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06.10.2022
- N° 1.068

Le monde de la santé est malade

8 minutes de lecture
Dernier commentaire paru : JC a écrit le 03 octobre.
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Par Denis Dupuy

Denis Dupuy est chirurgien libéral épris de liberté. Il est l'auteur de
« Morphine, Bistouri et Autres Emmerdements »,
de « Tumulte et Submersions » et de « Le bien, le mal et l’ordinaire ».



Le monde de la santé en France est désormais mis à mal par de nombreux problèmes.

J'ai le souvenir d’avoir échangé, sur LinkedIn, avec un confrère. C’était en 2021 et un directeur m’avait confié ses craintes, quant au recrutement de personnel soignant. J’annonçais dans mon post les 15 000 démissions à venir, sujet encore peu traité par la presse et le confrère me qualifiait de complotiste, d’extrême machin bidulosceptique… Bref, ces anathèmes en vogue chez les ados des forums… Je me souviens qu’il était réanimateur urgentiste dans l’est de la France. J’ai cherché, depuis, dans mon historique mais impossible de déterminer s’il s’agissait bien de notre ministre. Point de calomnie, en l’absence de preuve mais l’hypothèse d’un ministre pareillement déconnecté serait-elle crédible ?

Un directeur de clinique, ayant intégré le ministère de la Santé, la fameuse rue de Ségur, dernier choix des énarques qui se rêvent inspecteurs des finances, a assisté à cette scène singulière. Deux hauts personnages échangeaient, deux technocrates qui s’étonnaient que l’Assurance maladie verse des millions à des groupes de santé étrangers. Ces deux prodiges, supposés guider la stratégie, ignoraient jusqu’à l’écologie de notre système de santé.

Quand j’ai débuté mes études, en 1984, le système français trônait au sommet des classements et le citoyen français gagnait l’équivalent de son homologue suisse. Aujourd’hui, nous sommes au-delà de la dixième place et une infirmière suisse peut être rémunérée à hauteur de 4000 euros quand une française plafonne des années au SMIC.

Des évolutions du milieu de la santé

Le constat est alarmant mais dans ce pays n’est-ce pas la routine dans les domaines de la justice, la police, l’armée et la santé ?

Contrairement aux affirmations de mon confrère, les démissions ont été massives. La durée de vie professionnelle d’une infirmière est passée de 7 à 5 ans. Dans notre établissement, nous tenons chaque semaine des réunions de crise afin de déterminer si nous disposons de l’effectif nécessaire pour opérer et soigner. Récemment, j’écoutais, amusé, une amie de ma fille, que j’ai connue adolescente. Elle est aujourd’hui infirmière et, à 26 ans, elle a décidé de devenir mixologue. Si j’ai appris, à cette occasion, le nom de baptême de ce précieux métier, je n’ai rien découvert concernant les démissions.

L’état d’esprit de notre jeunesse, sujet hautement sensible, a également évolué. Les infirmières le répètent, certaines, en tout cas : elles ne sont pas des bonnes sœurs. Soit, mais un dimanche récent, l’une d’elles, intérimaire supposée assurer la garde, ne s’est pas présentée et son téléphone est resté sur répondeur. Personne dans le service : je n’avais jamais vécu cela. La surveillante a dû se coltiner les soins et oublier l’organisation des blocs en urgence, reléguant la tâche à ceux qui restaient.

Durant la covid je me suis accroché avec une collègue réanimatrice hospitalière. Elle me reprochait mon manque d’empathie vis-à-vis des collègues. Mère célibataire, elle ne pouvait être à l’heure pour aller chercher sa gamine à l’école maternelle. Toute la communauté des confrères y allait de ses j’aime ou de sa furie, me clouant au pilori pour avoir fait remarquer que mon empathie allait aux 15 patients en train de mourir dans son service. Une paille… La féminisation, si elle n’est évidemment pas contestable, apporte ses spécificités, ne serait-ce que par le biais des grossesses. Plus de la moitié de l’effectif est constituée de femmes. Si leurs revendications sont légitimes et leur liberté absolue, lesdites spécificités influent sur l’organisation du système de santé. Un grenelle va-t-il faire évoluer l’état d’esprit de ceux à qui on rappelle, depuis la maternelle, qu’ils ont tous les droits, y compris celui de changer de sexe mais relativement peu de devoir en contrepartie ? Pas certain.

