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23.08.2022
- N° 1.025

Transition énergétique :
comparons les prix du vin et du carburant

 

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Par Simone Wapler

Simone Wapler a été directrice éditoriale des publications Agora, spécialisées dans les analyses et conseils financiers. Ingénieur de formation, elle a quitté les laboratoires pour les marchés financiers et vécu l'éclatement des bulles internet et du crédit subprime. Elle a publié "Pourquoi la France va faire faillite" (2012), "Comment l'État va faire main basse sur votre argent" (2013), "Pouvez-vous faire confiance à votre banque ?" (2014),  “La fabrique de pauvres” (2015) aux Éditions Ixelles
et « La rage de l’impôt » (2019) aux Éditions Larousse.




Aux prix actuels, le carburant et les moteurs thermiques restent ultra-rentables, malgré les taxes et les aides aux énergies concurrentes. Plus de dirigisme et d’interventionnisme ne conduiront qu’à une cascade de mauvaises décisions.


1 litre de diesel à la pompe = 2 euros (arrondi)

1 litre de vin rouge d’entrée de gamme = 9 euros (7 à 8 euros la bouteille source)

Cette comparaison farfelue permet de tirer quelques conclusions sur le changement énergétique. In vino veritas, comme disaient les Anciens.

Pour les libéraux, la connaissance est décentralisée, diffusée partout dans la société au sein de chacun des individus qui la composent. Ce savoir individuel est le résultat des connaissances de chacun mais aussi des expériences. C’est pourquoi le dirigisme et la centralisation sont néfastes. Aucun individu ou groupe n’est capable de faire la synthèse de ces connaissances disséminées et saurait mieux que tout le monde ce qui est bon pour tout le monde.

Dans le domaine économique, les prix expriment de façon simple la synthèse des connaissances à un instant donné. C’est pourquoi les manipulations de prix (taxation, subvention, baisses forcées des taux d’intérêts) sont nuisibles et conduisent à de mauvaises allocations de ressources.

Ceux qui veulent rire (jaune), pourront cependant visionner Sandrine Rousseau (parti EELV, professeur d’économie) patauger dans des sujets dont elle ignore tout mais qu’elle est supposée connaître en tant qu’enseignante :



Pour les libéraux, le remède à des prix chers ce sont des prix encore plus chers.

En effet, la recherche de profits va stimuler la concurrence ou la création de produits de substitution. Évidemment, il ne s’agit pas de prix rendus artificiellement plus chers par la taxe…

En économie, le moyen de comparaison est le prix et comparer les prix permet de prendre les bonnes décisions… à condition que les prix soient vrais et non pas déformés.

Milan Kundera a écrit qu’ « il n’existe aucun moyen de vérifier quelle décision est la bonne car il n’existe aucune comparaison ». C’est faux en économie : le moyen existe, c’est le prix.

Comparer 1 litre de vin et 1 litre de carburant permet de déduire un certain nombre d’éléments de décision même si ces prix sont en France pollués par de multiples taxes.

Devenir un surhomme pour moins de deux euros

Que peut-on faire avec un litre de diesel ? Économiser entre 10 et 100 jours de travail physique d’un être humain.

Avec un moteur thermique, ce litre de diesel vous permet disposer de 3 à 4 kWh d’énergie mécanique.

Concrètement, cela équivaut à :
  • Décaisser 1050 tonnes de terre (420 m3)
  • Grimper 14 000 mètres en portant une charge de 10 kg
  • Monter à vélo 350 fois 4000 mètres de dénivelé en 10 heures de temps1
Vous devenez un surhomme pour deux euros, prix d’un litre de diesel !

Consommer un litre de vin vous permet-il de devenir un surhomme ? Mon expérience personnelle est négative.

Plus le SMIC augmente, plus la mécanisation est rentable

Payer 10 jours de travail au SMIC en France, vous revient à près de 450 euros, en supposant un salarié payé au SMIC mensuel, charges patronales incluses.

Cette simple comparaison vous montre que toute hausse du SMIC conduit à rentabiliser la mécanisation et l’automatisation. Inversement, dans les pays où la main-d’œuvre peu qualifiée est bon marché, on y réfléchit à deux fois avant d’automatiser.

De la même façon, les taux bas tuent l’emploi peu qualifié. Si pour automatiser, je peux emprunter à 2%, mon changement sera plus vite amorti que si j’emprunte à 5 %.

