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13.12.2022
- N° 1.141

Notre déficit budgétaire est irréductible
5 minutes de lecture
Dernier commentaire paru :
FP et HP ont écrit le 09 décembre
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Par Claude Sicard

Claude Sicard est ingénieur agronome, Sciences Po, et docteur en économie. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur la stratégie d’entreprise : Pratique de la stratégie d’entreprise, Le Manager Stratège et L’audit de Stratégie (Ed Dunod). Après un début de carrière dans l’industrie, a été directeur adjoint du département d’Économie de la CEGOS. Puis, ayant créé son cabinet de Conseil, la société OCS, Consultants, il s’est spécialisé dans les techniques d’analyse stratégique d’entreprises.



Le déficit budgétaire est très préoccupante car la dette extérieure ne cesse de croître et a maintenant atteint des limites à ne pas dépasser.

Le budget de la France est en déficit depuis maintenant quarante ans.

Chaque année, l’État est dans l’impossibilité d’équilibrer ses comptes.

Cette situation est très préoccupante car la dette extérieure ne cesse de croître et a maintenant atteint des limites à ne pas dépasser.

Le premier déficit budgétaire est apparu en 1975 avec la relance Chirac. Et depuis, les comptes nationaux sont chaque année en déséquilibre. Le pays est donc incapable de respecter la règle de Maastricht qui voudrait que le déficit budgétaire des pays membres soit régulièrement inférieur à 3 % du PIB. Et depuis des années déjà, la dette extérieure française a franchi la barre des 60 % du PIB qui est la règle dans les pays de la zone euro.

En 2019, dernière année dite normale avant la crise liée au covid, le déficit s’est élevé à 72,8 milliards d’euros et la dette à 2380,1 milliards d’euros, soit 98,1 % du PIB.

Les ratios français sont donc tout à fait anormaux, bien plus élevés que la moyenne des pays de l’OCDE, comme l’indiquent les chiffres ci-dessous (en pourcentage du PIB) :

Dépenses publiques
  • France…. 52,1 %
  • OCDE….. 35,2 %
Dépenses sociales
  • France…. 31,9  %
  • OCDE….. 27 %
Endettement
  • France….  114 %
  • OCDE…..  27 %

D’où vient le problème français ?

Pour une analyse plus fine que celle consistant à établir une simple comparaison avec l’OCDE procédons à une approche économétrique basée sur un échantillon d’une dizaine de pays européens se situant à des niveaux de richesse très différents les uns des autres.

Nous examinerons d’un côté les dépenses sociales qui tiennent une place très importante dans les dépenses publiques et de l’autre les dépenses de fonctionnement.

Les dépenses sociales

Ramenons ces dépenses au nombre d’habitants afin de raisonner sur des données permettant de comparer les pays entre eux et de pouvoir fonder une corrélation valable avec les PIB/capita des pays, un indicateur qui est exprimé lui aussi par habitant.

Dépenses sociales par habitant et en dollar
  • Bulgarie……….. 1594
  • Serbie…………..  1911
  • Roumanie…….. 2197
  • Grèce……………  5251
  • Espagne……….  7310
  • Italie…………… 10 237
  • France…………  13 900
  • Pays-Bas……… 19 385
  • Suède………….. 17 090
  • Danemark……. 21 687
  • Suisse………….. 23 456
Première remarque : les dépenses sociales des pays par habitant vont en croissant avec leur niveau de richesse. Le graphique ci-dessous montre ainsi comment les dépenses sociales se trouvent corrélées avec les PIB/capita des pays.

L’équation traduisant cette corrélation indique que la norme pour les dépenses sociales en France devrait être de 12 164 dollars par habitant, soit un excès de 1736 dollars, c’est-à-dire 14,3% de dépenses en trop.

Parmi les dépenses publiques, les dépenses sociales que nous venons d’examiner tiennent une place très importante : environ 60 % pour la France.

Les dépenses publiques de fonctionnement

Comment se situent les autres dépenses ? Que sont les dépenses de fonctionnement, d’investissement, et de coût de la dette ?

Par habitant et en dollar
  • Bulgarie…….   2608
  • Serbie………..   2206
  • Roumanie…..   3453
  • Grèce…………   7502
  • Espagne……..   5269
  • Italie………….   7586
  • France………..  8766
  • Pays-Bas……..  5757
  • Suède…………. 12 002
  • Danemark…… 14 853
  • Suisse…………. 10 107
On constate que les dépenses de fonctionnement des pays augmentent avec leur niveau de développement économique.

