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22.08.2022
- N° 1.024

France : derniers jours avant un automne sombre

 

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Par Guy Millière

Guy Millière, (spécialisation : économie, géopolitique). Titulaire de trois doctorats, il est professeur à l’Université Paris VIII Histoire des cultures, Philosophie du droit, Economie de la communication
et Maître de conférences à Sciences Po, ainsi que professeur invité aux Etats-Unis. Il collabore à de nombreux think tanks aux Etats-Unis et en France.




En France, tout ou presque s’arrête au mois d’août.


Paris, qui est devenue un véritable enfer pour les automobilistes le reste de l’année, devient plus fréquentable, car une part de ses habitants sont ailleurs, pour un moment de vacances. Les journaux et les magazines s’efforcent en général, au mois d’août, de délaisser un peu les sujets sérieux et anxiogènes pour se tourner vers des sujets plus légers. Il est souvent question de plages, de villages à visiter.

Cette année, pourtant, les sujets sérieux et anxiogènes peuvent difficilement être délaissés, tant ils insistent : la guerre d’agression et de destruction menée par la Russie contre l’Ukraine se poursuit, les tensions en Asie autour de Taïwan montent en puissance, et puis surtout, les difficultés intérieures s’accumulent, l’inflation détériore sérieusement le pouvoir d’achat. Et même ceux qui s’efforcent de ne pas y penser ne peuvent ignorer que l’automne sera sans doute rude.



La France est moins dépendante du gaz russe que l’Allemagne voisine, mais elle ne peut pas laisser l’Allemagne sombrer, car les économies européennes sont en situation d’interdépendance, et la consommation d’énergie va connaitre des restrictions. Se placer en dépendance d’une dictature criminelle a des conséquences, et celles-ci étaient prévisibles, mais Angela Merkel a choisi l’aveuglement. Le ralentissement économique de l’Allemagne va faire que l’économie française va ralentir davantage encore, et la France, comme le reste de l’Europe, va connaitre un moment de récession, peut-être un glissement vers une dépression.

Le gouvernement français continue à dépenser de l’argent qu’il n’a pas en caisse, ce qui pourrait avoir rapidement des conséquences : la Banque Centrale Européenne rachète l’endettement de la France, et ne pourra pas le faire indéfiniment. La baisse de l’euro fait que tout ce qui est importé de l’extérieur de la zone euro coûte quinze à seize pour cent plus cher qu’il y a un an. Le déficit commercial de la France se creuse vertigineusement, et montre que l’économie française n’est plus compétitive sur les marchés mondiaux.

Je n’ai pas vu d’enquête sur le moral de la population française, mais je pense que si des enquêtes existent, elles montrent un net pessimisme.

Le plus terrible dans cette situation est que le gouvernement français prend des décisions qui n’arrangent rien, et qui au contraire contribuent à détériorer davantage la situation : les dépenses effectuées, les aides distribuées ne redonneront pas à l’économie française le dynamisme qui lui manque, bien au contraire, et elles sont un infime et provisoire rafistolage. Et que dire des mesures écologiques inutiles et coûteuses ! Elles ne sauveront pas la planète (qui n’a nul besoin d’être sauvée). Elles font sombrer la France, qu’elles asphyxient.

Le plus terrible dans cette situation est aussi qu’aucun discours ne se tient qui dessine des perspectives de redressement.



Quand je lis les pages des journaux et des magazines consacrées aux commentaires, je suis souvent frappé par l’indigence et la médiocrité de l’essentiel des textes publiés. Il fut une époque où c’était très différent. Je ne pense pas qu’il y ait une absence de penseurs et d’analystes dignes de ce nom en France. Je pense que les propos que pourraient tenir ces gens sont désormais exclus. Tout semble devoir être écrit sur un mode aseptisé. Je n’aseptise pas ce que j’écris, je suis donc devenu impubliable dans la grande presse française. Je ne suis pas le seul. Je l’assume. J’entends continuer à appeler dictateur criminel un dictateur criminel, à dire qu’un terroriste tueur de Juifs est un terroriste tueur de Juifs, que Joe Biden est une crapule sénile, et qu’il existe une différence radicale entre le bien et le mal et entre une démocratie et une dictature. Cela s’appelle en France “manquer de nuances”.

La vie politique française correspond à ce qu’on trouve dans les pages des journaux et des magazines consacrées aux commentaires, et la composition de l’Assemblée nationale issue des récentes élections en est le reflet.

Un grand bloc de gauche dominé par la France Insoumise dans lequel se retrouvent écologistes radicaux, adeptes d’une ouverture à l’islamisme, marxistes, gauchistes, socialistes, fait face à un bloc de droite nationaliste aussi socialiste économiquement que le grand bloc de gauche. Les deux blocs ont des positions pétainistes en politique étrangère et prônent, sans le dire explicitement, et en usant parfois d’hypocrites circonlocutions, la soumission au vent totalitaire qui se lève sur la planète. Entre les deux, on trouve un grand centre-gauche lui-même très ouvert à l’écologie et à des idées de “justice sociale” et ce centre gauche a des positions un peu plus honorables en politique étrangère, sans que ces positions soient claires, nettes et précises.

La défense de la liberté économique, qui serait pourtant indispensable, est absente, tout comme une défense lucide des valeurs de la civilisation occidentale. J’ai travaillé dans les milieux politiques en France pendant des années. Il n’existe plus un seul parti politique avec lequel je pourrais travailler.

J’ai été président d’un centre de recherche libéral avant de partir aux Etats-Unis, l’Institut Turgot. J’en suis venu à considérer que mes efforts étaient vains. Des gens que j’estime, eux, ont choisi de continuer. J’admire leur courage, mais je crains que leurs efforts soient aussi vains que les miens autrefois.

J’aimerais penser qu’un redressement est possible. J’ai plutôt le sentiment que la situation française est désespérée. J’espère me tromper, bien sûr.


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