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15.01.2023 - N° 1.169 La santé va faire naufrage mais il n’est pas trop tard pour la sauver
Par Bernard Kron Bernard Kron est chirurgien, membre de l'Académie Nationale de Chirurgie. Il est l'auteur de plus de 200 publications, dont l'ouvrage « Blouses Blanches colère noire », MaxMilo éditions, paru en mars 2021. ![]() Face aux progrès technologiques, la crise des soins est pourtant
au devant de la scène et tout le système recule. La médecine connaît d’immenses progrès. Après ceux des greffes, de l’imagerie, du robot opératoire, de la chirurgie mini invasive cœlioscopique, l’Intelligence Artificielle et le métavers annoncent de nouvelles révolutions. Il y aura donc toujours une médecine de pointe mais elle coûte de plus en plus cher. Les progrès de la génétique et les thérapies géniques sont à la croisée des chemins avec les nouveaux vaccins ARNm. La longévité prônée par le transhumanisme est plus inquiétante. Si on prolonge la vie il faudra dépeupler la planète en ayant moins de naissances car ses ressources ne pourront pas faire face à une surpopulation ! Face à ces progrès, la crise des soins est pourtant au devant de la scène et tout le système recule. C’est à se demander si nos dirigeants, les tutelles et les doyens sont totalement incompétents ou s’ils n’obéissent pas à de sombres projets. L’âge moyen des médecins est de 51 ans. Beaucoup sont proches de la retraite et leur imposer de prendre des gardes les ferait partir. Les urgences sont en crise. Des dizaines de décès en décembre ont été comptabilisés par le SAMU – Urgences de France. Pour le président du syndicat, Marc Noizet ils auraient pu être évités si les patients avaient pu être pris en charge rapidement. Selon lui ce chiffre serait largement sous-estimé et se rapprocherait de 150 pour l’ensemble du pays. Le tri par le 15 ne permet pas encore de connaître le chiffre des décès généré par ce procédé mis en place pendant l’été 2022, supposé soulager les urgences. On sait qu’il y a eu de nombreux drames. Pourquoi la médecine est-elle en crise ? Les soignants ne sont pas responsables des erreurs de la politique de santé. Ils ne se sentent pas écoutés ni soutenus et se mobilisent à nouveau comme ce fut le cas en 2019 car ils sentent leurs métiers menacés. Ils ne peuvent plus faire face aux soins à cause des contraintes qui les paralysent et de la pénurie de soignants dans toutes les disciplines. Les déficits chroniques de la Sécurité sociale laissent peu de marges pour de vraies réévaluations des tarifs. Le déficit cumulé de la Sécurité sociale, soit 226 milliards, était cantonné dans la Caisse d’amortissement de la dette sociale (CADES). Il a été partiellement remboursé par la contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS) ainsi que par la contribution sociale généralisée (CSG). Le covid a recreusé ce déficit en 2020 qui dépasse 39 milliards. En 2021 il était encore de 21 milliards et celui de 2022 devrait atteindre les 20 milliards. Quant aux mutuelles, pour 100 euros cotisés seulement 57 euros sont destinés à rembourser les prestations. On comprend dans ces conditions la lassitude des soignants qui ne voient poindre aucune solution. Le numerus clausus est inadapté. Il était descendu à 3500 et n’est remonté à 8500 que trop tardivement. Le chiffre actuel de 10 000 est encore beaucoup trop bas pour faire face aux demandes de soins car les modes d’exercices ont changé. Seulement 10 % des nouveaux médecins veulent s’installer en libéral. Dans les CHU les médecins consacrent en moyenne seulement 50 % de leur temps à soigner, compte tenu de la multiplication des pressions administratives et des réunions qui les paralysent. La notion d’équipe a disparu. Les personnels sont de plus en plus nombreux à démissionner, harassés par les obligations administratives. Pour les praticiens universitaires et hospitaliers la triple tâche, soins enseignement et recherche, ne peut plus être assurée. Ils baissent les bras et les démissions se font sans bruit. Les trop faibles salaires à l’hôpital n’attirent plus. Beaucoup partent vers des cieux plus cléments. Il faut donc regarder la vérité en face. Nous sommes proches de l’effondrement. Les responsabilités Avec les dilutions des responsabilités politiques dans cette crise organisationnelle qui dure depuis plus de 40 ans on ne voit pas quel élu serait capable de redresser la