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26.09.2022 - N° 1.058 L’âge de la retraite n’a que peu d’intérêt
Par Jacques Garello ![]() Jacques Garello, est Professeur Émérite à l’Université Aix Marseille, Président d’honneur de l’ALEPS, directeur de la publication de la Nouvelle Lettre (www.Libres.org). Dernier ouvrage paru : « Le Vote Libéral », Libréchange éd., septembre 2016. ![]() L’âge de la retraite semble avoir beaucoup d’intérêt pour les candidats, il n’en a pratiquement pas pour les retraités actuels et futurs. L’âge de la retraite semble avoir beaucoup d’intérêt pour les candidats, il n’en a pratiquement pas pour les retraités actuels et futurs. Certes l’âge de la retraite est désormais au cœur de la campagne électorale. Dans son allocution de lundi soir le Premier ministre a annoncé non seulement son soutien inconditionnel au candidat Macron (ce qui était surprenant et courageux) mais aussi sa certitude que les tout premiers jours du nouveau président (« reconduit » a-t-il dit avant de corriger pour « réélu ») seraient consacrés à la réforme des retraites, ce qui supposerait une loi, donc une majorité parlementaire acquise à cette réforme. Il est vrai qu’au cours des cinq dernières années le président n’a pas eu de véritable majorité parlementaire, ce qui l’a empêché de mener à leur terme les travaux de la Commission Delevoye. Les électeurs sont donc appelés non seulement à élire Emmanuel Macron, mais dans la foulée des députés de son parti, peut-être même Jean Castex sera-t-il lui aussi « reconduit » pour mener à bien cette réforme. En quoi va-t-elle consister ? À sauver le système actuel grâce au bon calcul de l’âge de la retraite, choix considéré désormais comme décisif à tous points de vue. D’ailleurs, lorsque les huit candidats principaux ont été réunis sur le plateau de TF1 le lundi précédent, les journalistes leur ont immanquablement posé la question de l’âge de la retraite. Aux 6O ans (voire plus tôt) de Le Pen, Mélenchon et Roussel, s’opposent les 65 ans de Pécresse et Macron, en passant par les 62 ans d’Hidalgo et Jadot et les 64 ans de Zemmour. Voilà bien de la réforme, évidemment chiffrée avec toute la rigueur et la précision voulues. En fait l’âge de la retraite n’a aucun sens, autre que démagogique, et ce n’est sûrement pas ce qui va sauver les actuels et futurs retraités. Il y a à cela une raison majeure : c’est que l’on veut sauver le système de répartition et le monopole de la Sécurité sociale qui conduisent à l’explosion rapide, sans réaliser la seule réforme systémique, celle de la capitalisation ouverte à la concurrence. L’âge de la retraite est l’un des paramètres de la répartition, comme le niveau et la durée des cotisations et des pensions, et une réforme paramétrique n’a aucun mérite quand c’est une réforme systémique qui s’impose. Trois piliers pour le système des retraites Je prends tout de suite un exemple de cette évidence. On compare l’âge de la retraite actuel en France à celui des pays étrangers. On oublie de préciser que dans la plupart de ces pays et non des moindres le système des retraites repose sur trois piliers :
Il existe bien un filet social représenté par l’allocation de solidarité pour les personnes âgées (ASPA, dont le montant garantit un minimum autour de 1000 euros et 1500 euros pour un couple), mais elle n’est pas inscrite au budget de l’État (même si elle est intégrée dans le PLFSS, projet de loi de finance de la Sécurité Sociale). Il existe bien aussi un pilier de capitalisation offerte par la législation aux personnes désireuses de s’assurer une meilleure retraite : la Prefon pour les fonctionnaires, les divers comptes d’épargne retraite, PEE, PERP, PERC, PERE, PERCO, dont certains peuvent être organisés par les employeurs, et l’assurance vie. Ce pilier est cependant très étroitement réglementé, notamment pour les dispositions fiscales prévues (après avoir été choyée pendant des décennies, l’assurance maladie a été soudain rattrapée par le fisc). Il y a bien aussi une capitalisation libre organisée par certaines professions, comme celle des pharmaciens, mais elle est appelée à disparaître si l’on met fin aux régimes spéciaux comme il est toujours prévu par messieurs Castex et Macron (pour les pharmaciens cela revient à changer une équipe qui gagne). En fait, pour mesurer ce qui chez nous relève de la répartition et ce qui relève de la capitalisation, il n’est qu’à prendre un indice publié dans toutes les études sur le sujet : la part que les fonds de pension représentent par rapport au PIB1. Dans un rapport publié à partir des chiffres de l’OCDE2, voici quelle serait cette part : Les 10 pays en tête (part comprise entre Danemark (198,6) et Chili (70) : Pays-Bas, Islande, Canada, Suisse, Australie, États-Unis, Royaume-Uni, Suède. Les 10 pays suivants (part comprise entre Israël (57,4) et Lettonie (13,8) : Finlande, Irlande, Corée, Japon, Nouvelle Zélande, Portugal, Estonie, Espagne. Les dix pays suivants (part comprise entre Slovaquie (12,5) et Italie (6,9) : Belgique, France (10,4) Norvège, Italie, Tchéquie, Pologne, Lituanie, Allemagne. La moyenne des pays de l’OCDE est à 49. Les retraités sont-ils avantagés par le recul de l’âge de la retraite ? En l’absence de véritable réforme systémique, donc en restant pour l’essentiel dans la logique de la répartition, le recul de l’âge de la retraite ne présente aucun intérêt pour les retraités, même si les politiciens soutiennent le contraire. On veut faire croire que l’équilibre du système sera acquis définitivement grâce au recul de l’âge de la retraite. Les arguments habituellement avancés sont les suivants : Le recul de l’âge de la retraite permet d’allonger la durée des années de cotisations et de réduire la durée des années de retraite. C’est évidemment ce qui nourrit tous les espoirs, sauf à préciser que les retraités ont pris maintenant la mauvaise habitude de mourir plus vieux (ce qui scandalisait déjà Jacques Attali en 1981) et que l’âge d’entrée dans la vie active ne cesse de s’accroître aussi. La croissance démographique peut s’accélérer : davantage d’enfants demain, ce sont plus de cotisants après-demain. La natalité française n’est pas si mauvaise comparée à celle d’autres pays européens, mais elle est toujours insuffisante à simplement maintenir la population actuelle, sauf à accepter une immigration massive (ce qu’ont fait les Allemands). La croissance économique peut aussi s’accélérer, donc accroître les revenus, de sorte que le poids des cotisations sera de plus en plus supportable, et le sacrifice des pensions de moins en moins douloureux. Mais quelles seraient la cause et la garantie de cette croissance économique ? Plus cyniquement, les gestionnaires du système savent qu’une bonne inflation est de nature à limiter le poids des pensions (sauf si elles sont indexées). Nous y sommes, et les prévisions du COR (Conseil d’Orientation des Retraites) intègrent désormais en option cette rassurante perspective, c’est dire que la valeur réelle des pensions diminuera. Il est fait référence aussi à l’énorme capital qui serait engrangé par les caisses complémentaires de retraite, sans doute plus de 110 milliards d’euros actuellement. De même la CADES (Caisse d’Amortissement de la Dette Sociale) pourrait dégager d’ici 2024 quelque 25 milliards d’euros, de sorte que finalement on s’affolerait pour rien. Cet optimisme béat repose sur deux oublis : d’une part voler le capital épargné et placé par les caisses complémentaires ne peut se produire qu’une fois, l’argent volé aura disparu au bout d’environ quatre ans de déficits, d’autre part la CADES essaie en vain de suivre le rythme des déficits (elle emprunte à long terme pour combler les trous à court terme). En principe elle devrait cesser ses opérations en 2024, mais le gouvernement a réussi à la proroger jusqu’à fin décembre 20333. Enfin et non le moindre, on peut persuader les seniors que prendre la retraite à 62 ans c’est se retirer de la vie active alors que l’on est encore en pleine forme physique et intellectuelle et que l’on peut rendre service à la communauté grâce à l’expérience acquise. Finalement, la retraite serait une sorte de punition. Ce dernier argument ayant été bien souvent évoqué par le président de la République, je ne peux que m’incliner. La vérité est tout autre : dans le système par répartition appliqué à une population vieillissante l’argent des cotisations est gaspillé, au détriment des retraités d’abord, mais aussi au détriment de la croissance économique et de la société entière. La répartition pénalise les assurés Aujourd’hui, les Français surpayent une retraite médiocre, car le nombre des actifs ne cesse de diminuer par rapport à celui des retraités. Durant les années 1970 le rapport était de 4,5 cotisants pour un retraité (effet du baby boom des années 1945 et suivantes). Le rapport est aujourd’hui de 1,2 cotisant, et il sera proche de un dans cinq ans. Dans ces conditions, l’âge de la retraite ne devrait pas cesser d’augmenter, et le déficit suivra avec lui : c’est la fuite en avant. J’ai suggéré un jour la retraite à 90 ans. Ce que les réformateurs n’ont pas compris, c’est que le système par répartition est un pur gaspillage, puisque les sommes versées par les cotisants sont immédiatement utilisées pour payer les pensions des retraités du moment. L’URSSAF est un simple tiroir-caisse, l’argent reçu est immédiatement ressorti. Lorsque Xavier Bertrand, ministre du Travail de l’époque, avait demandé au directeur de l’URSSAF de payer les pensions un peu plus tôt dans le mois, il lui a été répondu qu’il fallait attendre le 10 de chaque mois pour que les cotisations du mois précédent soient perçues. Ce vice évident du système est évidemment ignoré de la plupart des Français