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22.01.2023
- N° 1.176

Intérêt et limites de la retraite par capitalisation
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Par Yves Montenay

Yves Montenay est doté d'une riche carrière internationale nord-sud de cadre, conseil et chef d'entreprise. Démographe de formation, passionné d’histoire, d’économie et de géopolitique il est actuellement écrivain, consultant et enseignant. Auteur de plusieurs ouvrages de démystification sur les relations nord-sud, notamment le Mythe du fossé Nord Sud, ainsi que Nos voisins musulmans, il publie également Les Echos du monde musulman, une revue hebdomadaire de la presse orientale et parfois occidentale sur le monde musulman, avec une priorité donnée à l'humanisation des récits.



Les libéraux estiment qu’il faut quitter le système par répartition pour aller vers la capitalisation. Est-ce une piste sérieuse pour régler le problème des retraites ?


Le débat sur la réforme des retraites bat son plein. Les partis de droite et de gauche avancent des arguments contradictoires. Les libéraux, qui ne sont pas spécifiquement représentés au Parlement, estiment qu’il faut quitter le système par répartition pour aller vers la capitalisation.

Est-ce une piste sérieuse pour régler le problème des retraites ?

Les arguments libéraux pour la capitalisation

Les libéraux préfèrent la capitalisation pour des raisons de principe qui sont bonnes et des raisons techniques qui le sont moins.

Je rappelle qu’il s’agit en gros d’épargner toute sa vie active et de recueillir le fruit de cette épargne si possible augmenté de placements fructueux pour vivre pendant la retraite.

Ces raisons de principe découlent de la primauté de la liberté : on épargne ce que l’on veut, on le place comme on veut et on prend sa retraite quand on veut.

En deuxième rang vient la responsabilité : si la retraite est insuffisante on ne peut s’en prendre qu’à soi-même et on n’a pas à revendiquer que l’État vienne à notre secours.

En troisième rang vient l’idée que ce système est d’une plus grande efficacité : un bon placement bénéficie à l’économie alors que distribuer immédiatement l’argent des cotisations aux retraités n’apporte rien.

Ces arguments libéraux ont des limites

Le premier argument, la primauté de la liberté, est un choix philosophique. S’il était seul, il rallierait la grande majorité.

En sens inverse, la responsabilité effraie beaucoup de gens et il est probable qu’une majorité préférerait une retraite médiocre à une retraite risquée, même si en moyenne elle était meilleure, ce qui n’est pas le cas, comme nous le verrons plus loin.

Et le risque est réel : c’est illustré par le cas des emprunts russes qui ont ruiné les épargnants français il y a un siècle et qui ruinent depuis quelques semaines beaucoup d’épargnants américains porteurs d’obligations qui chutent au fur et à mesure de la remontée des taux d’intérêt.

Enfin le troisième argument, une meilleure efficacité, est discutable. En effet :
  • En répartition l’argent des cotisations est immédiatement distribué aux retraités. Il est en général rapidement dépensé par les intéressés ou leurs petits-enfants qu’ils soutiennent (un retraité moyen gagne plus qu’un jeune). Cet argent passe donc très vite dans une grande variété d’entreprises (les fournisseurs) qui l’affectent en partie à la consommation (salaires par exemple) et en partie à des investissements. Le choix de ces entreprises est fait par le marché.
  • En capitalisation, l’épargne va directement à des entreprises a priori plus importantes (une compagnie d’assurance plutôt qu’un boulanger) et est en général utilisée quelques temps après de la même façon. La seule différence est que l’arbitrage consommation/investissement est fait par une grande entreprise financière, ce que certains, dont moi, estiment un peu moins efficace que par le marché.
 
Finalement, le circuit de l’argent est très semblable et il n’est pas évident qu’il soit plus efficace dans le cas de la capitalisation, contrairement à ce que je lis habituellement.

Par ailleurs la préférence pour la capitalisation de la part des libéraux a une raison « culturelle » : les libéraux ont l’habitude des circuits financiers et de l’économie monétaire, par opposition au rationnement administratif et plus généralement aux décisions étatiques pesant sur les particuliers.

Inversement, les tenants de la répartition se méfient de tout ce qui est entreprises financières, comme les fonds de pension et compagnies d’assurances, notamment par idéologie.

Mais il faut oublier ces préjugés de sens opposés et se pencher sur le vrai problème.

Quel est le vrai problème ?

À mon avis, l’erreur du gouvernement et des oppositions, libéraux compris, est de considérer la retraite comme une question financière alors que c’est une question purement physique : l’offre sera-t-elle suffisante pour soigner, nourrir et servir l’ensemble de la population, retraités compris, aux standards actuels ?