L’incroyable quantité d’informations reflétée par le prix

Survolons tout ce qu’il faut pour produire du vin :
  • du foncier
  • des vignes et du raisin qui se renouvelle chaque année
  • des matières premières (engrais, produits phytosanitaires, piquets, fils, verre, papier, encre, liège ou autres matières de synthèses, cuves en inox, foudres et tonneaux en bois,..). Sans oublier les matières premières nécessaires aux machines
  • des machines (tracteurs, enjambeurs, pulvérisateurs, sécateurs électriques, pressoirs, embouteilleuses, étiqueteuses…)
  • de l’énergie pour alimenter toutes ces machines (soulignons que grâce à la mécanisation, là où il fallait dix personnes pour une surface de vigne donnée, il n’en faut plus qu’une seule). La taille de la parcelle dépend bien évidemment du sol et de la région. Ce chiffre est une moyenne.
  • des taxes
Et maintenant survolons tout ce qu’il vous faut pour produire du gazole :
  • du pétrole qui provient d’un stock de débris végétaux et plancton macérés quelques millions d’années dans de l’eau. Comptez 30 à 350 millions d’années avant récolte.
  • des géologues, des ingénieurs pour savoir où il se trouve enfoui
  • des concessions
  • des machines (foreuses et trépans, pompes…)
  • des matières premières pour construire les machines
  • de l’énergie pour alimenter toutes ces machines
  • de quoi transporter, affiner, stocker
  • des taxes
Toutefois, il est plus compliqué de produire un litre de diesel qu’un litre de vin. D’ailleurs, l’activité pétrolière est plus gourmande en capitaux et en cerveaux que l’activité viticole.

Il est aussi plus utile d’avoir un litre de pétrole qu’un litre de vin.

Mais, même aujourd’hui, il est beaucoup moins cher d’avoir un litre de pétrole qu’un litre de vin !

Le tournant énergétique non rentable est irréaliste

On n’a jamais vu par le passé une révolution énergétique imposée par le haut.

Auparavant, la force humaine a été remplacée par la vapeur. Puis le bois des chaudières a été remplacé par le charbon. Puis la vapeur a fait place à l’électricité lorsque c’était possible. Pour produire, les gens choisissent ce qui est le plus avantageux pour eux (moteurs thermiques ou électricité produite à partir de charbon, gaz, pétrole ou nucléaire). Tous ces changements n’ont pas été le fruit du dirigisme mais le fruit des calculs de myriades d’artisans, entrepreneurs, agriculteurs (y compris les viticulteurs).

Le seul cas de changement décidé d’en haut a été le développement de l’électricité nucléaire consécutive aux chocs pétroliers des années 1970. Par la suite le choix d’utiliser l’électricité à la place de l’énergie thermique pour mécaniser ou se chauffer dépend des coûts respectifs de l’électricité et du carburant mais aussi des endroits où la mécanisation est nécessaire. Il est plus facile de transporter partout du fuel que d’acheminer partout de l’électricité. Chacun fait ses calculs en fonction de son utilisation et décide.

L’Allemagne a échoué à faire fonctionner le communisme et le tournant énergétique

Si le vent était une source d’énergie rentable, les moulins à vent n’auraient pas disparu de nos paysages…

Les Allemands passent pour un peuple organisé, discipliné, technique, tenace, industrieux. Ils ont pourtant échoué dans le communisme comme en témoigne l’implosion de la République Démocratique Allemande. On peut douter que l’Algérie, l’Angola, le Mozambique, la Somalie, le Congo-Brazzaville, l’Éthiopie, le Bénin, Cuba aient appliqué le communisme avec suffisamment de zèle et de détermination. Mais les Allemands se sont donné du mal, ce qui ne les a pas empêché d’échouer.

Ils ont aussi échoué avec leur tournant énergétique. Le résultat le plus visible aujourd’hui est leur dépendance au gaz russe.

On ne voit pas trop comment nous réussirions là où nos voisins teutons ont échoué. D’autant plus que le pétrole reste très bien placé en rapport puissance-prix. Sauf évidemment à sortir le joker nucléaire. Même là, il semblerait que le charbon reste parfois compétitif face au nucléaire.

Terrorisée par les pastèques, écologistes verts dehors, rouges dedans, l’industrie nucléaire française a été quasi-démantelée, vérolée par le capitalisme de copinage et a pris beaucoup de retard, notamment dans le domaine des recherches sur la fusion (procédé qui permet d’avoir de l’énergie sans déchets radioactifs).

Comment organiser une industrie nucléaire la plus libérale possible ?

Aujourd’hui, le principal problème du nucléaire est politique et non pas technique.

Par politique, je ne parle pas des EELV, NUPES et autres grands tenants de la planification. Ces gens-là ne méritent pas une minute d’attention (quel que soit votre taux horaire). J’espère que la vidéo de Sandrine Rousseau proposée en début d’article vous a convaincu sur ce point.

Par politique, j’entends : quel devrait être le rôle de l’État dans la réorganisation et la renaissance d’une industrie nucléaire efficace ? Comment éviter les Areva, Alstom, EDF, etc. ? Qu’est-ce qui doit être financé par l’impôt et la taxe ?

Bref, comment rester au plus proche du vrai prix pour s’appuyer sur la connaissance décentralisée …

1 - Ces chiffres sont tirés de la BD Le Monde sans fin, miracle énergétique et dérive climatique. Je n’ai pas vérifié les calculs de J.-M. Jancovici.


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