qui pensent naïvement que l’argent qu’ils ont versé a été mis de côté pour qu’ils puissent le retrouver quand ils partiront à la retraite. Plusieurs études convergent dans ce sens : à cotisation égale et à même durée de cotisation la retraite par capitalisation procure une pension très supérieure, elle peut dépasser la valeur du dernier salaire versé, alors qu’actuellement le « taux de remplacement net » est en moyenne inférieur à 60 % pour les salariés du privé4. Une autre façon de comparer les deux systèmes est de constater que la pension par capitalisation coûte en cotisations entre 60 % et 200 % de moins qu’en répartition. C’est d’ailleurs, à mon sens, le meilleur moyen d’organiser la transition d’un système à l’autre sans diminuer les prestations dues aux ayants droits actuels, déjà à la retraite ou susceptibles de la prendre dans les 15 ans à venir5 . La capitalisation enrichit tout le monde Dans un système de capitalisation, l’assuré place l’argent dans un fonds de pension ou une compagnie d’assurance qui va les grossir. Cet argent va bénéficier du « miracle de la capitalisation », qui n’est autre que la loi des intérêts composés. Un placement de 100 euros à un taux de 4 % a une valeur de 128 euros en cinq ans, la mise est doublée en 16 ans, et triplée en 22 ans. En réalité s’il y a miracle, il est économique : la croissance sera au rendez-vous. En effet les sommes versées par les futurs retraités sont placées et investies dans des titres financiers et des entreprises sélectionnées pour leurs performances actuelles, mais plus encore pour les perspectives que leur ouvrent des innovations durables et une compétitivité avérée. Les investissements réalisés par les gestionnaires des pensions capitalisées sont sources de produit marchand, de revenus et d’emplois. Il n’y a ni « distribution de faux droits » (Rueff) ni « mal-investissement » (Hayek), l’argent va où il doit être pour satisfaire au mieux les besoins repérés sur le marché à travers les signaux des prix et profits relatifs6. Les faits sont là pour témoigner de la croissance induite par les investissements des fonds de pension. Au Chili, pays pionnier dans l’abandon de la répartition et le choix de la capitalisation, la croissance économique (PIB marchand) a été supérieure à 10 % l’an. Une telle performance s’est retrouvée dans nombre de pays ayant introduit la capitalisation, sous forme d’un système unique ou d’un pilier d’un système composite. C’est notamment le cas des Pays-Bas, de l’Australie, de la Nouvelle Zélande, d’Israël, de la Suède et de la Norvège, tous des pays en tête du classement mondial des systèmes de retraite, classement où la France est en 23ème position des pays de l’OCDE. En réalité, à côté de ses performances financières chiffrées il faut comprendre que le passage à la capitalisation est un vrai choix de société. C’est ce qu’avait souligné Gary Becker, prix Nobel d’Économie, venu à Paris en 1996 tenir conférence à mon invitation et à celle de Gérard Maudrux, gestionnaire de la Caisse des Retraites des Médecins. Voici le choix de société lié à la capitalisation : « C’est un retour au travail, plus de gens seront actifs et le seront plus longtemps.
C’est un retour à l’épargne alors que la répartition dilapide l’argent gagné et la richesse nationale. C’est un retour à la responsabilité personnelle ; la répartition contient tous les germes de la collectivisation et aboutit à faire disparaître toute idée de progrès personnel ». Alors, pourquoi retarder depuis des décennies la transition à la capitalisation, partielle ou totale ? Il y a urgence : prenons le temps ! Toute réforme mérite d’être réfléchie si elle veut être réussie. Cette évidence n’a pas été respectée à ce jour, puisque la classe politique et la population n’ont jamais évoqué la seule solution qui s’impose : opérer un changement systémique. Il ne manquait pourtant pas de littérature scientifique et politique sur la question. L’intérêt de la réflexion repose cependant sur quelques préalables. Le premier est l’information sincère des Français. Les rapports du COR (Centre d’Orientation des Retraites) ou de la Cour des comptes ont pourtant alerté la nation sur le sort qui attend les retraites avec le système actuel, mais l’alerte n’a pas intéressé grand monde. Le deuxième est la comparaison internationale : pourquoi la France est-elle à la 23ème place quand on mesure les performances des pays de l’OCDE en matière de retraites ? Le troisième est de comprendre que ce sont bien les salariés, et pas leurs employeurs, qui sont spoliés par le niveau élevé des cotisations ; payer le salaire complet est une information déterminante. Le quatrième est de dépolitiser la réforme, et de l’affranchir du calendrier électoral. C’est sans doute le préalable le plus impérieux dans un pays où tout est politique.
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