Car l’argent des pensions ne sert à rien s’il ne permet pas d’acheter suffisamment de biens et de services, sachant que leur production doit nourrir l’ensemble de la population, des enfants aux retraités.

C’est facile à expliquer en répartition où les producteurs sont aussi en général les cotisants.

C’est plus indirect en capitalisation où les intérêts, dividendes et ventes d’actions supposent des entreprises prospères alors qu’elles sont de plus en plus entravées par le manque de main-d’œuvre.

Dit autrement, cet argent des pensions ne se transforme pas automatiquement en boulangers, infirmières, et autres prestataires. Car ceux qui fournissent cette offre de biens et de services, ce sont les actifs au travail.

La vraie valeur des pensions dépend donc de leur travail en quantité et en efficacité.

En efficacité ?

La productivité a une évolution autonome qui dépend de qualité de l’enseignement, du progrès scientifique, technique et organisationnel, toutes questions certes très importantes mais indépendantes du choix du système de retraites.

En quantité ?

C’est le problème principal car en France et dans la plupart des pays du monde en dehors de l’Afrique subsaharienne, on constate que « les travailleurs » sont une proportion de plus en plus faible de la population totale.

Cela est dû au cumul de deux raisons démographiques : la baisse de la fécondité qui diminue le nombre des adultes et l’augmentation de l’espérance de vie, très forte depuis des décennies, qui augmente le nombre de retraités.

Tout ce qui augmente cette quantité de travail va donc dans le bon sens et c’est pour cela que l’on pense d’abord à augmenter l’âge de départ à la retraite, ce qui diminue le nombre de retraités et augmente le nombre de personnes susceptibles de travailler. « Susceptibles de travailler », mais de fait futurs chômeurs, disent certains. L’expérience montre que cet argument est inexact : augmenter l’âge du départ a un effet prouvé sur le maintien en activité professionnelle.

Il y a d’autres moyens d’augmenter cette quantité de travail :

Une immigration massive

Mais les gouvernants n’en parlent pas car cela effraie l’opinion même si les pays ayant une situation pire que la France sont maintenant obligés d’y recourir alors que leurs dirigeants s’y opposent officiellement : c’est le cas de l’Europe méridionale et orientale que les pays en question fassent ou non partie de l’Union européenne. D’autres y sont ouvertement favorables comme le Canada, ou moyennement, comme les États-Unis.

Le travail après la retraite

Qu’il soit bénévole ou non, le principal bénévolat est les soins que les enfants (souvent sexagénaires) apportent à leurs parents. Nos gouvernants ont commencé à appuyer financièrement ces « aidants ».

À ce stade, nous voyons que tous ces facteurs n’ont rien à voir avec les avantages ou inconvénients de la capitalisation.

D’où mon affirmation que cette dernière dépend de la démographie de la même façon que la répartition, du moins globalement à l’échelle d’un pays, et non individuellement.

Les libéraux devraient se borner à défendre la liberté
En tant que libéral, je pense que si le libéralisme doit mettre l’accent sur le principe de liberté et non pas plonger dans des questions techniques dans lesquelles on peut parfaitement se tromper, comme ce fut le cas pour la question climatique pendant longtemps. Et en cas d’erreur, cela retombe sur le libéralisme.

Les libéraux ne devraient donc pas se plonger dans les techniques de retraite mais se contenter d’insister sur le libre choix, comme la fixation par chacun de sa date de départ ou la liberté totale de cumul de la retraite et d’un emploi.

Ou encore de jeter un œil neuf sur l’immigration, terme qui ne devrait pas exister car il mélange des producteurs (où en serions-nous sans les médecins, les nounous et les ouvriers du bâtiment nés à l’étranger ?) et des perturbateurs.

En conclusion

Il ne faut pas déduire de tout cela que je suis opposé à la retraite par capitalisation.

Par exemple je trouve rationnel d’acheter sa résidence principale qui est un bien dont l’utilité est permanente et souvent plus solide qu’une action ou une obligation. Sans parler du fait que l’économie de loyer est déjà un début de pension.

Je dis simplement que la capitalisation n’est pas un remède contre l’évolution démographique, du moins au niveau national. À titre individuel, il n’y a que des cas particuliers.

Une démographie défavorable, ce qui est le cas de la plupart des pays développés, amènera probablement de nombreux retraités ayant choisi la capitalisation à constater qu’ils n’ont pas le montant de pension prévu à l’âge souhaité.

Ils continueront donc à travailler et à épargner. À moins qu’ils ne se contentent d’une retraite plus faible…

Bref la démographie s’imposera à tous !


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