Le poids de la technocratie

Évidemment, autre problématique, l’administration française ou plutôt la myriade d’administrations et de fonctionnaires que je serais bien en peine de citer sont supposées tracer la route et les fameuses ARS en sont l’étendard. Dans les années 1980 les urgences étaient le plus souvent assumées par les confrères généralistes. La haute fonction publique a pris la situation en main. On a commencé par dégommer les mandarins, tyrans des services… Eux, au moins, connaissaient la médecine. On a imposé ces technocrates méprisants, à l’occasion issus de la grande distribution et ils n’ont eu de cesse de rappeler qu’ils détenaient autorité. L’heure de la vengeance des rageux et des esclaves du ressentiment sonnait. Ah, la lutte des classes. Certes, les mandarins étaient parfois mauvais gestionnaires. Ils restaient sur l’élan des sweet sixties et de l’argent facile.

L’idéal eut été de combiner gestion scrupuleuse et maîtrise médicale mais non…

En France, le technocrate est l’envoyé du seigneur. Les hôpitaux ont eu droit à leur gestion façon supérette, tout comme les établissements privés non patrimoniaux, soit l’essentiel. Vous vous souvenez, ces fonds de pension étrangers que découvraient nos technocrates quinze ans après la bataille… Nos prodiges de fonctionnaires ont décrété dans les années 1990 que les urgences relevaient de l’hôpital public. Aujourd’hui vous pouvez apprécier les effets concrets de leurs choix calamiteux. La ministre Touraine a voulu imposer une organisation identique concernant la cancérologie, alors que les confrères du public ne le souhaitent nullement. Nous verrons, mais je n’ose imaginer les conséquences. Le privé assume plus de la moitié de la cancérologie.

Hélas, autre problématique fondamentale, le pays s’enfonce dans la dette.

L’équipe du président actuel a dépensé, tenez-vous bien, 424 milliards d’euros pour la covid. Aucun mandarin n’aurait osé se lâcher ainsi. Je pense qu’un médecin aussi incompétent que le président serait privé de patientèle. Mais lui a été réélu. 230 000 entreprises maintenues artificiellement sous perfusion d’argent public, soit notre argent, devront être liquidées, avant que ne suivent les victimes de la politique énergétique. Pas d’argent, pas de santé, évidemment. Le fameux Grenelle va peut-être nous inventer des milliards… Ils serviront à payer davantage d’agents, de commissions, d’administrations…

Sincèrement, je suis inquiet, non comme professionnel de santé, mais en tant que futur patient, car nous le serons tous un jour.

J’espère que la crise covid a démontré combien l’administration était incompétente en médecine. On attendait l’intendance, que l’on n’a jamais eue, et le pouvoir est tombé dans tous les pièges qu’un étudiant en médecine apprend à éviter. Mais quant à l’intendance… L’administration a parfois suivi des confrères qui avançaient au jugé, puisque ne disposant d’aucune publication. Elle a également prétexté agir selon les recommandations que ces confrères n’avaient jamais approuvées. Bref, un chaos, une population démoralisée, des pathologies sévères négligées et les cancers historiques qui pleuvent, aujourd’hui, le tout pour une addition de 424 milliardhttps://fr.wikipedia.org/wiki/Grippe_asiatiques d’euros. En répartissant intelligemment les rôles, l’État à l’intendance et les médecins au front et à la manœuvre, on aurait peut-être fait mieux. Trop tard…

Une fois encore, le privé a réagi plus efficacement que le pataud État, proposant tests, immunoglobulines, vaccins… Ces derniers sont décevants mais l’épidémie s’achève et voilà l’essentiel. Comme annoncé depuis deux à trois ans, comme toutes les autres, l’épidémie a duré deux à trois ans, faisant un nombre de victimes proche de celles de 1957 et 1969 aujourd’hui oubliées.

Le fantasme BigPharma

Je profite de cette tribune pour glisser deux mots au sujet du monstrueux BigPharma.

Sachez que les dirigeants français réputés pour leur intégrité ont depuis lurette coupé les ponts pourtant essentiels entre médecins et industries pharmaceutique. Aucun contact entre le fabricant de la chimiothérapie et le prescripteur : elle est là, leur idée de génie ? Les célèbres congrès à Tahiti relèvent du fantasme, et pas d’hier. Nous les praticiens de base n’avons droit à rien venant d’un labo, ni post-it, ni stylo en plastique. Si je me rends au congrès français d’urologie aux frais d’un labo, ce que je fais rarement, ma femme n’a pas le droit de prendre le même avion ou de passer une nuit dans la chambre d’un hôtel alors que nous acquittons ses frais, bien évidemment.

Chaque collaboration avec un labo est signalée à l’Ordre. Les universitaires hospitaliers, supposés vendus à BigPharma, sont effectivement parfois rémunérés pour des études à hauteur de quelques milliers d’euros. Les résultats ne sont aucunement bidouillés pour faire plaisir et les comités d’éthique veillent. Pensez-vous que pour de telles sommes ou un voyage à l’étranger, ces professeurs universitaires mettraient en péril une réputation professionnelle qu’ils ont mis des années à bâtir ? Et, enfin, comment vous soigneriez-vous sans les laboratoires médicaux ? Avec la recherche publique qui ne produit rien ?

