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16.12.2022 - N° 1.144 En avons-nous vraiment fini avec la covidocratie ?
Par Jean-Paul Oury Jean-Paul Oury est docteur en épistémologie, histoire des sciences et technologies, consultant, et auteurs de livres à destination du grand public sur ces sujets. ![]() La pandémie s’inscrit dans un changement de paradigme global qui frappe actuellement nos sociétés : la politique tente de récupérer la science à son propre compte. Les experts ne semblent pas sonner l’alarme outre mesure concernant la neuvième vague de covid. Et pourtant en avons-nous vraiment fini avec la « gestion politique » de la pandémie ? Qu’il s’agisse des images choquantes des confinements chinois ou des bruits qui laissent entendre le possible retour des passes sanitaires (devenus nécessaires pour voyager) tout indique que nous sommes loins d’être sortis de la covidocratie. Vers une banalisation du covid ? Les dernières données sur la pandémie ne semblent pas susciter la crainte outre mesure des milieux médicaux. Interviewé sur Europe 1, l’infectiologue Éric Caumes parle de neuvième vague avec l’arrivée d’un sous-variant d’omicron qui n’entraîne pas pour l’instant de niveau très élevé des hospitalisations. De même, il souligne que le nombre des décès n’augmente pas vraiment ; quant à l’impact au niveau des urgences, il reflète selon l’expert la « désertification médicale en ville ». Selon lui le constat général étant que le covid s’est installée dans la société « comme le coronavirus OC43 précédent qui est parmi nous depuis la fin du XIXe siècle. » Aussi l’infectiologue recommande une stratégie vaccinale similaire à celle de la grippe… Nous irions donc vers une « banalisation » de la maladie même si comme il le rappelle, celle-ci fait tout de même encore actuellement une cinquantaine de morts par jour. Confinements et apprentis dictateurs Et pourtant les images récentes de la Chine montrent à quel point cette pandémie a été l’occasion de réveiller les instincts totalitaires de certains États. En proie avec sa stratégie zéro covid le gouvernement de Xi ne semble pas vouloir lâcher prise sur la stratégie du confinement, illustrant l’absurdité d’une politique sanitaire qui croit pouvoir éradiquer un virus en enfermant les populations et en bloquant les rouages de la société. La leçon à tirer de cet exemple, c’est que contrairement aux scientifiques qui se doivent de changer de théorie au fil des réfutations, les politiques n’hésitent pas à persévérer et reproduire les mêmes erreurs même si on leur démontre par a + b que cela ne fonctionne pas. Si on peut comprendre de manière rétrospective qu’on ait eu recours à ce genre de politique sanitaire au tout début de la pandémie, a contrario il semble que les États ayant abusé des politiques de confinement ne se soient pas trop penchés sur l’utilité de celles-ci. Ainsi les auteurs d’une méta-analyse publiée par le Johns Hopkins Institute1 ont passé en revue plus de 18 590 études et constitué trois groupes d’analyse :
« Dans les premiers stades d’une pandémie, avant l’arrivée des vaccins et de nouveaux traitements, une société peut réagir de deux manières : des changements de comportement obligatoires ou des changements de comportement volontaires. Notre étude ne parvient pas à démontrer les effets positifs significatifs des changements de comportement obligatoires (confinements). Cela devrait attirer notre attention sur le rôle des changements de comportement volontaires […] Il devrait être clair qu’un rôle important des autorités gouvernementales est de fournir des informations afin que les citoyens puissent réagir volontairement à la pandémie de manière à atténuer leur exposition. » Hélas nous en sommes loin quand on se souvient, par exemple, qu’Éric Ciotti a trouvé les confinements trop laxistes et a écrit à Emmanuel Macron pour exiger des mesures plus strictes : « La mise en œuvre d’un couvre-feu dans les quartiers où le confinement n’est pas respecté ou appliqué, aussi bien dans certains quartiers touristiques que dans certaines cités communautarisées, des sanctions financières et pénales plus lourdes à l’encontre de ceux qui ne respectent pas les règles de confinement, la mobilisation de l’armée pour faire appliquer ledit confinement, l’interdiction du sport en extérieur et la modification du système d’attestations qui devraient être fournies par les employeurs ou une autorité publique » Cette