L’équation de la droite qui exprime cette corrélation indique qu’en France les dépenses publiques autres que sociales devraient de situer à seulement 7625 dollars par personne, soit un excédent de 14,9% par rapport à cette norme. Là également, le pays se situe donc à un niveau de dépenses de fonctionnement en avance sur son niveau de richesse.

Les excès de dépenses en France

L’approche économétrique utilisée indique que les dépenses publiques françaises sont excessives, soit 14,3 % de trop pour les dépenses sociales et 14,9 % pour les dépenses de fonctionnement.

Dans le cas de l’année 2019, l’excès de dépenses est le suivant, en milliards d’euros :

Dépenses sociales……. 751, 9
Excès 107,5

Dépenses autres………. 596,8
Excès 88,2

Total………………………. 1348,7
Excès 171,6

Pour l’année 2019, l’excédent de dépenses publiques s’est élevé à 195,7 milliards d’euros, soit au total 14,6 % de trop.

Cette  année-là le déficit budgétaire s’est élevé à 72,8 milliards d’euros, en sorte que si les dépenses avaient été normales, l’excédent budgétaire aurait été de 98,8 milliards soit à + 4,0 % du PIB.

Dans le Projet de loi de finances pour 2023 (PLF) présenté au conseil des ministres le 26 septembre dernier, le déficit prévu s’élèvera à 158,5 milliards d’euros pour atteindre 5 % du PIB.

Avec 171,6 milliards de dépenses en moins l’excédent budgétaire serait de 13,1 milliards d’euros, ce qui serait parfait.

Le problème pour nos gouvernants est donc de ramener les dépenses publiques à un niveau normal, c’est-à-dire les baisser de 14,6 %.

Mais un tel effort apparaît tout à fait impossible. Emmanuel Macron a d’ailleurs indiqué à plusieurs reprises qu’il fallait renoncer à la règle des 3 %, « un débat d’un autre siècle » a-t-il dit dans une interview donnée fin 2019 au magazine The Economist. Cette règle du pacte de stabilité a d’ailleurs été suspendue pendant la crise sanitaire et le ministre Clément Beaune a insisté pour qu’elle ne soit plus applicable car selon lui « on entre dans un monde nouveau, avec la transition écologique et les adaptations au numérique exigées par l’Union européenne ».

D’où vient le mal français ?

Comme énoncé plus haut, ramener les dépenses au nombre d’habitants fait ressortir que les dépenses publiques des pays augmentent à mesure que leur richesse augmente.

Dans le cas de la France, les dépenses sociales et de fonctionnement sont en avance sur le niveau de richesse. Elles se sont installées dans la sociologie des Français et sont politiquement impossibles à réduire. Diminuer les dépenses sociales ne serait pas admis par la population et rogner sur les  dépenses de fonctionnement ne serait pas compris. La population veut davantage d’enseignants, de policiers, de juges, de gardiens de prison, d’infirmières, etc.

Avec la guerre en  Ukraine on découvre qu’il va falloir renforcer les budgets militaires.

Dans la présentation de son rapport le 16 février dernier la Cour des comptes a souligné la nécessité de faire un « effort sans précédent en matière d’économies ». Pierre Moscovici a avancé le chiffre de 9 milliards d’euros par an, une goutte d’eau par rapport aux chiffres indiqués plus haut relatifs aux excès de dépenses publiques.

Au moins faudrait-il s’attaquer sérieusement aux fraudes sur les dépenses sociales que certains ont chiffré à quelques 30 à 40 milliards d’euros chaque année. Pour réduire les dépenses de fonctionnement, il faut supprimer les double emplois entre l’État et les collectivités territoriales.

Une révolution se produirait si on entreprenait de réduire les dépenses publiques sociales ou de fonctionnement.

La seule solution consiste donc à les bloquer, c’est-à-dire ne pas revenir en arrière mais ne plus les augmenter chaque année et s’activer pour augmenter le plus rapidement possible la richesse du pays en reconstituant le secteur industriel qui a anormalement fondu depuis la fin des Trente glorieuses. Il est en effet passé d’un effectif de 6,5 millions de personnes à la fin des années 1970 à 2,7 millions aujourd’hui. Le secteur industriel français doit retrouver sa place dans le PIB, soit remonter à 17 %  ou 18 % du PIB, alors qu’il ne concourt plus aujourd‘hui que pour 10 % seulement à sa  formation.

Cela va demander beaucoup de temps, d’autant que les mesures prises par nos gouvernants sont très loin d’être à la hauteur de ce qu’il conviendrait de faire. Le plan « France 2030 » d’Emmanuel Macron est très insuffisant.

Le pays va donc continuer à s’endetter chaque année un peu plus
et cela risque fort de le conduire à une situation à la grecque.


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