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13.10.2022 - N° 1.075 Quand le gouvernement veut limiter la box internet
Par Olivier Maurice Olivier Maurice est né en 1963. Après une première vie trépidante d’entrepreneur et de cadre supérieur à travers le monde, un accident de la vie l’a fait atterrir dans la campagne française d’où il redécouvre depuis quelques années avec curiosité et une certaine dose d’agacement ses compatriotes et leurs drôles de certitudes. ![]() L’objectif du gouvernement, c’est de réduire la consommation énergétique des boxes internet sans aller demander des efforts trop importants aux Français. Le
message que les agences de communications distribuent à prix d’or à
tous les politiciens, de quelque bord qu’ils soient, est à peu de
choses près le suivant :
« Il faut vous rapprocher des gens, faire plus humain, plus près de leurs préoccupations ». Il faut dire qu’il n’y a pas grand-chose de plus dévastateur qu’un prétendant au pouvoir incapable de donner le prix d’une baguette de pain ou d’un ticket de métro. Ce genre de méconnaissance peut en quelques secondes fusiller votre carrière, ou tout du moins vous obliger à passer un bon moment au vert, histoire de vous faire oublier en attendant que l’ouragan de moqueries s’éteigne enfin, pressé par une autre polémique. Prendre les gens pour des abrutis Il faut faire peuple, ou populaire si vous préférez. Pour que le message passe, il faut parler au peuple de sujets qui lui parlent. Les gens croient ce qu’ils veulent entendre. Il faut donc leur donner à parler de choses qu’ils entendent. Cette recette est devenue l’alpha et l’omega de la communication politique. Certains essayent malgré tout d’expliquer que ce populisme démagogique et factice serait une voie d’incarnation du peuple. Personne n’est dupe. Le populisme n’est ni plus ni moins qu’une technique de marketing comme une autre, une méthode éprouvée pour se vendre et acheter les opinions des électeurs. Fort de l’expérience de certains et en prolongation de la trajectoire acquise par les précédents, le gouvernement actuel est devenu champion toutes catégories pour s’occuper des affaires des gens. Ça, pour être proche des gens, il est proche des gens, à nous expliquer qui doit manger dans la cuisine à Noël ou qu’il faut se laver les mains avant de passer à table. Merci, monsieur le gouvernement, grâce à vous je sais qu’il faut que j’évite d’éternuer en pleine figure de quelqu’un quand j’ai un rhume ! Merci de me permettre de sauver des vies ! Grace à vous, je suis une belle personne, je peux être fière de moi. En France, c’est tous les jours la Citizen Pride : la fierté des bons citoyens qui peuvent (sous les applaudissements et grâce au gouvernement et à sa marmite d’argent magique et de solutions miracles) parader tous les jours pour exposer au monde entier leur vertu et remplir leur abime narcissique, flatter leur ego et satisfaire leur besoin de reconnaissance sociale et morale. Le tout bien sûr aux frais de la princesse. Ce n’est pas cher : c’est l’État qui paie Admettons. Ce n’est pas comme si c’était indispensable, utile ou même un tant soit peu bénéfique ni qu’on n’ait pas autre chose à faire ou d’autre sujets qui mériteraient plus d’attention. Mais admettons. Là où les choses ne vont plus du tout, c’est quand on se rend compte que l’artifice passe du spectacle au sérieux, quand on constate que le prestidigitateur fait plus que vous divertir avec ses tours de passe-passe, quand on le prend la main dans le sac en train d’utiliser ses talents pour vous faire les poches, quand le gouvernement franchit la frontière entre recommandation et obligation. Cette frontière, que notre bienveillance naturelle et notre bon sens nous dépeindraient comme solide et infranchissable, a en réalité très vite fait d’être franchie, dépassée par la bêtise, le refus de reconnaitre ses erreurs et l’incompétence. Dernier épisode en date de ces dérapages, un ministre qui nous explique au détour d’une interview, que « l’objectif, c’est de réduire la consommation énergétique [des boxes internet] sans aller demander des efforts trop importants aux Français » ; et donc que les boxes internet devront s’éteindre ou se mettre en veille la nuit. Immédiat ouragan sur les réseaux sociaux ! L’évidente hypothèse Rien ne va dans cette histoire : Une box internet moderne consomme entre 10 watts et un watt en mode veille prolongée, c’est-à-dire rien du tout. Même en cumulant toutes les boxes de France, nous sommes très loin du chiffre fantaisiste sorti par un obscur « collectif d’experts indépendants », argument d’autorité provenant d’une association dont on apprend au passage qu’elle serait « consultée depuis une dizaine d’années par les cabinets ministériels » et donc bien évidemment repris en chœur par la chorale des pénitents. On ne peut en vouloir à une association de passionnés de vendre leur passion. On peut juste en vouloir aux décideurs de les écouter sans faire preuve d’aucun esprit critique mais au contraire de reprendre ces informations telles quelles parce qu’ils y voient une magnifique opportunité d’instrumentalisation au bénéfice de leur agenda. Au détour du calcul, même en reprenant les chiffres fantaisistes, une fois remis en perspective, ça représente 19 % de l’énergie domestique consacrée au numérique, sachant que cette dernière représente 3 % de la consommation globale d’énergie. Un ministre passe donc son temps à nous expliquer que sa réponse aux questions énergétiques actuelles est qu’il va engager des actions gouvernementales pour faire des économies dans un poste qui représente moins de 0,6 % du chiffre global. Les notions de priorités, ordre de grandeur, efficacité de l’action publique, sobriété dans les dépenses de l’argent des contribuables sont-elles si difficiles à comprendre ? Il faut arrêter d’espérer Avec des conversations à ce niveau d’insignifiance, il devient même ridicule de s’inquiéter des vraies questions : celles que soulèvent ces ingérences répétées des pouvoirs publics dans la vie privée des Français, celles liées au non-sens que constituent la décroissance ou la sobriété, appelez cela comme vous voulez. Pensez-vous vraiment que des individus incapables de faire la distinction d’ordre de grandeur entre le gaspillage supposé d’un appareil électrique indispensable (voire vital pour nombre de personnes) et qui consomme entre 1 ou 10 watts et un TER vide entretenu pour des raisons électoralistes et qui consomme lui entre 4 040 000 et 5 600 000 watts… Pensez-vous
vraiment que ces individus puissent avoir une opinion d’une quelconque
valeur sur le sujet des libertés et de la légitimité des actions de
l’État ?
Pensez-vous vraiment qu’il est sage de leur confier autant de pouvoir ?
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