petite liste concoctée par l’actuel candidat à la présidence du parti Les Républicains illustre bien à quel point certains politiques ont utilisé la situation pour des raisons politiques et laissé libre cours à leur fibre autocrate. Le passe, Saint Graal de la covidocratie Comme je le montre dans Greta a ressuscité Einstein, la pandémie s’inscrit dans un changement de paradigme global qui frappe actuellement nos sociétés : la politique tente de récupérer la science à son propre compte (c’est le cas aussi avec le climat et la biodiversité) avec pour finalité d’instaurer de nouvelles lois qui s’appuieraient sur ladite science. Concrètement une forme de covidocratie a vu le jour, autrement dit un régime politique qui tire son pouvoir de la « science du covid ». On peut schématiser cette récupération au travers de cinq sophismes qui permettent au discours politique d’instrumentaliser la science : L’affirmation d’un consensus Par exemple, Antony Fauci a déclaré « je suis La Science et vous ne pouvez me critiquer » et la censure des contradicteurs : voir à ce sujet la controverse sur la déclaration de great Barrington, ou le débat sur les études gains de fonction financées par le contribuable américain. La moralisation du débat sur les thérapies Par exemple, les débats chloroquine vs remdesivir ou encore « vax-évangélistes », « anti-vax » et « vax-sceptiques ». Le recours à des politiques sanitaires Sans mesures véritables des résultats, elles se sont traduit par l’éternel retour des confinements et des passes sanitaires. L’instrumentalisation du sentiment de peur Voir à ce sujet le débat sur les données statistiques de l’Imperial College de Londres et Neil Ferguson) Le réductionnisme Le covid devient la seule pathologie importante : voir à ce sujet les retards pris au niveau des soins du cancer. Bien qu’il soit confronté à une pathologie subjective, car nouvelle, le covidocrate imagine qu’il peut s’appuyer directement sur la science (identifiée de manière précipitée à la médecine) pour prendre en charge directement les patients dans le cadre de protocoles et en se passant progressivement des médecins devenus inutiles puisque c’est le Comité scientifique qui définit « La Science ». On comprend alors pourquoi des dispositifs de types passes sanitaires peuvent émerger dans ce contexte. Ils ont un bel avenir puisqu’ils offrent une solution politique pour gérer toutes formes de pathologies. L’idée générale étant qu’un État pourra piloter et gérer à distance une maladie et planifier la santé des administrés. Concrètement, si la mise sur le marché du vaccin a été salutaire en permettant de lever les confinements, l’obligation vaccinale reste fort critiquable. D’après de nombreux experts, celle-ci n’aurait pu concerner que les populations les plus fragiles et susceptibles de développer des formes graves… quant aux populations qui ne présentaient pas un risque particulier, on aurait pu imaginer les laisser consulter leur médecin de confiance pour se renseigner sur le vaccin et prendre une décision sur ses conseils. Avec le passe sanitaire, un algorithme se charge d’implémenter une politique de taille unique qui transpose la vision des covidocrates : la science des législateurs l’a emporté sur la pratique des médecins. L’objectif n’est plus de guérir le patient mais qu’il soit conforme à la norme. Dans ces conditions il n’y aurait rien d’étonnant à ce que les passes sanitaires fassent un beau jour leur retour. On ne sera pas surpris d’apprendre que l’Organisation Mondiale de la Santé réfléchit à un passeport de vaccination international. Lors du dernier G20, les leaders réunis à Bali ont déclaré : « Nous reconnaissons l’importance de standards techniques partagés et de méthodes de vérification dans le cadre des standards définis par l’IHR (2005), pour faciliter la transparence des voyages internationaux, l’interropérabilité, et la reconnaissance de solutions digitales et non digitales, incluant des preuves de vaccination. » (paragraphe 23 de la déclaration des leaders du G20 à Bali). Ajoutons-y le permis carbone et nous serons prêts pour le stade ultime de la planification technocratique : l’algorithmocratie.
1 - Jonas Herby, Lars Jonung, and Steve H. Hanke, A Literature Review and Meta-Analysis of the Effects of Lockdowns on COVID-19 Mortality, The John Hopkins Institute for Applied Economics, SAE./No.200/January 2022
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