertes et de nouvelles technologies donnent en ce moment les moyens de reconstruire la qualité des sols et lutter efficacement contre l’assèchement des nappes.

Les causes de l’assèchement des sols

Pour cela, intéressons-nous à l’histoire.

L’agriculture sous sa forme actuelle a environ 7500 ans. Auparavant l’Homme était un chasseur- cueilleur.

L’utilisation d’engrais chimiques est une conséquence de la Première Guerre mondiale et donc une affaire récente. Les Allemands ont été dépouillés de leurs colonies et obligés de se nourrir avec les seules ressources de leur propre sol.

Arrivé au pouvoir, Hitler demande aux chimistes de réfléchir aux moyens d’améliorer les rendements agricoles. Cette demande fut exécutée très efficacement mais les engrais sont fondamentalement dérivés des explosifs et les phytosanitaires des gaz asphyxiants.

En 1945, les Américains débauchent les plus brillants des chimistes allemands et grâce à leur expertise ils développent l’industrie chimique américaine avec une agriculture intensive combinant labours profonds et engrais sophistiqués.

Des signes concordants montrent qu’est atteinte en ce moment la limite du système.

Le premier signe c’est l’augmentation de la profondeur des labours qui demande de faire appel à des tracteurs dont la puissance et la consommation deviennent déraisonnables.

Le deuxième signe c’est la quantité d’engrais utilisée par hectare qui double en 20 ans alors qu’on aurait pu s’attendre à un effet d’expérience et une consommation en décroissance.

La raison est très simple : la terre s’appauvrit en matière végétale et animale. La quantité de vers de terre au m3 s’effondre et on se prive de l’énorme travail qu’ils produisaient en créant des galeries souterraines d’environ 5000 km/ha. Les plantes deviennent paresseuses et attendent de plus en plus que leur nourriture vienne de l’extérieur au lieu d’aller la chercher elles-mêmes avec leur système racinaire.

Le résultat est qu’au fil du temps le sol se durcit, avec une double conséquence :
  1. Le ruissellement s’accélère, les excédents d’engrais vont dans les rivières
  2. Les nappes phréatiques s’assèchent progressivement
 
Cette lente dégradation se retrouve dans le prix des terres surexploitées : dans certaines régions elles sont trois fois moins chères à l’hectare que des terres fraîches.

L’agriculture c’est de l’industrie lourde. Il faut plusieurs euros de capital pour faire un euro de chiffre d’affaires. Au bout du compte les bénéfices de la culture ne compensent plus la perte de valeur des terres. Les agriculteurs se ruinent en travaillant, d’où leur désespoir.

Science et technique peuvent apporter des réponses

La première idée consiste à utiliser les effluents animaux et humains dont on a eu tendance à se débarrasser via le tout-à-l’égout alors qu’ils représentent une énorme valeur.

La seconde consiste à profiter de la mise au point et du perfectionnement des techniques de méthanisation. Celle-ci permet de capter très tôt les effluents et réduit drastiquement la durée pendant laquelle ils émettent du méthane. Elle les mélange avec des déchets de culture, extrait le méthane qu’ils contiennent, produit des engrais naturels et de la chaleur pouvant servir au chauffage domestique.

Cette technique beaucoup plus développée en Allemagne qu’en France y représente une activité significative au niveau macroéconomique, de l’ordre de 10 milliards d’euros.

La méthanisation démarre chez nous en ce moment et peut avoir un énorme impact surtout dans les régions d’élevage où la densité des effluents est forte.

Nouvelle révolution en perspective : faire digérer les résidus de méthanisation par des vers de terre. Les produits de cette opération peuvent être déposés au pied des plantes et redonner vie au sol en leur réapprenant à se nourrir grâce à leurs racines.

Ces opérations vont avoir deux effets : remonter la valeur des terres et augmenter les captations de CO2 d’un facteur très important.

Les plantes et surtout leurs racines vont grandir (ces dernières pouvant être multipliées par un facteur de 2,5). Les 12 millions et demi d’hectares cultivés fixant chaque année 250 millions de tonnes de CO2, on parle donc d’un montant additionnel de l’ordre de grandeur du total des émissions actuelles du pays.

Le développement de la méthanisation coche à peu près toutes les cases : réduction du déficit de la balance commerciale puisqu’il y aura beaucoup moins d’engrais à importer ; idem pour le gaz (un article récent du journal Le Figaro indiquait que le potentiel de gaz produit par une méthanisation est à peu près égal au volume importé avant le déclenchement de la guerre). La valeur des terres va  remonter, ce qui est une bonne nouvelle pour l’agriculteur. On résout sur la durée les problèmes de l’odeur des effluents, de la pollution des rivières et de l’assèchement des nappes phréatiques.

Ce peut être le démarrage de la méthanisation, une puissante et nouvelle industrie, domaine dans lequel la France et l’Europe peuvent prendre des positions de leader dans l’écologie circulaire.

Rien ne se fera sans l’appui du consommateur, il faudra inventer un label pour différencier les aliments issus de cette nouvelle économie circulaire.

Il faudra aussi continuer à consommer de la viande car sans elle il faudrait recourir aux engrais chimiques sauf à effondrer les rendements…

Le plus important est peut-être de redonner ainsi le moral aux agriculteurs.

On ne le rappelle pas assez, ils nous nourrissent quotidiennement et sont très injustement accusés d’être des destructeurs de la planète.
Cette nouvelle filière leur permettra de devenir
des promoteurs actifs du rêve de l’économie circulaire.


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