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14.10.2022 - N° 1.076 Superprofits dans un crypto-marché
Par Jacques Garello ![]() Jacques Garello, est Professeur Émérite à l’Université Aix Marseille, Président d’honneur de l’ALEPS, directeur de la publication de la Nouvelle Lettre (www.Libres.org). Dernier ouvrage paru : « Le Vote Libéral », Libréchange éd., septembre 2016. ![]() Sur un marché concurrentiel la notion même de « superprofit » n’existe pas. Le
gouvernement,
la NUPES et le RN s’accordent pour dénoncer les superprofits réalisés
par les entreprises géantes du secteur de l’énergie. Ils s’accordent
aussi pour défendre le pouvoir d’achat des salariés et demandent
(certains exigent) une hausse des salaires. Voilà donc une grève dans
le droit fil de la justice sociale : permettre aux salariés d’exercer
leur droit à de meilleurs salaires.
Je soutiens par contraste que cette grève n’a pour origine que la politique et l’idéologie qui dominent la pensée unique française. Dans une économie de marché concurrentiel, l’expression « superprofit » n’a aucun sens : le niveau de profit dépend de l’offre et de la demande. Mais le secteur de l’énergie est régi par un crypto-marché qui est à la liberté et à la propriété ce que le Canada dry est à l’alcool. Le pouvoir d’achat : voir du côté des banques centrales et de la dette publique Pour expliquer mon analyse, j’en termine tout de suite avec l’inflation, source incontestable de baisse de pouvoir d’achat. Cette inflation n’est pas « par les coûts » : ce ne sont ni les pénuries ni les retards dans la production qui l’expliquent, mais simplement l’inondation monétaire organisée par les banques centrales non pas pour atténuer les effets du covid ou de la guerre en Ukraine, mais pour encourager en l’allégeant les dettes publiques inouïes des États peu frugaux, comme France, Italie, Grèce, Angleterre, etc. Paradoxalement c’est Ben Bernanke, l’inventeur du quantitative easing (accommodement sur la quantité de monnaie créée par les banques) qui a été couronné début de la semaine par le prix Nobel d’économie. Nous sommes exactement dans la même conjoncture qu’au moment de la crise de 1929 et de 2008 : après des années d’aveuglement financier qui avaient conduit à accorder des crédits injustifiés (sinon pour attirer des spéculateurs et/ou des électeurs), l’État intervient pour émettre une masse monétaire sans aucune contrepartie réelle. Les prix européens de l’électricité L’inflation est donc déjà le signe que les gouvernements ont faussé le jeu du marché. Mais il se trouve qu’ils sont allés plus loin en intervenant plus directement, notamment sur le marché de l’énergie. Certes les « prix européens » ont une longue histoire et expliquent l’échec de la politique agricole commune. Mais les excédents ou pénuries agricoles, les revenus des paysans, sont peu de chose par rapport aux excédents ou pénuries d’énergie et au pouvoir d’achat de tout le monde. Pourtant, l’Union européenne, qui n’a cessé de centraliser et renforcer son pouvoir, a cru bon de fixer un prix européen de l’électricité. Elle a prétendu stabiliser le marché en fixant un niveau de prix de l’électricité (règlement 2015/2222 de la Commission)1. Ce faisant elle a créé toutes les conditions de la crise de l’énergie actuelle. La raison est évidente : dans le secteur de l’énergie, toutes les formes d’énergie (pétrole, électricité, charbon, nucléaire, renouvelable) sont liées entre elles ; par exemple, la baisse de l’approvisionnement en gaz entraîne une demande supérieure pour l’électricité ou le pétrole, dont les prix devraient monter. Avec des prix bloqués, il n’y a aucune chance que l’adaptation de l’offre à la demande puisse se faire. C’en est au point que l’on discute aujourd’hui sur un assouplissement de cette innovation européenne. Mais, comme c’est normal, la Loi de Finance 2023 transcrit en France la réglementation européenne, mais le gouvernement français a fait depuis plusieurs années du zèle pour ajouter encore à la rigidité des prix, en multipliant règlements et interventions. Les erreurs commises dans la gestion du nucléaire, les illusions entretenues sur le renouvelable, le contrôle sur EDF ont fortement aidé à la hausse des prix de toutes les énergies. Superprofits : inexistants sur un marché libre J’insiste sur le fait que sur un marché concurrentiel la notion même de superprofit n’existe pas. Si une entreprise réalise des profits d’un montant très supérieur à celui que l’on pourrait espérer, c’est qu’elle a mieux compris les signaux du marché ou qu’elle a bénéficié d’un privilège : loi de la concurrence ou loi de l’État ? La loi de la concurrence donne en effet un avantage, et un avantage justifié à l’entreprise qui a compris avant les