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13.07.2022
- N° 985

Uber files : beaucoup de bruit pour rien ?

 

Dernier commentaire paru : JC écrit le 12 juillet.
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Par Claire Libercourt

Claire Libercourt travaille dans la presse en ligne
après avoir fait des études de droit et de philosophie.



La dramatisation de telles « révélations » reconstruit une narration du passé qui stigmatise le seul moment réformiste de l’histoire d’Emmanuel Macron.

Une nouvelle « affaire » agite le milieu médiatique : de 2014 à 2016 une enquête du Consortium international des journalistes d’investigation publiée dimanche 10 juillet révèle qu’en coopération avec des lobbyistes, le ministre de l’Économie aurait pesé de tout son poids pour qu’Uber s’implante en France. Au cœur du « scandale », un deal entre Emmanuel Macron et Uber autour de la loi Macron 2 : en échange de l’abandon de la mise en place d’Uberpop, Emmanuel Macron a promis de faciliter les conditions d’accès pour devenir chauffeur de VTC. Il s’agissait de calmer la colère des taxis qui voyaient l’arrivée de ce nouveau service, qui proposait aux particuliers de devenir à l’occasion chauffeur privé. Manuel Valls et Bernard Cazeneuve étaient informés de la transaction en cours.

L’« affaire » ne s’arrête pas là.

Dans Le Monde, nous apprenons que des économistes avaient été payés pour « cautionner l’argumentaire des VTC ». En cause, Augustin Landier, professeur à HEC, et Nicolas Bouzou, éditorialiste et directeur du cabinet de conseil Asterès.

Il y a dans cette affaire suffisamment de mots clefs pour susciter l’indignation de la gauche populiste et d’une opinion publique remontée contre un président devenu l’objet de tous les ressentiments. Il n’en fallait pas plus pour qu’Alexis Corbière demande l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire.



Uber files, le nouveau scandale ?

Après Alstom et McKinsey, un nouveau scandale Uber ? Pas si vite.

Qu’Emmanuel Macron manifeste dès 2014 son goût pour l’économie numérique et voit en Uber une opportunité économique pour la France n’est un secret pour personne. Il s’en est même ouvert au journal Le Monde dans un entretien du 6 janvier 2016. Il y défend à l’époque Uber, qu’il voit comme un service donnant accès à l’activité économique à des jeunes « souvent victimes de l’exclusion » :

« On le voit avec l’exemple qu’offre Uber dans la région parisienne : des gens souvent victimes de l’exclusion choisissent l’entrepreneuriat individuel parce que pour beaucoup de jeunes aujourd’hui, c’est plus facile de trouver un client que de trouver un employeur ».

Si manœuvres politiques il y a, elles ne sont pas très discrètes. Ce qui apparait au loin des déclarations publiques du futur président de la République, c’est plutôt un discours libéral engagé en faveur de la mise en concurrence des taxis, ce qui peut tout à fait expliquer l’attitude d’un ministre en charge, après tout, de discuter aussi avec les entreprises et les partenaires économiques qui cherchent à prendre pied en France.



Hier comme aujourd’hui, Uber a mauvaise réputation, et ubérisation est passé dans le vocabulaire courant pour désigner une forme de modèle économique reposant sur le low cost et la dégradation des conditions de travail. Seulement, à l’époque,  Emmanuel Macron semble convaincu de la viabilité du projet et de l’opportunité économique qu’il peut offrir au pays. On aurait apprécié que cette confiance en l’entrepreneuriat pour aider les personnes les plus marginalisées se retrouve dans le Macron 2022.

Quant aux deux « économistes » incriminés pour intelligence avec l’ennemi américain, ils ne cachaient rien du tout. Nicolas Bouzou dirige un cabinet de conseil dont l’objet social est de réaliser des enquêtes économiques rémunérées pour des entreprises et des organismes professionnels.

Dans un communiqué en date du mardi 12, M. Bouzou explique que l’étude d’Uber correspond à une commande, qui respecte par ailleurs les règles déontologiques que le cabinet s’est lui-même fixées.



Augustin Landier expliquait dès 2016 sa participation à l’enquête dans le cadre d’activités de consulting dans un entretien donné au journal Challenges.

Là encore, la position de l’économiste est claire comme du cristal :

« Nous choisissons de proposer nos services à des entreprises dont nous considérons qu’elles proposent des évolutions positives pour la société, avec lesquelles nous sommes d’accord sur le fond. »

Le travail était rémunéré, le tout était public, et les deux auteurs l’ont choisi par conviction, celle libérale d’ouverture à la concurrence contre le monopole des taxis.



On peut s’interroger ici sur la dramatisation de telles « révélations » qui tout en dévoilant méticuleusement les méthodes agressives d’Uber, et la connivence entre lobbyistes et politiques, reconstruit une narration du passé qui stigmatise le seul moment réformiste de l’histoire d’Emmanuel Macron.

À croire qu’aujourd’hui, le populisme ayant le vent en poupe, il est devenu criminel de chercher à libéraliser le pays. Cependant, prudence, d’autres informations pourraient compléter celles disponibles pour le moment.


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