Certes, les dirigeants des labos ne sont pas des philanthropes mais l’êtes-vous dans votre activité ?

J’ai le souvenir de visiteuses en larmes, dans les années 1990-2000, alors qu’elles avaient perdu leur job. Des milliers d’emplois avaient été supprimés sous les applaudissements de la presse et des citoyens… Était-ce vraiment mérité ? Si, poussé par quelques illuminés, on en fait de même avec les salariés de l’automobile ou l’aéronautique, vous réjouirez-vous tout autant ? Moi pas…

Ne faites pas ce métier pour l’argent

Les médecins, enfin… Le numerus clausus revient souvent, dans les commentaires : il a été supprimé après 1968 et on a dû inventer le MICA, afin de faire partir plus rapidement à la retraite les dizaines de médecins smicards. Je suis libéral. Je crois en une régulation issue des sociétés savantes et de la société civile. J’ai participé à une émission sur le burn-out des médecins, 50 victimes par an. Une jeune femme qui avait abandonné la chirurgie en onzième année, le disait : ne faites pas ce métier pour l’argent ou le prestige ou ça finira mal. Je le constate souvent. La tâche est insupportable dès que l’on perd la foi et les occasions de sombrer sont innombrables.

Financièrement, la comparaison des revenus du chirurgien français avec ceux de ses confrères de pays de même niveau est parlante. J’exerce en secteur un, zéro supplément. Les vasectomies ont augmenté de 270 % et un grand bravo, messieurs. Chiffre d’affaires pour le praticien : moins de 100 euros soit une trentaine d’euros de revenus, charges actées. Les vasectomies encombrent les programmes opératoires mais je soigne sans m’attarder sur les considérations financières. Un confrère m’a même demandé par quelle sorte de perversion j’agissais ainsi…

Idem pour ces actes pour lesquels nous sommes tant sollicités, à savoir les circoncisions. Trente euros de revenus : ce n’est pas pour cela que je les pratique mais pour soigner. La cystoscopie, élément clé du dépistage de cancer de vessie : moins de 30 euros de chiffre d’affaires soit un tiers de revenus. Je ne vais pas faire pleurer dans les chaumières mais vous l’aurez compris : l’argent n’est pas le moteur. La pression des administrations publiques ou des fonds de pension, puisque les cliniques patrimoniales font exception, s’accroît. La rentabilité est leur seule boussole.

Les patients sont-ils irréprochables ? 200 000 consultations non honorées, soit 200 000 PVPP par an, ces fameux « pas venus pas prévenu » à l’heure où communiquer est si simple. On prend trois rendez-vous chez des gynécologues, on se rend chez le plus accessible et les autres n’ont qu’à se débrouiller avec leurs agendas. Hé non, ça n’a pas débuté avec Doctolib… Au début de mon exercice dans le Jura, l’oublieux appelait le lendemain pour s’excuser. Autre siècle… Les patients deviennent des clients, prompts à vous maudire sur les réseaux sociaux pour un malheureux retard ou pour ce qu’ils estiment anormal, le secret vous interdisant de leur répondre. Ou à porter plainte pour à peu près n’importe quoi. Gare : je trouve essentiel qu’un patient ait connaissance de faits et soit indemnisé en cas de faute mais encore faut-il qu’il y ait eu faute.

Ne rêvons pas

Voilà… Je vieillis et je râle comme un vieux mais croyez-moi, j’ai gardé la foi. Si un passant s’effondre, mains sur la poitrine, le rictus de la mort aux lèvres, la foule radine et le cercle des hommes se forme, sans autre considération que la vie de ce malheureux. C’est précisément cet élan qui m’a fait médecin mais tout le reste pèse et aucune réunion n’y mettra un terme avant ma retraite. Il faudrait établir un diagnostic clair, porter une vision libérale, basée sur la confiance vis-à-vis des acteurs, soignants comme membres des laboratoires pharmaceutiques. Il faudrait dix ans d’efforts, des milliards et la coopération de tous, patients PVPP inclus, ce qui supposerait la révision des méthodes d’enseignement et d’éducation.

Ne rêvons pas…

Je ne sais pas si le ministre, qui n’en a certainement cure, fut celui qui m’a qualifié de complotiste alors que j’énonçais une vérité. Je gage que mon sort indiffère grandement l’intéressé.

Chacun s’égare, moi le premier, mais je ne m’égarerai jamais au point de penser que cette grand-messe, prétexte aux guerres de chapelles et à l’habituelle exécration du « système privé pour les riches », débouche sur quoi que ce soit d‘utile…


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