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22.10.2022 - N° 1.084 Pourquoi les Français détestent les riches patrons
Par Olivier Maurice Olivier Maurice est né en 1963. Après une première vie trépidante d’entrepreneur et de cadre supérieur à travers le monde, un accident de la vie l’a fait atterrir dans la campagne française d’où il redécouvre depuis quelques années avec curiosité et une certaine dose d’agacement ses compatriotes et leurs drôles de certitudes. ![]() Quand l’argent rencontre le capital, c’est l’horreur absolue. Rien de pire qu’un grand patron. Rien de pire que les revenus d’un grand patron du capital. Les Français détestent l’argent. Plus que l’argent, ils détestent le capital.
« Si l’argent, comme dit Augier, vient au monde avec des taches de sang naturelles sur une joue, le capital quant à lui vient au monde dégoulinant de sang et de saleté par tous ses pores, de la tête aux pieds. » écrivait Karl Marx dans Das Kapital. Alors quand l’argent rencontre le capital, c’est l’horreur absolue. Rien de pire qu’un grand patron. Rien de pire que les revenus d’un grand patron du capital. Patrick Pouyanné, le PDG de Total a été rémunéré 5 944 129 euros en 2021. Et
voilà. Ça suffit pour créer l’indignation. Presque 6 millions d’euros,
c’est une somme totalement indécente, un salaire totalement injustifié,
une injustice totale.
![]() Double discours Enfin, ça, c’est le discours entendu dans les médias, sur les réseaux sociaux ou au café du commerce. Parce qu’en réalité, les Français adorent l’argent et ils adorent le capital. Ils adorent les joueurs de foot et leurs salaires mirobolants. Ils adorent les artistes bankables, les films à gros budget, les grosses voitures, les résidences secondaires, les vacances all-inclusive, les montres de luxe, les vêtements de marque, les repas au restaurant et les foires au vin. Mais ça fait bien de détester l’argent, de détester les bourgeois, les riches, les patrons, les capitalistes, les banquiers… On se rend d’ailleurs vite compte que ceux qui détestent le plus d’argent, ce sont ceux qui en ont le plus. C’est un luxe, un snobisme de détester l’argent et nombre de personnes ne savent plus quoi inventer pour exhiber leur moralité. Qu’ils se rassurent. Lidl va bientôt ressortir ses fameuses baskets de prolos. Les bourgeois urbains (et les spéculateurs) vont bientôt pouvoir contenter leur perversité en s’exhibant avec ce signe extérieur de conformisme bien-pensant altruiste, humaniste, empathique et sympathique. Comment mieux cacher sa haine et son dégout des pauvres, comment mieux travestir sa haine de classe qu’en se travestissant en pauvre ? Les baskets Lidl ont atteint des sommes astronomiques sur EBay : 500 voire 1000 euros. Comment faire d’une pierre deux coups : assouvir sa pulsion de concupiscence et nourrir son complexe de supériorité, tout en faisant la leçon et en exhibant sa vertu ? Néron à l’intérieur, Marx à l’extérieur. La haine de classe C’est normal de détester les patrons : ils sont payés pour être détestés et détestables. S’ils sont grassement payés, ce n’est pas pour être gentils ou pour faire plaisir à leurs employés. Les patrons sont méchants, mais ça ne veut absolument pas dire que les employés sont gentils. Eux aussi, ils sont payés pour être détestés et détestables. Ils vous mentent comme des arracheurs de dents quand ils vous expliquent que la robe en 34 vous va bien ou que les chaussettes-claquettes vous donnent un air distingué. Ils vous prennent pour des abrutis quand ils vous servent un café à 5 euros ou quand ils collent des étiquettes « bio et équitable » sur des légumes tout moches. D’ailleurs, ce sont eux qui ont fabriqué la voiture avec laquelle vous avez eu un accident, ce n’est pas leur patron. Ce sont eux qui ont distillé l’alcool qui a rendu votre voisin alcoolique ou qui ont cuisiné le gras qui a fait grossir vos enfants. Tout, absolument tout nuit à autrui, d’une façon ou d’une autre. Ce n’est qu’une question de point de vue. Mais au fait, si votre voiture ne s’arrête pas ou si votre plat surgelé vous envoie à l’hôpital : est-ce vraiment l’employé qui va se retrouver devant les tribunaux ? Qui nourrit l’État obèse ? Le monde actuel est abruti de moraline et de rhétorique. Il en dégouline de partout. La politique a envahi les moindre recoins de la vie publique. Tout est question de bien ou de mal, de polémique et d’indignation. La vie publique française est un gigantesque télé crochet permanent ou s’affrontent des donneurs de leçons arrogants qui ne cherchent qu’une seule chose : se faire remarquer en se faisant élire « la plus belle personne au monde ». Ce combat à mort des hypocrites incompétents et arrogants, nous en payons les pots cassés tous les jours. Ou plutôt, ce sont les entreprises qui sont mises à contribution pour en payer les inconséquences. Si les grands patrons sont si cher payés, c’est parce qu’il y a besoin de grands patrons. Il y a besoin de grands patrons parce qu’il faut rendre les entreprises super efficaces. Et les entreprises ont besoin d’être super efficaces pour une seule raison : pour survivre, pour vivre, pour exister tout simplement. Alors oui, Total n’a pas payé d’impôts en France ces dernières années, mais le carburant que vend Total est taxé entre 50 % et 60 %, les salaires que paye Total sont taxés, les dividendes que distribue Total sont taxés, ce qu’achètent les salariés et les actionnaires de Total est taxé… Cette pression pour survivre, ce n’est pas la concurrence qui la leur impose. Il faut bien comprendre que le principal responsable, de très, très loin : c’est l’État. La moitié de la production de richesse Française est « redirigée » vers la puissance publique qui va quant à elle faire bien peu attention à comment tout cet argent sera utilisé. De toute évidence, l’État ne subit pas la même pression. Est-ce que le monde peut continuer longtemps avec des entreprises forcées à être super-efficaces par un État lui-même super-inefficace ? Mais
toutes ces considérations n’intéressent personne. Pour l’instant. Parce
que pour l’instant, l’État Français est persuadé qu’il n’a pas besoin
de survivre et qu’il est tout autant persuadé que tout le monde trouve
normal d’engraisser toute une clique de parasites moralisateurs.
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