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01.08.2022 - N° 1.004 Interdiction des matchs de nuit : le triomphe du court-termisme
Par Jonathan Frickert Jonathan Frickert est juriste et auteur de plusieurs essais consacrés essentiellement aux questions de décentralisation. Depuis 2020, il tient le blog "Élyséeologie". ![]() La ministre des Sports Amélie Oudéa-Castéra a annoncé que les événements sportifs pourraient incessamment sous peu se dérouler plus tôt qu’à l’habitude afin de limiter la consommation électrique des éclairages. Après la grande distribution, les stades de football ? Invitée ce mardi de nos confrères de France Info, la ministre des Sports Amélie Oudéa-Castéra a annoncé que les événements sportifs pourraient incessamment sous peu se dérouler plus tôt qu’à l’habitude afin de limiter la consommation électrique des éclairages. Incessamment sous peu car cela pourrait s’appliquer dès cet hiver. Plus tôt qu’à l’habitude car la ministre souhaite réduire la consommation énergétique du secteur dont elle a la garde. En cause : un plan d’économie d’énergie visant à réduire la consommation française de 10 % entre 2019 et 2024. Vous avez dit décroissance ? Si les plus taquins seront étonnés d’une telle règle alors que le monde s’apprête à assister à un mondial de football dans des stades ouverts climatisés au Qatar, cette stratégie en dit long sur l’état d’esprit de nos dirigeants. Il ne s’agit ni plus ni moins d’une interdiction dans le cadre de ce qui s’apparente à un plan d’adaptation environnemental toujours en discussion. Vous avez aimé le couvre-feu sanitaire ? Vous adorerez la sobriété énergétique. Le retour du couvre-feu Cette interdiction des événements sportifs de nuit n’est pas sans rappeler les couvre-feux instaurés durant le pic de la pandémie de Covid-19, mis en place entre mars 2020 et juin 2021 après le constat d’une hausse des contaminations lors des sorties nocturnes. Une mesure qui se rapproche de l’interdiction des événements sportifs de nuit. D’abord s’agissant de sa temporalité – cela s’applique le soir – mais également pour l’impréparation qu’elle manifeste face à l’enjeu combattu. Pour cause : ce plan de sobriété énergétique, qui ne dit rien sur le sport amateur, intervient alors que le gouvernement a annoncé ces dernières semaine la réouverture de nombreuses centrales à charbon, notamment à Saint-Avold (57) et Cordennais (44), est un cas d’école de la façon dont les gouvernements démunis face à des risques pourtant prévisibles sont contraints de réagir dans la précipitation et donc en usant de mesures coercitives. Une profonde impréparation Si, dans le cas du covid, ces mesures ont eu pour cause l’impréparation étatique à la menace sanitaire, le cas de l’éclairage public relève donc de la même question. Dans le cas de l’interdiction des matchs de nuit, quel est le problème ? Il s’agit tout simplement d’un profond court-termisme en matière de politique énergétique. D’abord institutionnel : la démocratie et le raccourcissement du temps politique appellent des résultats immédiats et des politiques évoluant sur le temps court de l’élection et l’absence d’héritage à laisser à un successeur qui sera sans doute d’un bord politique opposé, en particulier depuis le quinquennat. Ensuite énergétique : par le refus d’une énergie décarbonée qui a fait ses preuves depuis un demi-siècle, à savoir le nucléaire. Ce refus idéologique et surtout politique est né en partie d’une simple affaire d’alliance électorale conclue en 2012 entre François Hollande et les Verts et dont le démarrage a été la fin de la centrale de Fessenheim puis la loi de 2015 visant à réduire la part de l’électricité d’origine nucléaire à 50 % d’ici à 2050. Comme quoi, lorsque nos élus pensent long terme, ce n’est peut-être pas mieux… Des crises et des hommes Sanitaires, environnementales, militaires… les crises s’enchaînent et les mesures restrictives les suivent, fruits de l’incapacité de notre appareil étatique à voir loin. Cette incapacité est consubstantielle à la structure de l’État. Cela explique largement pourquoi le planisme a toujours été historiquement un échec. L’État ne saurait être omniscient et disposer de l’ensemble des données du réel, qu’il soit économique, écologique ou social, afin de planifier son action. Cette situation n’a malheureusement guère changé en 2022. Fort de nouveaux enjeux frappant l’opinion, l’État nourrit – et se nourrit – des crises et des périodes de tension pour mieux justifier un agenda liberticide. Le drame est sans doute moins ce problème profondément structurel
touchant notre démocratie que le rapport d’entretien mutuel entre peurs, crises et restrictions. Bienvenue dans l’ère de l’état de crise permanent.
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