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13.09.2022 - N° 1.045 Fermeture de Fessenheim : révélatrice de la faillite de l’État stratège
Par François Henimann Diplômé de l’Ecole Centrale de Lyon en 1976, et de l’IAE en 1983, François Henimann a réalisé l’essentiel de sa carrière dans les groupes EDF et Gaz de France : manager d’entités opérationnelles, responsable ressources humaines, développeur et administrateur des filiales de Gaz de France en Hongrie, puis Directeur Départemental et Directeur National pour l’expertise réseaux d’électricité et raccordement au réseau d’ERDF, devenu ENEDIS. Depuis 2013, il est consultant indépendant dans le domaine de l’énergie et de l’administration de sociétés. ![]() Le
prix politique à payer pour Emmanuel Macron en France et vis-à-vis de
l’Allemagne serait énorme, certainement plus que de mentir sans
vergogne et tenter de faire oublier le passé.
J'ai eu l’occasion dans cet article d’évaluer la profondeur de la relance du nucléaire nécessaire pour assurer l’indépendance énergétique de la France dans la perspective de la décarbonation de l’énergie à horizon 2050, et la solution permettant de financer la prolongation du parc existant et la construction d’un nouveau parc, qui passe par un prix régulé du nucléaire. Dans le contexte de la crise énergétique actuelle, le cas de la fermeture de Fessenheim lors de la crise liée au covid est abondamment commenté, y compris par l’exécutif attaqué à juste titre sur sa politique énergétique. Mais il est utile d’y revenir, car au-delà du symbole, les conséquences risquent d’être douloureuses à long terme. À l’occasion de son départ, le patron de l’ASN (Pierre-Franck Chevet) a déclaré dans un article du journal Le Figaro en 2018 que Fessenheim figurait parmi les centrales nucléaires les mieux maintenues et les plus sûres de France : La vérité, c’est qu’Emmanuel Macron a maintenu en 2018, après le départ de N. Hulot, la décision de fermeture de Fessenheim contre toute rationalité scientifique, économique et climatique parce qu’il s’y était engagé auprès d’Angela Merkel, de la même façon qu’il a failli brader Alstom Ferroviaire à Siemens Mobility à la même époque (désastre industriel miraculeusement évité grâce à la commissaire européenne à la concurrence Margrethe Verstager, depuis c’est Alstom qui a racheté Bombardier et vend des trains hydrogène en Allemagne…). Le Président de la République l’a d’ailleurs à moitié reconnu lors de son discours le 5 septembre dernier en précisant que « Fessenheim était proche de la frontière allemande, nation qui n’est pas alignée avec nous sur le nucléaire » Quelle est sa conception de la souveraineté nationale ? En tant que ministre de l’Environnement François de Rugy a décidé début 2019 de la fermeture de Fessenheim en 2020, en la dissociant de l’ouverture préalable de l’EPR de Flamanville. Il a depuis changé radicalement d’avis sur le nucléaire… Il n’est pas certain que ce soit l’avis d’Élisabeth Borne et d’Emmanuel Macron, malgré le discours opportuniste de Belfort pendant la campagne électorale présidentielle. En effet, sept mois après, la fermeture de 12 autres réacteurs et le plafonnement à 63 GW de la puissance installée nucléaire figurent toujours dans la loi et dans la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie, qu’il est apparemment moins urgent d’abroger en relançant la construction de nouvelles centrales, que d’accélérer l’éolien et le solaire, en annihilant les voies de recours. Résultat : le manque de production de Fessenheim est suppléé par une centrale à charbon allemande flambant neuve (qui aurait sans doute été un investissement raté si Fessenheim avait été maintenu en service), et maintenant le redémarrage de la centrale à charbon de Saint-Avold en raison de la crise actuelle. Il est possible techniquement de redémarrer Fessenheim (l’ilôt nucléaire n’a pas été démantelé, seul le combustible vient d’être déchargé), cela prendrait 3 à 4 ans et coûterait quelques centaines de millions d’euros, mais resterait économiquement un investissement rentable et bien plus efficace pour se chauffer l’hiver et réduire la dépendance au gaz russe que de booster l’éolien, comme l’indique Loïk Le Floch Prigent dans ses tribunes récentes sur Atlantico. Mais le prix politique à payer pour Emmanuel Macron en France et vis-à-vis de l’Allemagne serait énorme, certainement plus que de mentir sans vergogne et tenter de faire oublier le passé. La crédibilité de la démocratie et des politiques en prend encore un coup, et il ne faut pas s’étonner de la montée de l’abstention aux élections, car les Français ne sont pas dupes. À cela, il faut ajouter une bombe à retardement soigneusement mise sous le boisseau, qui pourrait aussi expliquer en partie l’empressement de l’État à racheter les actions EDF des minoritaires à vil prix. Le protocole compensatoire pour la fermeture de Fessenheim signé entre l’État et EDF en 2017, et approuvé par la Commission européenne en mars 2021 avec un argumentaire qui mérite d’être rappelé à l’aune de la crise actuelle : La Commission européenne a « confirmé le caractère proportionné de la mesure, pour autant que cette dernière visait à couvrir l’anticipation des coûts dûment établis et justifiés», selon un communiqué. L’exécutif européen estime que cette mesure « est nécessaire et appropriée, puisqu’elle permet à la France de mettre en œuvre une politique de diversification des sources de production d’électricité», toujours largement dominées par le nucléaire. Sans exclure un éventuel avantage accordé à EDF par rapport à d’autres producteurs d’énergie, Bruxelles conclut que «les effets positifs de la mesure l’emportent sur les éventuelles distorsions de concurrence». Ce protocole comporte une part fixe de l’ordre de 400 millions d’euros pour couvrir les coûts d’exploitation d’EDF engendrés par la fermeture, mais aussi une part variable destinée à indemniser le manque à gagner jusqu’en 2041 des financeurs de la centrale : EDF (62,5 %), ENBW (17,5%) énergéticien allemand, et un consortium suisse à 15 %. Ce manque à gagner étant déterminé en fonction des prix de marché et de la production du palier 900 MW d’EDF (12 TWh par an pour Fessenheim), il est à craindre que l’explosion des prix de marché fasse aussi exploser cette part variable, paradoxalement en partie au bénéfice des Allemands et des Suisses qui ont milité activement pour cette fermeture ! S’il s’agit d’indemniser sur la différence entre prix de marché et coût de la production nucléaire (comme pour l’obligation d’achat pour la production éolienne ou solaire, mais dans le sens inverse), cela peut mener à des sommes considérables : 1800 millions d’euros en 2022 sur la base d’un prix de marché moyen de 200 euros/MWh et un coût de la production nucléaire de 50 euros/MWh. je laisse le lecteur imaginer l’ardoise totale jusqu’en 2041 si cette interprétation est la bonne… L’association des actionnaires salariés d’EDF (Energie en actions)
qui vient de déposer plainte au pénal contre l’État pour mise en
difficulté de l’entreprise au mépris de son intérêt social, a posé en
2020 la question du montant de cette part variable en Assemblée
générale, sans avoir reçu de réponse précise.
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