barre. Les drames dans la santé se multiplient, le patient ne sait plus qui est responsable : le ministre, l’ARS, l’hôpital ou le soignant ? Au cours de sa vie, le citoyen court en effet le risque d’être un jour justiciable et un risque beaucoup plus réel d’être un jour malade. S’il est mal pris en charge, il devra recourir à la justice ce que facilite la Loi Kouchner de 2002. Il devrait pourtant pouvoir faire confiance aux praticiens qu’ils soient hospitaliers ou médecins de ville, ce qui n’est plus possible avec les dérives actuelles. Cette confiance a totalement disparu et force est d’admettre qu’elle s’inscrit dans la même démarche qui a conduit à détruire l’école. En conséquence la qualité de la formation des praticiens est obérée depuis la fin des concours avec le système LMD et le wokisme qui ont vicié la sélection. Le projet de Loi de financement de la Sécurité sociale pour 2023 a été adopté. L’Objectif national de dépenses d’assurance maladie (Ondam) augmentera de 3,7 % si l’on exclut les dépenses exceptionnelles liées à la crise sanitaire. Cela correspond à 8,6 milliards d’euros supplémentaires de dépenses courantes par rapport à 2022. Ce budget ne pourra pas préserver l’hôpital. Avec l’inflation on est loin du compte car elle dévore ces aumônes. La croissance sera de 4,1 % (soit 4 milliards d’euros) et 5,1 % pour les établissements. L’administration est pléthorique, elle représente 34% de la masse salariale contre 22 % en Allemagne. La grille des salaires empêche de donner une priorité à la revalorisation des soignants, seule solution pour stopper les démissions et pouvoir recruter. Avec un salaire moyen de 2000 euros par mois il est impossible de se loger à Paris pour les salariés de l’AP-HP. À quoi servent les logements sociaux de la ville de Paris s’il n’y a pas de logements dédiés pour les soignants ? Les soins de ville Le coût de l’exercice en libéral oblige les médecins à travailler toujours davantage, ce qui détourne les jeunes de cet exercice. Plus de six millions de Français n’ont plus de médecin traitant. Les médecins généralistes libéraux n’ont plus le temps de soigner. Ils consacrent 20 % de leur temps à l’administration et au moins 50 % de leur activité financent les charges de leur cabinet. La surcharge est telle que les anciens ne veulent pas prendre de nouveaux patients et l’on meurt encore aux urgences sur un brancard faute de lits et de personnels. Face à une telle situation de plus en plus de soignants baissent les bras, choisissent le salariat et l’industrie ou s’expatrient. La progression n’est que de + 2,9 %, soit 2,9 milliards d’euros supplémentaires. Le gouvernement assure que cette enveloppe permettra de financer la montée en charge des conventions des infirmiers libéraux ainsi que des pharmaciens et de financer les prochaines conventions des médecins et des kinésithérapeutes. Cela ne réglera rien car avec une telle enveloppe les négociations conventionnelles ne pourront pas satisfaire les demandes. Pour porter la consultation de médecine générale à 50 euros il faudrait 7 milliards d’euros. La rémunération sur objectif (ROSP) permet une rémunération maximale de 6580 euros en supplément. Si tous les indicateurs sont satisfaits le forfait structure s’èlève à 5145 euros. De la convention on est passé à la subvention. Cette situation est d’autant plus malsaine qu’elle ne récompense pas la qualité mais la discipline. L’objectif de résorber les déserts médicaux ne pourra pas être atteint avec le numerus clausus actuel, d’autant qu’en diversifiant les recrutements le profil des futurs médecins a changé. La plupart ne veulent pas travailler au-delà de 40 heures par semaine, ce qui est incompatible avec l’exercice en cabinet libéral. C’est donc tout le système qu’il faut revoir et réfléchir à une régionalisation de la santé tant pour les études que pour l’organisation. C’est un vaste défi que le président de la République a promis de relever face aux soignants à l’Hôpital de Corbeille-Essonnes. Si l’internat de médecine générale commencait en cinquième année on pourrait déjà avoir des milliers de médecins bien formés très rapidement. La
suppression d’un tiers des administratifs de la santé dégagerait un
budget qui permettrait d’augmenter le nombre de soignants de 100 000
postes.
Les solutions sont à notre portée mais il manque la volonté de le faire.
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