autres qu’il y avait un déséquilibre sur le marché : des prix trop élevés, des qualités moindres. Enfin de compte c’est le consommateur qui est mieux servi et accepte de payer plus cher. Le profit réalisé par l’innovateur (celui qui a compris avant les autres ce qu’il fallait faire, celui qui était « en avance d’une idée ») est d’ailleurs d’une longévité variable (très courte pour les produits coups de foudre, très longue pour les vaches à lait). Évidemment, l’entreprise peut conserver le monopole sur le marché si personne ne peut y entrer parce que nul ne peut mieux faire (même pas des imitateurs de l’innovation) ou parce que nul n’est autorisé par l’État. Nous voilà bien encore dans un crypto-marché, celui où interviennent des entreprises dont la position de monopole ou de domination est protégée. Ce privilège est fréquent (voire « naturel ») pour les entreprises publiques, mais il peut aussi résulter d’une connivence entre les entreprises et les pouvoirs publics. La mondialisation des échanges énergétiques : marché ou politique ? La question qui se pose aujourd’hui est bien simple : y a-t-il connivence ? Elle se pose pour les géants de l’énergie, comme les géants de la communication (les fameux GAFAM). Si Total ou Exxon ont une position dominante et bénéficient de privilèges, subventions ou protections, la morale marchande voudrait que ces entreprises soient pénalisées par les pouvoirs publics, c’est-à-dire curieusement par ceux-là mêmes qui les soutenaient. Mais il ne faut pas être naïfs : à la conférence de Vienne vendredi dernier l’OPEP, Arabie Saoudite en tête, ont décidé une hausse du prix du pétrole en refusant de produire davantage. Le comportement de l’OPEP a toujours été dans le passé dicté par des considérations politiques : contre Israel, contre les États-Unis, et aujourd’hui contre l’Occident (et pour Poutine). Néanmoins, comme c’est toujours le cas dans le capitalisme de connivence les producteurs du Moyen Orient veulent aussi neutraliser les exportations américaines de gaz de schiste liquide qui risquent de leur faire perdre beaucoup d’argent. Évidemment, de telles pratiques expliquent les réactions populistes contre la mondialisation et l’économie de marché – alors que nous sommes en pure logique politique, au détriment de la logique marchande. Mais si le marché est concurrentiel, l’État ne saurait spolier les actionnaires des compagnies, grandes ou petites, parce que le droit de propriété s’applique aux actifs financiers aussi bien qu’aux actifs physiques. Il n’y a aucune raison de pénaliser ceux qui investissent dans des entreprises qui servent mieux la communauté mondiale. D’ailleurs, avec quelle hypocrisie grotesque le projet de loi du gouvernement français ne prévoit-il pas de taxer les entreprises du secteur de l’énergie, mais de leur demander une « contribution exceptionnelle » de 33 % de leurs superprofits. Crypto-marché du travail en France Il est évident que les finances publiques ne sont pas concernées par la concurrence et n’ont aucun lien avec la loi de l’offre et de la demande (si ce n’est la loi électorale). Mais en France, nous en sommes à considérer que l’État doit fixer non seulement les prix, mais aussi les salaires, et évidemment les profits. Voilà évidemment des lustres que le marché du travail est un crypto-marché, dominé par des syndicats unanimement respectés puisqu’ils sont les artisans de la justice sociale, de l’harmonie sociale, de la pénurie sociale. Mais le système social français confie à l’État et aux partenaires sociaux (« ensemble » bien sûr) le soin d’offrir la paix sociale grâce à un droit du travail qui fleure bon la lutte des classes. En conclusion, je me permets de rappeler ce que serait la solution libérale à la « crise de l’énergie » aggravée par la gréviculture. Pour en finir avec la crise : les principes libéraux Supprimer le droit du travail et en venir au droit commun contractuel. Réformer le droit de grève pour mettre en œuvre la responsabilité des syndicats (au passage revoir de plus près les modes de financement des syndicats). Obtenir de l’État qu’il fasse respecter la liberté et la propriété, et qu’il s’abstienne de fixer salaires et profits. Supprimer la tarification européenne de l’énergie. Supprimer la politique énergétique et les réglementations qu’elle a générées. Supprimer les nouvelles interventions de la Banque Centrale Européenne qui peuvent en quelques semaines déclencher les anticipations inflationnistes. 1 - Voir l’article de Pierre Garello sur le site nouvelle-lettre.com « Flambée du gaz et de l’énergie : la faute à qui ». Cet article a été publié pour la première fois dans la newsletter de l’IREF 19 septembre 2022
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