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10.11.2022 - N° 1.098 Encore plus d’argent gratuit pour combattre l’inflation
Par Simone Wapler Simone Wapler a été directrice éditoriale des publications Agora, spécialisées dans les analyses et conseils financiers. Ingénieur de formation, elle a quitté les laboratoires pour les marchés financiers et vécu l'éclatement des bulles internet et du crédit subprime. Elle a publié "Pourquoi la France va faire faillite" (2012), "Comment l'État va faire main basse sur votre argent" (2013), "Pouvez-vous faire confiance à votre banque ?" (2014), “La fabrique de pauvres” (2015) aux Éditions Ixelles et « La rage de l’impôt » (2019) aux Éditions Larousse. ![]() Le phénomène de l’inflation reste incompris en raison d’une terminologie inadaptée. Mal compris, il est donc mal combattu par ceux qui prétendent le contrer. Selon un récent sondage publié par Newsweek aux États-Unis, 63 % des personnes interrogées ont répondu qu’elles souhaitaient que la Réserve fédérale américaine émette de nouveaux chèques pour les aider à terrasser l’inflation. Seulement 18 % indiquaient être contre une telle mesure. Ceci prouve que l’ignorance monétaire et financière n’est pas une exclusivité française. Les « chèques Trump » ont plu autant que le « Quoi-qu’il-en-coûte » et les expérimentations de la Théorie monétaire moderne (TMM) ne sont pas terminées. En substance, la TMM énonce que les déficits publics n’ont aucune importance puisqu’un État qui contrôle sa création monétaire ne peut pas faire faillite. Voici ce que nous dit Wikipedia sur le sujet : "Comme
l’État dispose du monopole de création de sa devise, il ne peut faire
faillite à moins de le vouloir ou de s’endetter dans une devise
étrangère qu’il ne contrôle pas. En effet, la théorie considère la
capacité de l’État à dépenser comme illimitée en terme nominal, mais
limitée par la disponibilité des ressources réelles (ressources
technologiques, ressources naturelles et force de travail).
Lorsque l’État est en déficit, il crée de la monnaie et se renfloue ainsi, évitant tout défaut souverain." Wikipedia peut-être considéré comme l’étalon de la pensée consensuelle sur un sujet donné. Mais un consensus n’est pas une vérité… En lisant les prémisses de la TMM on se demande pourquoi, depuis l’adoption d’un système de devises flottantes adossées à rien, les déficits publics sont restés finalement si modérés. La Théorie monétaire moderne s’appuie sur la violence légalisée On pourrait également se demander pourquoi nous continuons à payer des impôts. Il suffit que l’État imprime ce dont il a besoin pour financer ses dépenses… Mais là, la TMM est claire : l’État doit taxer car c’est ce qui crée la demande de devises. Citons Wikipedia, toujours : "La
base de la théorie est que l’État dispose du monopole de la violence,
ce qui lui donne la possibilité de taxer. Dans la mesure où l’État taxe
dans une devise particulière, donc qu’il oblige à payer les taxes dans
sa devise, il est nécessaire pour les agents du secteur privé de se la
procurer en se faisant vendeurs de biens et de services."
Même si elle ne vaut rien, la devise sera toujours demandée dans la mesure où les ménages doivent payer des impôts. Le monopole de la violence légale contraint donc à échanger quelque chose de concret – bien ou service – ayant une valeur contre quelque chose qui n’en a pas. Car si l’État peut créer autant de sa devise qu’il le souhaite sans aucun effort, il n’a pas le pouvoir de créer de la marchandise. Un euro ou un dollar peut surgir du néant, mais pas un quintal de blé, un MWh ou un baril de pétrole. La TMM revient donc à forcer les citoyens à échanger quelque chose contre rien. En langage courant, cela s’appelle du vol. Que le vol soit légal ne change rien à l’affaire. Ce qu’est vraiment l’inflation Les économistes de l’école autrichienne sont rares et n’ont pas la faveur des médias. C’est regrettable car leurs prévisions des crises que nous vivons se sont toutes avérées. Si le principe de Milton Friedman reste encore parfois cité : "L’inflation
est toujours et partout un phénomène monétaire en ce sens qu’elle est
et qu’elle ne peut être générée que par une augmentation de la quantité
de monnaie plus rapide que celle de la production".
Ludwig von Mises l’est moins et pourtant son éclairage est très utile pour comprendre la situation actuelle : "De
la manière dont le terme inflation a toujours et partout été utilisé,
il signifie une augmentation de la quantité de monnaie, de billets
bancaires en circulation et de dépôts dans les comptes chèques.
Aujourd’hui, les gens utilisent ce terme pour qualifier ce qui en est
l’inévitable conséquence, à savoir la tendance à la hausse des prix et
des salaires. Le résultat de cette déplorable confusion est qu’il ne
reste plus de mot pour relater la cause de cette augmentation […]
Puisqu’on ne peut parler de ce qui n’a pas de nom, on ne peut le
combattre. Ceux qui prétendent combattre l’inflation ne combattent, en
réalité, que sa conséquence, soit les prix qui montent. […] Ils
essaient de maintenir les prix bas tout en poursuivant la politique
d’augmenter la quantité de monnaie qui les fera inévitablement monter.
Aussi longtemps que cette confusion terminologique ne sera pas
dissipée, il ne peut être question de stopper l’inflation. »"
Lorsque l’inflation désigne l’augmentation générale des prix, alors tout ce qui contribue à cette augmentation est qualifié d’inflationniste. Ce n’est plus la banque centrale et le système bancaire qui sont vues comme les sources de l’inflation, mais plutôt d’autres causes : le Covid, la guerre en Ukraine, etc. Avec cette confusion, la banque centrale ne crée pas l’inflation, mais au contraire passe pour la combattre. Le cruel retour à la réalité Récemment, en Grande-Bretagne, la TMM a été sanctionnée par ce qui reste de marché. Les baisses d’impôts de l’ex Premier ministre Liz Truss, qui ne s’accompagnaient d’aucune mesure de réduction des dépenses publiques, ont conduit à une hausse rapide des emprunts d’État et a mis les fonds de pension au bord de la faillite. Au final, les déficits ont une conséquence. Comme je l’explique dans mon dernier livre, ces expérimentations monétaires se termineront mal et pas seulement en Grande-Bretagne. Nous avons eu une crise d’endettement qu’on a prétendu régler en émettant davantage de monnaie factice. Nous sommes trompés par ceux qui prétendent nous protéger. Nous aurons donc bientôt une crise monétaire d’ampleur inédite. Autant s’y préparer dès maintenant.
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